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Business News Tue, 28 Sep 2021

Offres d’emploi en ligne: l’arnaque à ciel ouvert

Se faisant passer pour des structures reconnues, entre autres, ces cybercriminels continuent de faire des victimes.

Il y a quelques temps, Pulchérie jeune diplômé en gestion d’entreprise dit avoir intégré un groupe WhatsApp de conseil entre jeunes.

« Tout allait pour le mieux jusqu’à ce que je tombe sur un lien d’offre d’emploi publié par un membre dudit groupe. En cliquant sur ce lien, j’ai découvert qu’il s’agissait d’un recrutement massif de gestionnaires et comptables dans une société de la ville, ce qui m’a tout de suite intéressée. J’ai relevé les numéros inscrits sur l’offre et j’ai pris attache avec la structure », explique-t-elle.

Ce jour, le monsieur qui a répondu à son appel s’est présenté comme étant le directeur des ressources humaines (Drh) de ladite société. Il a donné les détails à la jeune chercheuse d’emploi, sur la constitution du dossier. Et pour commencer, le Drh en question fait savoir à Pulchérie qu’il lui faut payer des frais d’inscription qui s’élèvent à 10.000 FCfa. Sans hésiter, elle les lui a envoyés via le mobile money.

Malheureusement lendemain, « le monsieur a quitté le forum et m’a bloquée sur WhatsApp et son numéro a cessé de passer », relate-t-elle. Julia, une autre chercheuse d’emploi dit être tombée sur une page de recrutement d’hôtesses événementielles sur Facebook, rémunérées à 80.000 Fcfa le mois.

Une offre très alléchante à laquelle la jeune étudiante n’a pu résister. « J’ai ensuite contacté le directeur via le numéro inscrit sur l’offre. Il a demandé qu’on continue la conversation sur WhatsApp. Il m’a demandé une photo entière de moi, je la lui ai envoyée et il m’a complimentée en me disant que je remplissais tous les critères. Ensuite il a prétendu que comme il est occupé on continuerait la conversation le lendemain.

Le jour suivant, il m’a demandé une somme de 16000 Fcfa pour l’inscription et le matériel de la formation. Je me suis endettée et je lui ai fait le virement de la totalité de la somme. Il a arrêté de me réponde aussi bien sur WhatsApp que sur Messenger et m’a finalement bloquée ».

Le phénomène n’est pas nouveau sur la toile : des fausses alertes d’emploi qui y pullulent et qui sont partagées d’un internaute à un autre. Malgré le cas des victimes signalés chaque jour, plusieurs Camerounais continuent de tomber dans le filet de ces cybercriminels.

Certaines de offres d’emploi portent la signature des entreprises connus. C’est le cas d’Eneo, la société chargée de la distribution de l’électricité au Cameroun, qui le 25 août dernier attirait l’attention des internautes sur un prétendu recrutement que fa société aurait lancé.

Le 14 juillet et 25 août dernier, des alertes d’offres d’emploi sont publiées sur la toile au nom de la compagnie aérienne nationale Camairco, qui aurait lancé un test de recrutement des agents de services, des techniciens et hôtesses de l’air. Des annonces qui sont tout de suite démenties par Camairco.

A côté de ces prétendues offres d’emplois venant des structures nationales, plusieurs arnaques d’offres d’emplois portent souvent la signature des organismes internationaux tels que l’Unicef. En plus, sur Facebook ces derniers temps, abondent des pages sponsorisées, spécialisées dans l’immigration vers les pays d’Europe et les Etats unis.

Ayant pour argument la survenue de la pandémie du COVID-19, ces derniers font savoir que suite affres de celle-ci dans ces continents, plusieurs postes vacants et cherchent preneurs. Un des administrateurs de ces pages prétendant vivre au Canada a été démasqué par un internaute il y a peu lorsque ce dernier demande à sa potentielle proie d’envoyer l’argent de l’ouverture du dossier (185 dollars US soit 105 000 Fcfa) via Express Union.

Mode opératoire

D’après le rapport Hootsuite 2021, le Cameroun comptait au 31 janvier 2021 9,15 millions d’internautes et 4,3 millions d’utilisateurs sur les réseaux sociaux. Cette hausse d’internautes comparée aux années antérieures favorise d’après des experts la montée en puissance de la cybercriminalité.

WhatsApp a désormais la réputation d’être un lieu de ventilation de ces rêves. « Ils vous mettent en confiance et créent des groupes WhatsApp, Telgram. Et dans ces forum, vous avez le retour d’expérience des individus qui sont en fait complices de l’arnaque», révèle Kevin Monkam, expert en cybersécurité.

Cependant, faut-il le relever, « si vous avez des recruteurs qui passent par WhatsApp, je dirais que c’est un user-friendly process et flexible pour faire des recrutements. Généralement ceux qui le font c’est des recruteurs qui veulent faire assez rapidement, comme le recrutement des hôtesses. Car le recrutement n’est pas qu’une affaire de grosses entreprises ; multinationales. Mais il faut quand-même faire attention », prévient-il.

D’autres arnaqueurs procèdent par appel téléphonique : « j’ai reçu un coup de fil d’un monsieur qui me faisait une offre d’emploi. Au cours de notre conversation, il m’invite à continuer la discussion sur WhatsApp. Et quand je lui écris, il me confond à une dame à qui il a donné rendez-vous pour aller débuter une formation. Je lui ai fait savoir que je n’étais pas la femme en question.. Il réplique en me disant que c’était ma chance et que devais me rendre à cette formation », relate Luc. Pour percevoir l’argent de leurs victimes, le mobile money est le moyen le plus usité. Et après cela, plus jamais leurs numéros ne passent.

En effet, « tout le monde a déjà fait face à cette situation. Il y en a qui ont été plus vigilants et ont vite détecté l’arnaque. Mais d’autres se sont fait malheureusement arnaquer », déclare Armelle Ntamack, responsable des ressources humaines, dans une société de la place.

Prévenir

En attendant la révision des lois régissant les communications électroniques au Cameroun, le Gouvernement camerounais est engagé depuis l’an dernier à l’utilisation responsable des réseaux sociaux. A cet effet, aussi bien qu’il existe des cybercriminels sur la toile, il existe également un moyen d’éviter de tomber dans leurs filets.

Déjà, il est important de savoir que « c’est l’entreprise qui a besoin d’une compétence qui va venir résoudre un mal. Sa priorité devrait donc être de recruter la véritable compétence dont elle a besoin et non dire « on étudie le dossier » », fait savoir Kevin Monkam, expert en cybersécurité.

Pour cela, il est recommandé de prêter attention à la forme. « aucun recruteur ne peut publier une offre d’emploi truffée de fautes. Généralement ces offres d’emplois, n’étant pas rédigées par des professionnels, ne sont pas conformes sur le plan du vocabulaire, de l’orthographe. Ils ont souvent avec eux le logo de l’entreprise ; les signatures et le cachet même, qui vous font croire que l’offre est authentique, alors que ce n’est pas le cas », précise Armelle Ntamack.

Elle poursuit : « II peut arriver de tomber sur des structures qui sont encore en train de se lancer et qui ne sont pas recruteurs de formation et qui peuvent avoir ce genre de faute, parce qu’il n’y a personne pour faire la revue. En d’autres termes, ce n’est parce qu’une offre d’emploi a des fautes qu’on peut considérer qu’elle est fausse ».

L’autre point à observer, c’est le contenu de l’offre d’emploi. Le constat qui a été fait est que dans ces offres, on veut attirer le maximum de personnes. Par conséquent, ils ne mettent pas des qualificatifs qui permettent de trier.

« Pour les recruteurs, on n’a pas besoin d’avoir 1000 à 2000 sauf pour des concours nationaux où on a besoin de plusieurs personnes. Mais en ce qui concerne le secteur privé, on n’a pas besoin de ce nombre-là, mais plutôt du candidat qui correspond à notre profil interne.

C’est la raison pour laquelle on va souvent mettre certains qualificatifs qui permettent de trier le personnel et parfois même le sexe, l’âge, l’expérience et certains autres critères », révèle Armelle Ntamack. Il est important également de prêter attention aux contacts inscrits sur l’offre, précisément l’adresse électronique, surtout se rassurer que celle-ci est sécurisée (le petit cadenas qui y est et qui garantit que la plateforme est sécurisée entre le recruteur et vous).

En plus, il y a des entreprises qui passent par des plateformes spécialisées pour faire les recrutements. Ce sont les Ong, les multinationales ; soit elles traitent avec des prestataires ; soit eux-mêmes elles créent leurs plateformes de recrutement spécialisées et sécurisées. Et une adresse professionnelle se présente comme suit : « rh@univ-dschang.org ou encore rh@orange.cm .

Ce n’est pas pour dire que si une entreprise ne passe pas par une adresse e-mail professionnelle, l’offre est fake. On a des entreprises qui ne maîtrisent pas le process d’adresse professionnelle soit parce qu’ils n’ont pas été bien informés sur le process et qui utilisent des adresses des prestataires tels que Gmail ; Yahoo », souligne Kevin Monkam.

Aussi, faut-il également faire attention aux salaires colossaux ; ne pas envoyer de l’argent à un employeur ; ne pas envoyer ses données personnelles à un employeur ; ne pas transmettre les données personnelles (numéro de compte bancaire ; numéro de sécurité social ; votre carte de crédit) ; tenir à jour son antivirus et son système d’exploitation.

« C’est également une mesure sécuritaire assez importante. Ce que vous ignorez par exemple c’est que vous avez une entreprise qui veut piéger des individus, ce qu’ils font c’est qu’ils envoient un fichier PDF contenant des virus. Lorsque vous cliquez sur le fichier en question, vous avez ce virus qui sort du document infecte votre ordinateur et dérobe vos données », recommande une fois encore Kevin Monkam.
Source: Mutations