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Business News Tue, 14 Sep 2021

Performances - Camtel : embrouilles sur le diagnostic

Les études se multiplient, au rythme des prescriptions de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Mais l’opérateur public éprouve toujours autant de mal à s’approprier les codes de fonctionnement d’une entreprise moderne. Le cas de «Blue», sa flageolante licence de mobile, en est une preuve éclatante.

Mercredi, la Cameroon Telecommunications (Camtel) a lancé un appel d’offres international pour le recrutement d’un consultant en vue de la réalisation d’une étude diagnostique de l’opérateur historique du secteur.

Sur la base d’une évaluation de la situation socio-économique et financière dans toutes ses dimensions, le consultant aura à faire un état des lieux complet de- la situation, cernera les difficultés et analysera leurs causes endogènes et exogènes sur les plans institutionnel technique, organisationnel, opérationnel, financier, commercial, etc.

Pendant deux mois et pour des honoraires de 400 millions de francs, il aura également à identifier les forces et les faiblesses, présentera le marché de l’entreprise et sa situation concurrentielle, comparera les performances et la stratégie à un benchmark d’entreprises comparables en Afrique.

La lecture du cahier de charges du consultant laisse clairement poindre moult difficultés infrastructurelles, structurelles et politiques de Camtel. Elle rejoint les multiples critiques, maintes fois formulées à l’endroit de cette société publique, qui n’a véritablement jamais son point d’équilibre en rapport avec ses missions.

Camtel, devrait-on le rappeler, détient le monopole du service longue distance et est le principal fournisseur de la plupart des bandes passantes internationales. Il jouit aussi du monopole des lignes fixes, des infrastructures de transmission interurbaine et du portail international.

Dans ses Cahiers économiques du Cameroun de janvier 2011, la Banque , mondiale déplorait déjà le coût, particulièrement élevé, de la bande passante internationale du fait du monopole d’accès au système SAT3/WASC détenu par Camtel.

La qualité des services de télécommunications était également en question, l’institution financière suggérant vivement la suppression de toute forme d’exclusivité, par exemple en séparant l’unité SAT3 de Camtel et en utilisant des systèmes de câbles sous-marins internationaux tels qu’ACE et WACS, toute chose qui permettrait au secteur de donner toute la mesure de son potentiel.

Chiffre d’enfer

Dans le chapitre du Document d’orientation budgétaire (Dob) lié à la préparation du budget 2021 de l’Etat traitant de la maîtrise de l’endettement généré par les entreprises et autres établissements publics, la Camtel figure au deuxième rang des 37 entreprises publiques les plus endettées en 2017 avec une ardoise de 554,5 milliards de francs. Au 30 juin 2021, cette enveloppe était évaluée à 20,8 milliards francs par la Caisse autonome d’amortissement (CAA).

Dans son rapport de 2019, la Commission technique de réhabilitation (CTR) révèle qu’en l’absence de l’approbation des comptes de l’exercice de cette année-là, et sous réserve de la situation financière et opérationnelle à approuvée, la Camtel, au 31 décembre: 2018, connaissait une dégradation de son exploitation, la stagnation du chiffre d’affaires et l’accroissement des dettes fournisseurs, fiscales et sociales.

Lesdites dettes étaient alors, au 31 décembre 2018, respectivement évaluées à 49,07 milliards, 94,43 milliards et 17,61 milliards de francs. Il n’est pas inutile de rappeler qu’en 2020, l’opérateur tablait un chiffre d’affaires de 115,2 milliards de francs.

Un chiffre qui apparaît, aux yeux des spécialistes, comme une grosse illusion, pour un top management disposant de tous les outils et jouissant d’un monopole soporifique, mais toujours à la recherche de la lumière.

Dans le cadre du programme économique et financier (PEF) appuyé par la facilité élargie de crédit (FEC) du Fonds monétaire international pour la période juin 2017-septembre 2020, le Cameroun s’était engagé à mener une étude visant à améliorer la viabilité, l’efficacité et la compétitivité de plusieurs sociétés publiques à travers la réalisation d’études diagnostiques.

La viabilité et l’amélioration des performances de Camtel étaient au cœur desdits engagements. Qu’on en soit encore, aujourd’hui, à envisager cette enquête laisse croire que rien n’a été réalisé.

Études dans l’eau

Bien plus encore. En juin dernier, la CTR des entreprises du secteur public et parapublic publiait un avis à manifestation d’intérêt en vue du recrutement d’un consultant pour la réalisation de «l’étude diagnostique» de l’opérateur public des télécoms.

«Au plan commercial et marketing : l’analyse portera sur l’environnement économique de Camtel, sa stratégie commerciale actuelle, son marché et sa compétitivité dans son secteur d’activités. La position concurrentielle de Camtel en termes de part de marché, des tarifs et de compétitivité devra être analysée par produit et par rapport aux entreprises concurrentes», indiquait alors l’annonce.

Au plan financier, le consultant devait procéder à l’analyse de la situation financière, sur la base des états financiers certifiés des trois derniers exercices. Une analyse qui devait aboutir à la détermination des conditions nécessaires à l’équilibre des comptes et à la rentabilité, le consultant étant par ailleurs appelé à procédera à une analyse spécifique de l’endettement et des créances.

On retrouve ici, à quelques mots près, les mêmes termes de référence de l’avis publié le 8 septembre 2021 par la direction générale de la Camtel. Sans oublier que le montant de la prestation proposée est le même : 400 millions. Un double emploi ? Un bicéphalisme mal orienté ? Une prestation mal exécutée ? Mystère et boule de gomme.
Source: Aurore Plus