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Business News Thu, 26 Aug 2021

Télécentres communautaires: comment Minette Libom Li Likeng a tué le projet

Financés à coût de milliards de Fcfa à la fois par l’Etat et des partenaires bilatéraux, à l’effet de réduire la pauvreté et la fracture numérique entre les zones rurales et les grandes métropoles, les employés de ces structures cumulent déjà 84 mois d’arriérés de salaire.

La tension couve. La situation des employés des Télécentres communautaires polyvalents (Tcp) à travers le Cameroun, est des plus préoccupantes. Pourtant, ce projet qui a été annoncé à grande pompe par le gouvernement, a parfaitement démarré en 2005.

Sous les feux des projecteurs et autres caméras de télévisions, plusieurs dizaines de jeunes à travers le territoire national avaient été recrutés et formés en vue de la mise sur pied de ces différents centres sensés changer radicalement la vie des populations établies dans les zones rurales et de ce fait, réduire la pauvreté à travers le numérique et autres services offerts par les Tcp. Plusieurs Télécentres avaient d’ailleurs vu le jour dans les dix régions du Cameroun, au grand bonheur des populations qui caressaient enfin l’espoir de voir leur quotidien s’améliorer.

Malgré quelques difficultés négligeables observées dans les débuts, le projet est très vite entré dans son préliminaire de maturation avec des jeunes engagés et rompus à la tâche. Les questions liées aux salaires, primes, et autres émoluments semblaient mettre toutes les parties en accord. Et ce, jusqu’en 2015, date de l’arrivée de l’actuel ministre des postes et télécommunications (Minpostel).

«Madame Minette Libom Li Likeng est venue tuer le projet. A ce jour, nous n ’avons reçu aucun salaire, aucune prime et n ’avons aucun équipement depuis des années. Nous sommes simplement abandonnés à nous-mêmes. Pour tant, nous avons des familles», révèle un responsable de Tcp basé dans la région septentrionale.

En réalité, le projet Tcp s’assimile pour ces jeunes gens, à une véritable escroquerie. A ce jour, ils revendiquent 84 mois d’arriérés de salaire, et plus de 5 millions de francs Cfa de frais sociaux non soldés’. Leur statut juridique réel reste dans le registre des promesses de leur tutelle technique.

Projet budgétivore

Quelques semaines après la première enquête du journal l’Anecdote parue en 2017 sur cette actualité qui laissait entrevoir de nombreuses irrégularités dans ce projet budgétivore, le ministre des postes et télécommunications avait alors ordonné sur instruction du premier ministre, un audit de tous les Tcp à travers le territoire national.

Plus d’un an après le lancement de ce travail d’évaluation sur lequel nombreux fondaient des espoirs, le ministre’des postes et télécommunication, dans un contre-pied parfait, annonçait que de nouveaux Télécentres communautaires allaient être construits, et que la phase pilote commencera par l’équipement de quatre structures dans les régions du Nord et du Sud-Ouest. On se demandait alors que deviendraient les autres infrastructures existantes, pour un pro-jèt ayant englouti plusieurs milliards de Fcfa ?

«L’expérience de l’année 2006 n ’a pas été très positive. On a certains responsables des Télécentres qui se plaignent qu ’ils n ’ont pas de contrat, qu ’il n ‘y a même pas d’activités parce qu ’après la construction et l’équipement des Télécentres, on s’est retrouvé dans des situations où il n ’y avait pas d’énergie électrique, pas d’internet», avait indiqué Libom Li Likeng en 2018 pour tenter de justifier ce qui était vu comme étant un échec cuisant.

16 ans après sa mise en œuvre sur le terrain, on passe désormais contre toute attente, de l’étape censée être la phase de maturité du projet vers un retour à sa phase pilote. Dans cette aventure foireuse, la Giz qui s’était alors positionnée il y p peu comme le nouveau partenaire financier et technique, volait au secours du Cameroun.

«La Giz apportera un appui dans un premier temps à quatre Tcp retenus dans le cadre d’une phase pilote», avait précisé le Minpostel au cours de la cérémonie de signature de la convention de partenariat avec ce partenaire allemand.

Ainsi, les Tcp de Bibemi et de Man-dama dans la région du Nord, et ceux de Idenau et Bakingili dans la région du Sud-Ouest, avaient été retenus pour cette période expérimentale. Le coût du projet n’avait pas été dévoilé.,Arnim Fischer, le directeur des programmes de la Giz, avait indiqué que cette nouvelle phase expérimentale était annoncée pour 2019 et devrait s’acheminer sur toute l’étendue du territoire si celle-ci s’avérait concluante.

Le partenaire allemand soutenait par ailleurs que l’on devrait s’acheminer vers une réalisation totale du projet en 2020. Sauf qu’à ce jour, à part le renouvellement de la convention entre ces deux parties, rien n’est fait sur le terrain. Pourtant, des sources régulièrement crédibles évoquent une ligne budgétaire régulièrement alimentée à hauteur de centaines de millions de Fcfa en vue de financer ce projet qui, à ce jour, constitue des tensions qui couvent.
Source: L'Anecdote