Le FMI réclame donc davantage de recettes non pétrolières
La situation financière du Cameroun, à l’approche d’un éventuel nouveau programme avec le FMI, est alarmante. Pour accéder aux financements espérés, Yaoundé devra notamment améliorer la mobilisation des recettes, maîtriser les dépenses, apurer les arriérés et renforcer la gouvernance des entreprises publiques.
Le Cameroun espère mobiliser environ 300 milliards de FCFA, soit près de 457 millions d’euros, dans le cadre d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international. Mais avant tout accord, Yaoundé devra répondre à plusieurs inquiétudes : augmentation de la dette, faiblesse des recettes, poids des remboursements, accumulation d’arriérés et risques financiers liés aux entreprises publiques.
Une délégation du FMI conduite par Christine Dieterich séjourne actuellement au Cameroun. Depuis le 17 septembre 2026, elle a rencontré les ministres Louis Paul Motaze, Alamine Ousmane Mey et Gaston Eloundou Essomba. Officiellement, cette visite relève de la surveillance économique prévue par l’article IV. Elle ne constitue pas encore une revue ouvrant automatiquement droit à un décaissement, mais ses conclusions pèseront sur les négociations du futur programme.
Premier problème : la dette continue d’augmenter. Son encours est passé de 14 591 milliards de FCFA fin septembre 2025 à 15 416 milliards fin mars 2026, avant de reculer temporairement à 15 235 milliards fin avril, puis de remonter à 15 607 milliards de FCFA fin juin 2026. Il représente désormais 44,2 % du PIB, contre 44,3 % en mars. Environ 64,5 % de cet encours est extérieur et 35,5 % intérieur.
Ce ratio reste inférieur au plafond national de 50 % et au seuil communautaire de 70 % fixé dans la CEMAC. Pourtant, le FMI classe toujours le Cameroun à risque élevé de surendettement extérieur et global, tout en estimant sa dette encore viable à moyen terme. Le danger ne vient donc pas seulement du volume emprunté, mais surtout de la capacité du pays à dégager rapidement les ressources nécessaires au remboursement.
Le service de la dette extérieure rapporté aux exportations dépasse le seuil indicatif de 15 % sur une partie de la période 2025-2030. Celui rapporté aux recettes budgétaires demeure également sous tension. Au premier semestre 2026, l’État aurait consacré environ 1 059 milliards de FCFA au service de sa dette, dont 327 milliards pour le seul mois de juin.
À ces engagements s’ajoutent les passifs conditionnels liés notamment aux partenariats public-privé, évalués à près de 4 895 milliards de FCFA, soit environ 14,1 % du PIB. La renationalisation d’ENEO, devenue SOCADEL, constitue une autre source de risque : l’entreprise hérite d’un déficit de trésorerie proche de 13 milliards de FCFA par mois, d’arriérés publics et d’obligations d’achat d’électricité produite à Nachtigal.
Le FMI réclame donc davantage de recettes non pétrolières, une meilleure maîtrise des dépenses, l’apurement des arriérés, une gouvernance renforcée des entreprises publiques et la priorité aux prêts concessionnels. Les 300 milliards de FCFA espérés pour 2027 ne sont pas encore acquis. Pour les obtenir, Yaoundé devra démontrer que le nouveau financement ne servira pas simplement à rembourser d’anciennes dettes ou à combler les déficits persistants des entreprises publiques.
Boris Bertolt