Nachtigal : L’État rattrapé par les dettes d’un milliard de son électricien

Gaston Eloundou Essomba MINEE NHPC affirme que Socadel ne paie qu’environ 10 % de ses factures mensuelles

Sat, 26 Sep 2026 Source: www.camerounweb.com

Les tensions de trésorerie sont constatées autour du barrage de Nachtigal, NHPC affirmant que Socadel ne paie qu’environ 10 % de ses factures mensuelles, soit 1 milliard de FCFA sur près de 10 milliards facturés.

Le barrage de Nachtigal produit de l’électricité pour le Cameroun. Mais son exploitant dit manquer de liquidités pour être payé. Derrière les impayés de Socadel se dessine une chaîne de dettes qui relie le distributeur, l’État et les investisseurs du projet.

À Nachtigal, le problème n’est plus seulement de produire de l’électricité : il faut aussi encaisser les factures. La directrice générale de Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), Claire Gall, alerte sur la pression que les impayés exercent sur la trésorerie de l’exploitant du barrage de 420 mégawatts. L’ancien Eneo passé sous contrôle public, ne réglerait qu’environ 10 % de ses factures mensuelles : un milliard de FCFA versé pour quelque 10 milliards facturés. Sollicitée par le journal, Socadel n’a pas commenté ces chiffres.

Si ce rythme se maintenait, l’écart atteindrait environ 9 milliards de FCFA par mois, soit 108 milliards sur douze mois. Il s’agit d’une projection à partir des montants rapportés, pas du montant vérifié des arriérés déjà accumulés.

Cette tension frappe un investissement majeur. NHPC évalue le coût global de Nachtigal à environ 800 milliards de FCFA, financés à 24 % par les fonds propres de ses actionnaires et à 76 % par emprunt bancaire. La société dispose d’une concession de 35 ans. Pour un projet construit largement à crédit, des recettes régulières servent à financer l’exploitation et à honorer les échéances des prêteurs. C’est pourquoi l’alerte de NHPC porte sur la continuité financière de l’exploitation ; elle ne signifie pas qu’un arrêt du barrage a été annoncé.

Le contrat ajoute une difficulté : Socadel rémunère notamment la capacité de production mise à sa disposition, et pas seulement les kilowattheures effectivement consommés. Ce mécanisme sécurise le financement de la centrale. Il devient plus coûteux pour l’acheteur lorsque le réseau ne peut pas acheminer toute l’électricité disponible. Dans un rapport publié en mars 2026, le Fonds monétaire international relève précisément que les limites du transport et de la distribution empêchent la pleine utilisation des capacités de Nachtigal et que la structure contractuelle pourrait accentuer la pression sur les finances publiques.

Le même rapport permet de remonter plus loin dans la chaîne des paiements. Le FMI estimait qu’Eneo encaissait environ 31 milliards de FCFA par mois pour 44 milliards d’obligations, soit un écart structurel d’environ 13 milliards mensuels. Il évaluait aussi à 700 milliards de FCFA, fin 2024, les arriérés de l’État envers l’électricien. Ces 700 milliards représentent une dette de l’État envers Eneo à cette date : ils ne sont ni la dette de Socadel envers NHPC, ni un chiffre à additionner aux factures de Nachtigal.

Le retour du distributeur dans le giron public place donc l’État à plusieurs endroits du même circuit : actionnaire de l’acheteur d’électricité, débiteur historique de cet acheteur et partie prenante aux engagements du secteur. Socadel cherche de l’air financier. D’après EcoMatin, elle a signé le 31 août un mandat visant à structurer une facilité bancaire de 200 milliards de FCFA, dont 50 milliards de ligne renouvelable pour la trésorerie. Mais un mandat de financement ne prouve ni que les fonds ont été décaissés, ni qu’ils serviront à payer NHPC.

Boris Bertolt

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