SOSUCAM : 99,1 milliards de pertes, une bataille de reprise à près de 200 milliards

L'importation Du Sucre Plombe Les Ventes De La SOSUCAM Pour l’État, le choix devra donc porter sur des garanties vérifiables

Wed, 7 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

La SOSUCAM traverse une grave crise financière après six exercices déficitaires entre 2020 et 2025, avec des pertes cumulées estimées à 99,1 milliards FCFA. Alors que Somdia avait annoncé la cession de ses 82 % à un consortium camerounais accompagné d’un programme d’investissement de 137,7 milliards FCFA, la Primature a demandé la suspension du processus. Une offre kényane de Kipchimchim Group, évaluée à près de 200 milliards FCFA, ainsi qu’une autre proposition proche de 197 milliards, viennent renforcer la concurrence.

Après six exercices déficitaires, le premier producteur industriel de sucre du Cameroun attire plusieurs projets de reprise. Face au consortium camerounais choisi par Somdia, le groupe kényan Kipchimchim avance une proposition estimée à environ 200 milliards FCFA. La Primature entend garder la maîtrise du processus.

La bataille pour le contrôle de SOSUCAM se joue autour d’une entreprise financièrement fragilisée. Entre 2020 et 2025, le sucrier aurait accumulé 151,1 millions d’euros de pertes, soit environ 99,1 milliards FCFA, selon les comptes de Somdia examinés par Investir au Cameroun et sa publication anglophone Business in Cameroon. Aucun des six exercices n’aurait permis un retour aux bénéfices.

La dégradation s’est accélérée : 22,3 milliards FCFA de pertes en 2024, puis 30,3 milliards en 2025. Ces deux années concentrent environ 52,6 milliards FCFA, soit 53 % du déficit cumulé. La perte annuelle a ainsi augmenté d’environ 36 % en un an.

Le chiffre d’affaires serait, parallèlement, passé de 74,1 milliards FCFA en 2022 à 50,7 milliards en 2025 : une contraction de 23,4 milliards, équivalant à près de 32 %. Rapportée aux ventes de 2025, la perte représente presque 60 % du chiffre d’affaires — un indicateur de la profondeur du déséquilibre, sans constituer une mesure des seules pertes d’exploitation.

Somdia avait pourtant procédé, en 2023 et 2024, à des recapitalisations totalisant environ 34,2 milliards FCFA, par conversion de créances d’actionnaire en capital. Cette opération renforçait les fonds propres ; elle ne correspondait pas intégralement à un apport nouveau de trésorerie.

C’est sur ce bilan que s’est ouverte la compétition entre repreneurs. Le 13 août 2026, Somdia annonçait un accord pour céder sa participation de 82 % à un consortium réunissant Joseph Pagop Noupoué, Henriette Noutchougouin, William Nkontchou, Igor Djoukwé et Marcel Tchagongom.

Le projet s’accompagne d’un programme d’investissement pluriannuel de 210 millions d’euros, soit environ 137,7 milliards FCFA, destiné notamment à moderniser les installations et à développer l’irrigation. Cette enveloppe est un engagement d’investissement annoncé, et non un prix de vente public des actions. L’accord reste soumis à des conditions suspensives.

Mais la Primature avait demandé, dans une correspondance du 10 août, de suspendre immédiatement les démarches de cession. Le gouvernement invoquait le caractère stratégique de SOSUCAM et souhaitait faire examiner l’opération par son comité de pilotage. L’annonce d’un accord ne permet donc pas de conclure que le retrait de Somdia est définitivement réalisé.

La piste kényane a ensuite renforcé la concurrence. Kipchimchim Group, fondé par Samwel Ngetich Kipsoi, a transmis une offre financière de 304 millions d’euros, soit environ 199,4 milliards FCFA, avec l’appui d’Afriland First Bank. Une mission du comité stratégique camerounais a visité ses installations au Kenya, jusqu’au 19 septembre.

Le groupe exploite notamment West Valley Sugar Company, dont la capacité de broyage annoncée atteint 1 250 tonnes de canne par jour. Toutefois, la ventilation de son offre entre acquisition, remboursement des dettes et investissements n’est pas publiée. Comparer directement ses quelque 200 milliards aux 137,7 milliards du consortium camerounais serait donc prématuré : les périmètres financiers ne sont pas établis comme équivalents.

Une autre proposition avait été rapportée dès août. Portée par un consortium dont le mandataire serait Martin Ngongo Ottou, elle prévoyait 300 millions d’euros, soit environ 197 milliards FCFA, comprenant 106 milliards pour apurer les dettes et quelque 91 milliards pour l’investissement. Présentée comme un projet de gouvernance sous mandat, elle doit être distinguée de l’offre kényane ; son financement effectif et son calendrier restent à préciser.

La bataille comporte également une dimension interne au groupe Castel. Le 22 juin 2026, Romy Castel avait contesté la stratégie de cession et défendu un redressement plutôt qu’un retrait. À cette divergence s’ajoutent les préoccupations des salariés : l’intersyndicale a notamment proposé de rapprocher les candidatures pour préserver l’activité et les emplois.

L’enjeu industriel reste considérable. Fondée en 1965, SOSUCAM dispose de deux complexes, à Mbandjock et Nkoteng, et d’un domaine agricole d’environ 27 600 hectares.

Pour l’État, le choix devra donc porter sur des garanties vérifiables : fonds disponibles, traitement des dettes, modernisation des usines, approvisionnement en canne et maintien des emplois.

Boris Bertolt

Source: www.camerounweb.com