L’énigme CONGELCAM : quand la gestion du poisson au Cameroun prend des airs de « Langue d’Esope»

Ambazonie CONGELCAM Menace Fermeture 'Jusqu'où irons-nous dans cette dépendance ?'

Tue, 20 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

Olivier Mbitom analyse les tensions autour de l’approvisionnement en poisson congelé au Cameroun, marquées par la réduction des quotas d’importation de 200 000 à 100 000 tonnes, les redressements fiscaux et les difficultés administratives et portuaires. Face au risque de pénurie et à ses conséquences sur le pouvoir d’achat, l’auteur préconise une clarification des compétences administratives, une modernisation de la logistique portuaire et des accords transparents avec les importateurs pour garantir les approvisionnements et limiter les prix.

« À l'approche des fêtes de fin d'année, le cri d'alarme lancé CONGELCAM sur un risque de pénurie de poisson remet une pièce dans la machine d’un débat national récurrent. Entre quotas d'importation réduits de moitié (passés de 200 000 à 100 000 tonnes), redressements fiscaux vertigineux et passes d'armes administratives, le dossier du poisson au Cameroun ressemble à la langue d'Ésope : à la fois le meilleur (nourrir les villes) et le pire (tuer l'économie locale) des systèmes.

Mais rester spectateurs de ce ping-pong entre l'État, le Port et les géants de l'importation ne sauvera pas l'assiette du Camerounais. Il est temps de passer des constats aux solutions.

Voici trois pistes pour sortir de cette nasse :

1. Rationaliser et clarifier la régulation administrative

• Mettre fin au flou interministériel : Il urge de clarifier une bonne fois pour toutes les frontières de compétences entre le Minsanté et le Minepia pour éviter que les contrôles ne se transforment en tracasseries stériles ou en guerres de tranchées institutionnelles.

• Moderniser la chaîne logistique portuaire : Le Port Autonome de Douala et les importateurs doivent co-construire un véritable corridor logistique fluide (zones de dépotage dédiées, digitalisation des procédures) pour éviter que des centaines de conteneurs ne pourrissent sur les quais dans l'indifférence générale.

2. Sécuriser le pouvoir d'achat à court terme sans étouffer la concurrence

• Plutôt que de naviguer à vue entre quotas rigides et augmentations punitives des taxes, l'État devrait négocier des contrats de performance transparents avec les grands importateurs : en échange de facilités fiscales ou douanières raisonnables, ces derniers s'engagent sur des volumes garantis et des plafonds de prix stricts pour protéger les consommateurs modestes, surtout en période de fêtes.

3. Le vrai remède de fond : Stimuler la production locale (L'urgente souveraineté)

• Investir massivement dans la pisciculture et la pêche artisanale/industrielle nationale : Tant que le Cameroun dépendra à plus de 80 % de l'extérieur pour son poisson, nous serons à la merci d'un navire bloqué ou d'un quota réduit.

• Il faut allouer des subventions ciblées sur les intrants locaux (aliments pour poissons, alevins, équipements modernes) et structurer une véritable filière nationale capable de concurrencer le produit importé.

En clair : Le poisson congelé illustre notre paradoxe national où l'urgence d'importer pour parer au plus pressé étouffe l'ambition de produire par nous-mêmes. La solution ne réside ni dans un laxisme total envers les importateurs, ni dans leur étouffement fiscal, mais dans un partenariat public-privé pragmatique couplé à une révolution de notre propre production.

Jusqu'où irons-nous dans cette dépendance ? On peut toujours vouloir épiloguer sur le sujet, mais l'action devient urgente.»

Olivier MBITOM

Source: www.camerounweb.com