Affaire Martinez Zogo : Un commissaire divisionnaire revèle tous les auteurs du cr!me

Martinez Zogo James Elong Lobe renforce la thèse d’une action isolée, conduite au mépris des règlements

Wed, 7 Jan 2026 Source: www.camerounweb.com

L’audience de ce 5 janvier 2026 de l’affaire Martinez Zogo a été marquée par le passage à la barre du 17e témoin. Il s’agit du commissaire divisionnaire James Elong Lobe, l’ancien directeur de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) qui a affirmé devant le tribunal militaire de Yaoundé que la surveillance et l’enlèvement de l’animateur se sont déroulés « en dehors des procédures normales du service, sans validation hiérarchique ni moyens officiels ».

L’affaire Martinez Zogo vient de connaître un tournant décisif qui ébranle les fondements mêmes de l’appareil sécuritaire camerounais. Le témoignage marathon du commissaire divisionnaire James Elong Lobe, ancien directeur des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure, a agi comme un puissant révélateur des zones d’ombre entourant l’assassinat de l’homme de média. Durant douze heures d’une déposition habitée par une volonté de clarification, ce haut cadre a porté une estocade à la version des faits défendue par certains accusés, en mettant directement en cause Justin Danwe. Pour Elong Lobe, il ne fait aucun doute que l’opération fatale a été menée en dehors de toute procédure régulière, s’apparentant davantage à une expédition punitive clandestine qu’à une mission d’État encadrée par la loi. Ce récit à la barre dresse le portrait d’une institution dévoyée, où une structure parallèle semble avoir pris le pas sur la hiérarchie officielle.

En affirmant avoir été tenu à l’écart d’une mission qu’il qualifie de top secrète, le commissaire souligne une rupture brutale avec la doctrine et les pratiques habituelles de la DGRE. Il a minutieusement énuméré les entorses flagrantes qui entachent cette opération : l’absence d’un ordre d’opération écrit, le recours à des circuits financiers opaques, l’utilisation de matériel logistique sans aucune autorisation préalable et, point particulièrement troublant, la constitution d’un commando à la composition jugée atypique, car recruté sur une base identitaire plutôt que professionnelle. Au-delà des faits techniques, ce témoignage met en lumière une crise de gouvernance profonde au sein du renseignement extérieur camerounais, marquée par une dégradation des rapports humains et institutionnels à partir de l’année 2021.

Selon James Elong Lobe, une réorganisation délibérée aurait visé à marginaliser le directeur des opérations pour laisser le champ libre à des initiatives échappant au contrôle du directeur général. Cette dérive, alimentée par des tensions entre Justin Danwe et sa hiérarchie, aurait créé un terrain fertile pour l’arbitraire. Le face-à-face judiciaire a ainsi révélé deux visions irréconciliables de la responsabilité : celle d’un subordonné revendiquant une autonomie de fait et celle d’un haut gradé rappelant que, dans une République, aucun acte de force ne peut être légitime s’il n’émane pas d’une chaîne de commandement clairement établie. Alors que le procès continue de tenir le pays en haleine, les déclarations de James Elong Lobe agissent comme un appel à la restauration de l’ordre républicain. Elles renforcent la thèse d’une action isolée, conduite au mépris des règlements, et posent une question fondamentale sur la sécurité de chaque citoyen face aux abus de pouvoir.

Ce dossier emblématique n’est plus seulement la quête de justice pour un journaliste lâchement assassiné, il devient le miroir des réformes nécessaires pour que plus jamais les services de renseignement ne puissent être détournés de leur mission de protection de l’État au profit d’intérêts particuliers. La suite des débats dira si la justice saura transformer ce témoignage accablant en un socle pour la vérité et la fin de l’impunité.

Source: www.camerounweb.com