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Owona Nguini décrypte la chanson ' Mimbong mi mani bé ' de Joel La Fleur

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Wed, 8 Jul 2020 Source: lebledparle.com

Éric Mathias Owona Nguini a passé en revue la chanson « Mimbong mi mani bé » qui est d’actualité dans tous les espaces festifs au Cameroun.

« Mimbong mi mani bé mfiang ounguene andouene », c’est le titre de Joël La Fleur qui est sur les lèvres de plusieurs jeunes gens depuis quelques semaines. Traduit de l’Ewondo pour le français, l’intitulé de la chanson donne littéralement : « les morceaux de manioc sont cuits à point et la sauce est encore posée au feu ».

Pour le Pr Éric Mathias Owona Nguini, cette phrase au-delà du rythme et la cadence que lui confèrent les instruments de musique, revêt divers sens selon le contexte.

Voici l’analyse faite par l’homme des sciences sur les réseaux sociaux.

Mimbong Mi Mani Be : Philosophie De l’acte dommageable et du fait accompli ou de la jouissance anticipée

La nouvelle et surprenante cadence qui anime les charts et hit-parades au Cameroun, peut être légitimement saisi comme l’expression d'un certain regard phénoménologique. « Mimbong mi mani be » en Ekang (version Kolo-Ewondo/Bene/Mvele ) signifie littéralement « les morceaux de manioc sont cuits à point ». En équivalence, cela correspond à l'expression française « les carottes sont cuites ».

Ces mots semblent d'abord traduire la jouissance anticipée des amateurs de la cassave qui se pourlèchent les babines au moment où le recherché féculent vient à point dans la marmite incandescente dont le bouillonnement soulève les effluves dudit manioc. Ainsi, l'on est renvoyé à l’attente d'un gourmet et gourmand dont les papilles gustatives s’émeuvent au moment où les bouts de cassave en viennent à la cuisson finale, qui entrevoit des délices pour son palais. Dans cette optique, mimbong mi mani be est l’expression de l'hédonisme culinaire comme morceau de choix d'une arithmétique des plaisirs de table. L’amateur du manioc bien cuit se rappelle les stimuli aussi excitants que plaisants de ses précédentes consommations du succulent féculent.

Ici, la libido se déploie dans le plaisir oral de l’homo manducans savourant ces morceaux de cassave et excité par la perspective du renouvellement de cette sensation de bonheur fugace. L’autre valeur hédonique de Mimbong mi mani be est plus sentimentale que sensuelle, esthétique plutôt que kinesthésique, renvoyant au plaisir de fredonner cette ritournelle aussi retentissante qu'étonnante car le rythme y a préséance sur l’harmonie !!! Mimbong mi mani be évoqué alors l’ambiance surchauffée des cabarets, dancing et boîte de nuit avec rotation lascive du bassin et croisement- décroissement des jambes. Mais le sens de Mimbong mi mani be peut être bien différent quittant l’optimisme de l'enjaillement pour le pessimisme de la tribulation. Dans cette perspective, Mimbong mi mani be symbolise soit la défaite constatée ou la mésaventure manifestée en lien avec le fait accompli quand ce n'est pas l’acte dommageable.

il convient d'avouer que cette optique s'inscrit dans une herméneutique élaborée dont les détracteurs la renverraient expéditivement au régime de la contorsion spéculative. Mimbong mi mani be exprimé l’essence du féculent appelé à être consommé de manière jubilatoire ou ostentatoire. Pourtant, il y a aussi dans l’ingestion et la digestion du morceau de manioc (" etoun mbong"), quelque chose qui est de l’ordre du consommatoire et pas seulement du consommable. Il y a un devenir fécal des mimbong porteur d'une dynamique d'un plaisir ambivalent exigeant pudeur et retenue mais aussi une jouissance particulière en lien avec le plaisir anal.

Mathias Eric Owona Nguini

Source: lebledparle.com

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