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Agression de Steve Fah ou 'la photographie du Cameroun qui rumine ses frustrations'

Amedee Dimitri Touko Tom Camerounweb Me Amedee Dimitri Touko Tom

Thu, 24 Mar 2022 Source: Me Amedee Dimitri Touko Tom

Agression pour les uns, montage pour les autres, l’affaire de la violente agression du Facebookeur Steve Fah continue d’alimenter les débats. Les opinions de personnalités politiques et acteurs de la société civile se multiplient. C’est le cas de Me Amedee Dimitri Touko Tom qui dans une tribune, présente cette agression, si elle a vraiment eu lieu, comme l’expression d’une société des anti-valeurs dont la victime d'aujourd'hui est l'un de ses ambassadeurs.

Ci-dessous, la tribune de Me Touko Tom

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"Le net influenceur Steve FAH, réputé proche de la dictature de Yaoundé a été victime de la colère de camerounais, membres de la BAS, qui lui reprochent son soutien actif au régime despotique au Cameroun. En effet il apparait comme l’un de ses plus actifs enjoliveurs (celui qui rend joli).

Le comportement contrasté du public face à une atteinte à l'intégrité physique d'un homme, est en réalité l'expression imagée de cette société des anti-valeurs dont la victime d'aujourd'hui est l'un de ses ambassadeurs.

Le régime Biya a fait du Cameroun, un pays violent, méchant, barbare, un état sauvage.

Cette démonstration de violence est une exportation de la violence endémique au Cameroun, face à laquelle toute capacité "d'indignation collective" ne peut s'exprimer du fait de la fragmentation, de l'atomisation, de la mise en pièces détachées du corps social, au moyen d’une savante ingénierie politique et surtout du fait d'une répression systémique et systématique des libertés. Tenez : Pendant que Alain FOGUE, Olivier Bibou NISSACK, Salomon BEAS et de centaines autres camerounais sont en prison pour avoir demandé la fin de la guerre au NOSO, Steve FAH lui est sponsorisé pour dire que tout y va très bien et que le Cameroun est beau…

Voici donc une photographie de ce Cameroun qui rumine ses frustrations, ses violences, ce Cameroun qui est non seulement en guerre dans sa partie anglophone, mais aussi qui est en guerre sociale généralisée, tant les fractures sont profondes : les plus forts, les puissants, les dominants s'activent à pérenniser leur hégémonie, les plus faibles, les laissés pour compte, les gueux essayent de conjurer leurs drames.

Dans ce magma politique et social, la frontière entre le bien et mal, entre ce qui est socialement juste et ce qui ne l'est pas, n'est plus étanche. C'est ainsi que l'assassinat du journaliste Samuel Ajiekah Abuwe dit Wazizi ou le lynchage sauvage de Paul Chouta seront qualifiés par certains comme étant la rançon de leur indocilité et l'agression de Steve FAH comme le prix de sa collaboration avec le régime criminel de Yaoundé.

En réalité, ce qui s'est déroulé à Bruxelles est la manifestation de cette guerre larvée générée par ce Cameroun des injustices organisées. C’est l'expression du mal camerounais.

Cette escalade dans la violence n'est finalement qu'un miroir, celui de l'incurie politique, économique et sociale que d'aucuns ont décidé de combattre avec leurs moyens, en choisissant des adversaires à leur taille. Pour ceux-là, la guerre vantée par une certaine opinion comme étant la solution au mal camerounais, semble avoir déjà commencé.

Que vaut donc dans ces conditions le torrent des condamnations qu'on aurait souhaité entendre avec la même ferveur quand on assassine, pille, emprisonne et tue au Cameroun sous le sceau d'une pseudo légalité ?

Évidemment, ça sonne faux parce que lâchement, paresseusement, on se pare des valeurs qui n’existent plus au Cameroun, on se cache derrière une loi qui n’est que celle des plus forts au Cameroun.

Comme dans des funérailles de riches qui par l'affluence populaire, valent 1000 funérailles de pauvres, on impose à la conscience collective la prééminence de la douleur des puissants sur celle des faibles ; pourtant une vie en vaut une autre.

C'est de cette justice sociale que rêvent les camerounais. Nos jérémiades face à la métastase du mal camerounais n'y changeront rien, ce qu'il faut changer, c'est le Cameroun".

Auteur: Me Amedee Dimitri Touko Tom