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Alphonse Ateba Ndoumou étale les paradoxes du pays prévaricateurs

Alphonse Ateba Ndoumou Les populations de la partie septentrionale du pays rechignent à jouer le jeu

Sat, 26 Jun 2021 Source: Alphonse Ateba Ndoumou

Dans un long exposé empreint d’analyse factuelle, Alphonse Ateba Ndoumou, journaliste et expert en communication analyse les premières tendances qui se dégagent des enquêtes en cours au tribunal criminel spécial et relative sur la mauvaise gestion du financement spécial dédié à la lutte contre le Coronavirus au Cameroun. Selon lui, le covidgate est un cas école qui confirme l’endémie nationale des faiblesses de gestion, dans une communion intercommunautaire où les fonds publics se partagent comme un gâteau d’anniversaire. Lire en intégralité son point de vue.

L’affaire dite du Covidgate va peut-être faire mal, mais déjà elle fait du bien, au moins par les clarifications qu’elle apporte sur fond de décantation d’un univers longtemps resté flou, autant dans ses doutes que dans ses certitudes les plus sédimentées. A ce stade, l’on a besoin d’être prudent en attendant l’issue des enquêtes. Mais on peut utilement meubler l’attente, par une œuvre de décryptage qui, pour certains ressemblerait à du révisionnisme, et pour d’autres, à une authentique activité d’anthropologie culturelle, à la recherche de l’être camerounais intrinsèque, tel qu’en lui-même de nos jours. Vaste chantier! Difficile, au regard de la dernière actualité autour du Covid de ne pas penser à une idée programme, consignée dans un livre aux accents révolutionnaires, Les paradoxes du pays organisateur, (Charles Ateba Eyene). En son temps, le livre avait fait grand bruit, tour à tour, en raison de son objet, du sujet, des origines de l’auteur, mais surtout, par son approche originale, entre autoflagellation, aveu et volonté de démarcation, consistant à délimiter l’assise géographique des prédateurs de la fortune publique à l’aire culturel Ekang. Il n’en fallait pas plus pour que la publication batte tous les records de notoriété. Opportunément récupérée par une meule incandescente, entre les mains d’une meute planétaire, l’internationale de l’Ekang bashing tenait désormais là une manne à charge, sans précédent, crédible et documentée, pour alimenter la stigmatisation orchestrale du territoire symbolique de la jouissance effrénée du pouvoir. Gorges chaudes dans les chaumières, face à face nourri, feu le Pr Nlep aurait certainement aimé analyser cet autre triangle équilatéral, surtout lorsqu’il a été gracieusement complété par l’interpellation du ministre d’Etat Marafa Hamidou Yaya, prince musulman bon teint, bon genre, originaire de la région du Nord du pays.

Forfaiture

Soudain, premier couac, les populations de la partie septentrionale du pays rechignent à jouer le jeu; elles vont descendre dans les rues pour dénoncer la forfaiture, le ministre d’Etat n’étant, ni géographiquement, ni culturellement proche de l’axe, désormais officiel, des détournements, tel que modélisé et canonisé par Charles Ateba Eyene. Bref, c’est ainsi que le concept de pays organisateur est entré dans le discours public et les mœurs, sur sa triple dimension, géographique, culturelle et malfaisante, jusqu’aux événements du Covid. Puis, rebondissement! Le long et ancien match pour le contrôle du pouvoir, par l’arraisonnement de toutes les ressources entre dans les prolongations. Les équipes procèdent aux remplacements, de nouveaux visages font leur apparition sur l’échiquier, la partie reprend de l’entrain, chaud devant! Le covidgate apparaît de ce fait comme un cas école, pour solder les vrais comptes de ces biens communs qui partent tous les jours en fumée au Cameroun. Il est évident que la seule nébuleuse du pays organisateur, dans ses limites géographiques suggérées au départ, ne peut plus suffire justifier l’ampleur du mal. Sur ce chapitre, ce que la pandémie du Covid apporte de neuf, c’est de confirmer l’endémie nationale des faiblesses de gestion, dans une communion intercommunautaire qui sent le gâteau d’anniversaire. Chacun avale très vite son trop petit morceau, les yeux et le cœur rivés sur le petit reste encore sur la table.

Carte nationale de la prévarication

C’est ainsi que sur la vingtaine de dignitaires de haut niveau concernés par le convidgate, l’on observe bien qu’ils sont ressortissants des dix régions du pays et de toutes les aires culturelles. Possible, dès lors, d’envisager, sans crainte, le volume II, première partie, du livre intitulé «Les paradoxes du pays organisateurs». Sa problématique centrale consistera, par la leçon des choses, à enrichir le volume I de l’idée que, la carte nationale de la prévarication épouse bien les contours de tout le pays. Mais il est possible d’aller encore plus loin, car l’affaire est loin d’être finie. Il est ainsi très possible d’envisager la deuxième partie du volume II du livre «Les paradoxes du pays organisateurs», autour de l’élargissement du spectre de propagation de l’endémie. L’on sait, par exemple, que dans la gestion des fonds Covid, il n’y avait pas que le secteur public. La preuve en est l’écho peu amène qui monte de la gestion des fonds publics issus de l’opération Survie-Cameroun; tant et tant de choses en sont dites aujourd’hui que les mêmes causes produisent çà et là les mêmes effets, à savoir que la gestion du bien commun demeure le Talon d’Achille de notre pays, secteurs public et privé mis ensembles. Moralité, les fonctionnaires ne sont donc pas les seuls coupables, ni les seuls à condamner. De par leur vocation de service public, leur principale faute est, bien souvent, de se retrouver, malgré eux, à la remorque des forces de l’argent, par paresse ou concussion. Un sursaut leur est indispensable. Les milieux d’affaires ne sont pas en reste, qui devraient cesser de jouer les pompiers pyromanes, en surexposant les fonctionnaires, après avoir fini de les dévoyer. La société civile devrait, quant à elle, aller plus loin que des dénonciations de pure forme, en montrant l’exemple, et en s’en tenant à des attitudes de bonne éthique en toute circonstance. S’agissant du reste de la communauté nationale, il devrait se départir de sa morgue hypocrite, par des indignations sélectives, souple avec les enfants du village, sévère avec les autres. Il est vraiment paradoxal ce pays des prévaricateurs, surtout quand la nébuleuse du pays organisateur, sans encrage aucun sur la réalité, bute sur la réalité du pays organisé, vivant, dynamique, avec des troupes pré positionnées partout, pour atteindre des objectifs politiques et économiques, par des orchestrations foireuses qui mettent en mal l’Etat légal. Etat légal contre Etat réel; pays organisateur contre pays organisé, La manœuvre de diversion n’a que trop duré.

Auteur: Alphonse Ateba Ndoumou