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Opinions Thu, 29 Nov 2018

Au Cameroun, l’enseignement supérieur devient une vraie comédie

Ceux des camerounais, accoutumés à dire bof, encore des histoires à dormir debout, s’en prendront seulement à leur caractère suffisant. Le campus, comme lieu de brassage des intelligences et de connaissances des origines diverses, est étrangement accaparé à la quasi majorité dans ce pays par des hardes d’antivaleurs et des médiocres. Je le dis en bon observateur pour y avoir séjourné pendant quelques années académiques à titre d’enseignant technologue d’archivistique vacataire à l’ex-ISS de l’Université de Maroua.

Le climat de copinage qui y régnait fut tel qu’on comprend facilement pourquoi aucun signalement sur les Universités camerounaises n’apparait, depuis des décennies, sur la liste des deux cents meilleurs choix annuels des établissements d’enseignement supérieur du continent africain.

Bon nombre d’activités pédagogiques s’affiliaient sur place à celles d’une ghilde foncièrement portées sur l’appât du gain, en ce sens que les étudiants qui fondent de folles espérances sur un enseignement de meilleure facture que les « docteurs » sont appelés à soutenir en leur âme et conscience se pervertit, de fil en aiguille, à une préoccupation de dernière zone.

Le titre de chargé de cours faisant la part belle dans la profession à une fusion anarchique du bon grain à peine et de la nullité en surnombre, ils sont nombreux les pédagogues de cet univers pédantesque qui esquivent de donner les cours, sans rime ni raison, dans la discipline, celle précisément qui aurait accouché les termes du sujet de leur mémoire de thèse, là où ils ont chacun, s’abuse-t-on, le mérite d’être un crack ! Allez donc savoir pourquoi ils le font ? Ceux-ci préfèrent exercer le plus vieux métier du monde dans les matières ou les carrières qui n’ont aucune filiation, de près ou de loin, avec leur cursus scolaire.

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Du pur sabotage ! Le titre de « docteur » servant de miroir aux alouettes auprès des étudiants qui osent croire à l’espérance tout en ayant à cœur de se garer de toute animosité qui militerait pour obstruer la voie vers l’obtention du diplôme de sortie. Un titre qui ne vaudra finalement qu’une peau de zébi, rien qu’en renonçant à faire front en vue de s’approprier du savoir-faire d’un job et non de s’habituer à répéter comme un perroquet les préceptes y afférents, tout simplement pour faire du vent.

Le chef de département y adhère en respectant le choix de chacun des enseignants. Les plus méfiants des professeurs de cet acabit ont dans la manche des indics, parmi les élèves des classes qu’ils dispensent les cours, chargés de véhiculer jusqu’à eux, moyennant en récompense une notation avantageuse, les dires et les noms des étudiants qui dénotent en sourdine des incompréhensions multiples et en vrac des incohérences notoires dans le style peu convaincant de tel ou tel cours.

Il s’agit là des sacripants en toge au rang de ceux dont l’égo a été grossièrement dilaté et le personnage rendu maladroitement célèbre par le souffle d’une retape fallacieuse des journalistes des médias locaux.

Quoi qu’on dise, l’insertion d’un corps d’enseignants technologues, dans le cursus universitaire, ne fait pas l’unanimité chez ces pseudo-connaisseurs qui forment désormais une foule exorbitante de dadais intrigants au Cameroun, d’autant plus qu’ils ne cessent d’allonger démesurément la liste du nombre de « chercheurs » chaque jour dans les amphis parmi eux, les « docteurs » que seules les coulisses pour ce grade leur ont prêter main-forte, mais qui se brulent les ailes en se haussant du col, tout à fait persuadés que la bonne volonté envers la droiture à la politique de l’équilibre régional leur mette sur la selle.

Le gros de la troupe s’agite à faire place nette, en agissant en meute contre l’engagement indispensable des hommes de métier dont les connaissances sont bien au-dessus des gens comparables à leur être de raison, des professionnels judicieusement appelés à ce titre en renfort à seule fin d’apprêter les futurs diplômés à multiplier leurs capacités managériales ou à ressentir l’inspiration d’asseoir les théories sur des faits, dans le choix d’un métier en lien avec les meilleures offres de travail sur le terrain. Ceci est d’autant plus indiqué en ce sens que le pays accuse une insuffisance embêtante d’archivistes de profession capables, au pied du mur, de faire valoir un recours indispensable à l’utilité des documents d’archives à toutes les étapes de leur vie administrative et historique.

En guise d’anecdote, l’un des jurés qui tenait à faire bonne figure parmi les membres d’un jury abonnés à proscrire par écrit ma contribution dans de telles rencontres, même en tant que l’unique enseignant titré en la matière ; ma silhouette n’étant pas de taille, décrètent-ils, à jouer dans la cour des grands. Ledit juré, pour avoir été désigné, de surcroit, examinateur du contenu d’un mémoire défendu par un élève de la filière archivistique, s’est permis sans vergogne de me demander si le mot archivistique est un adjectif qualificatif ou un nom commun.

En effet, la mise en marge de la compétence, du génie, du talent ou d’autres facultés humaines demeure une incorrection dans le recrutement des agents à la Fonction Publique camerounaise, c’est tout à fait une bourde qui a regrettablement placé le diplôme au palmarès de la folie des grandeurs, comme qui dirait, de la mégalomanie. Une aliénation mentale typiquement camerounaise qui confère à l’individu une conviction morbide d’être plus instruit que le reste du monde et en toutes disciplines scientifiques, littéraires ou artistiques parce qu’il détient le diplôme de « doctorat » ! Socrate à qui l’air du temps avouait plus de lumières de l’esprit et assez de laideur physique disait « Je sais une seule chose, c’est que je ne sais rien ».

Les signes de grandeur sociale sont pourtant là chez des hommes et des femmes pétris de talent, de génie sur le modèle de Mila Roger, Eto’o Fils, Mbango Françoise… qui font ressortir le nom du pays au-delà des frontières nationales et n’ont nullement besoin de tricher avec l’Etat pour se remplir les poches. Qui l’eût dit ? Christian Estroci, l’actuel maire de Nice en France, ministre ou secrétaire d’Etat à trois reprises, Michel Drucker, figure emblématique du paysage audiovisuel français sont pourtant des célébrités dans leur pays et ailleurs malgré qu’ils n’ont pas le baccalauréat !

Quelle peine cela m’a-t-il causé sur place d’être fréquemment en butte à ces tentatives ignobles d’actes d’avanie : des trentaines d’heures de travail validées et comptabilisées expressément impayées, des frais d’encadrement d’une série de mémoires de sortie virés impudemment dans la poche des « docteurs » omniscients…

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Voilà parmi les projets innovants en faveur de la jeunesse estudiantine du pays, celui qui se présente déjà, à peine mis en route, comme un outillage qui ouvre plutôt les vannes à une foire d‘empoigne où les antivaleurs et les médiocres en pole position, ayant en plus le vent dans les voiles, torpillent à discrétion ou font visiblement pièce à son triomphe, question de pouvoir continuer à manger gaîment dans tous les râteliers sinon, s’acharner à occulter un pas de clerc pour faire leurs choux gras de la volumineuse assiette au beurre : un salaire mensuel consistant, les paiements en numéraire liés successivement, à des travaux de recherches scientifiquement fictives se chiffrent annuellement à des millions de francs cfa, à l’assistance effective aux multiples délibérations du jury, à la correction des copies, à la surveillance des examens…, un chapelet des rémunérations juteuses pour se faire sereinement les couilles en or en pleine poussée de filouterie.

Il devient facile de comprendre pourquoi il y a plus de galapiats alias docteurs en ville que l’effectif des malades de tous les hôpitaux et dispensaires ouverts dans ce pays.

Quoi qu’il advienne, il ne serait pas fantaisiste, à plus d’un titre, d’admettre sincèrement que si et seulement si le gouvernement en place n’écoutait pas que d’une oreille distraite la multiplicité des voix anonymes qui dénoncent les actions et les faits perturbateurs des initiatives louables dont il est à la fois le créateur et le principal garant des réalités sur le terrain, le Cameroun se serait longtemps éloigné des sentiers des pays pauvres très endettés.
Auteur: lescoopsdafrique.com