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Boko Haram, une nouvelle guerre commence !

Thu, 13 Aug 2015 Source: L'Oeil du Sahel

La Radicalisation de Boko Haram

Boko Haram, écrasé dans la confrontation directe avec les armées camerounaise, tchadienne, nigériane et nigérienne a changé la nature même de son combat. Originellement, dès 2002, il s’agissait pour cette secte de promouvoir l’islam rigoriste et militant, de lutter contre la corruption, et surtout d’imposer la charia pénale dans les Etats Nigérians à prédominance islamique.

En cela, il était l’héritier du mouvement islamiste sectaire Maitatsine créé par Alhaji Muhammadu Marwa dans les années 80 à Kano. Etaient donc principalement concernés les Etats du Nord de la République Fédérale du Nigeria.

Après la violente répression de 2009 qui a fait 1000 morts dont 700 à Maiduguri, et au cours de laquelle le chef charismatique de la secte Boko Haram Ustaz Mohammed Yusuf a été tué, le mouvement s’est radicalisé et a mis l’accent sur la confrontation directe avec les détenteurs du pouvoir temporel, l’Etat Nigérian, les détenteurs du pouvoir spirituel, l’islam traditionnel et les églises chrétiennes, les détenteurs du pouvoir traditionnel, les chefs de communautés et de villages, les détenteurs du savoir, les écoles et universités .

C’était l’époque où se multipliaient les attaques de commissariats, de garnisons militaires, de prisons, d’écoles, de même que les attaques de mosquées et d’églises, et enfin des attaques de villages et de chefferies traditionnelles.

Boko Haram multipliait alors les prises d’otages échangés contre de rondelettes sommes d’argent, des rapines et des razzias qui procuraient de la nourriture en abondance, des rapts, des pillages et des actes de banditisme qui procuraient des femmes, de l’argent et des biens à moindre frais. Les attaques de postes armées et commissariats de police rendaient une bonne partie du Nord du Nigeria ingouvernable.

La Proclamation du Califat

Dans l’esprit des djihadistes enivrés par ces premiers succès, le vieux rêve du califat inspiré par les conquêtes de Dan Fodio en 1804 prit de la consistance. Le 24 Août 2014, après sa victoire à Gwoza, Abubakar Shekau annonçait la création d’un califat islamique aussitôt démenti par le porteparole de l’armée nigériane.

Mais à nouveau, la guerre changea de nature. Il s’est alors agi pour Boko Haram de défaire la force publique dans les Etats du Nord, de conquérir des territoires à partir de Gwosa et d’asservir les populations au besoin par la terreur, afin d’installer un califat islamique. La terreur inspirée par la brutalité, la cruauté, voire les atrocités des djihadistes a été largement utilisée comme une arme qui devait contraindre les populations à la soumission et désorganiser l’Etat.

Les pays ravagés par les hordes sectaires au premier rang desquels le Nigeria, mais aussi le Cameroun, le Tchad et le Niger n’ont pas saisi sur le moment l’ampleur du danger. A sa décharge, il faut noter que le Nigeria n’en était pas à sa première insurrection religieuse. Il maté les contestations des Izla, la terrible insurrection de Maitatsine à Kano en 1980 et toutes les autres sans recourir à des moyens exceptionnels.

Les interventions de la police appuyées par l’armée en cas de besoin et les pouvoirs dont disposent les gouverneurs des Etats ont eu raison de ces mouvements insurrectionnels sans dégâts excessifs. Cette fois-ci, il en allait tout-à-fait autrement.

Un Contexe National et International Favoraoble a` Boko Haram Le manque de coordination et de discipline d’une armée nigériane minée par la corruption explique l’inadéquation des ripostes de cette dernière dans un premier temps. Il était incompréhensible que les forces armées de ce géant d’Afrique, avec un budget annuel d’environ 6 Milliards de dollars (soit 3000 Milliards de FCFA) consacré aux forces de sécurité recule devant les bandes dépenaillées de Boko Haram.

Certaines sources indiquaient même que l’armement de la secte était supérieur à celui des troupes de l’Etat Fédéral. Sur le plan international, l’explosion des mouvements djihadistes ou pour le moins islamistes radicaux (au Mali, en Lybie, en Egypte, au Maghreb, en Somalie, en Irak, au Pakistan, au Liban, en Syrie, en Tchétchénie,en Palestine, en Afganistan, au Yémen etc) a fait pousser des ailes à Boko Haram qui pouvait s’alimenter en stratégie, en idéologie, en armes, en experts et en combattants auprès d’une espèce d’Internationale Terroriste.

Il convient mieux de parler de nébuleuse que d’Internationale, car on y trouve de tout, depuis de vastes organisations Internationales comme DAECH qui ont l’ambition de former un véritable Califat (Etat Islamique s’étendant sur plusieurs pays), en passant par Al-Qaeda qui a l’ambition de défier les Etats Unis et le monde Occidental que le Hamas qui a recentré son combat contre Israël et la libération de la Palestine, les Chebabs qui ont circonscrit leur combat dans la Somalie historique et son environnement immédiat, Al-Nosra en Syrie etc.

La Coalition Contrattaque Cependant, à la suite de la réorganisation et du redéploiement des forces camerounaises, de l’entrée en fanfare des troupes armées tchadiennes dans la lutte contre Boko Haram sur le territoire nigérian, du renforcement de la guerre contre le terrorisme menée par le nouveau chef de l’Etat Nigérian, le Général Muhamad Buhari, Boko Haram a subi de cuisantes défaites.

Fait essentiel, la secte a perdu son sanctuaire pilonné et rasé par les troupes Tchadiennes. Stratégiquement, la secte ne disposait plus de base pour se replier, se réorganiser et repartir à l’attaque. Son califat a volé en fumée. Il convient également de mentionner l’opération Barkhane, conduite par la France en coopération avec le Tchad, le Mali, le Burkina-Faso, la Mauritanie et le Niger.

Bien que son champ d’opération soit fixé dans la bande Sahélo-Saharienne, ses conséquences se font sentir en Afrique Centrale. Ainsi l’opération Serval dont Barkhane a pris la suite tout en l’élargissant a mis la main sur 200 tonnes d’armement et de munitions ainsi qu’une vingtaine de tonnes de nitrate d’ammonium destinée à la fabrication de bombes artisanales. C’est autant et plus qui n’ira pas armer Boko Haram.

Cette opération apporte un soutien non négligeable aux forces de sécurité Tchadiennes dans le contrôle du trafic des armes passant par le Tchad, armes venant essentiellement de la Lybie livrée à de violentes luttes internes. Il est clair que si le flux des armes à destination de Boko Haram et passant par le Tchad n’a pas tari, il a été substantiellement amoindri.

oko Haram reduite Aaux attendats et aux Escarmouches C’est donc contrainte et forcée par les dures réalités de la guerre que la secte s’est résolue à intensifier les attentats suicides sur la quasi-totalité du théâtre des opérations. On notera que même à l’époque de ses victoires sur des éléments de l’armée nigériane, Boko Haram n’a jamais attaqué le Sud du Nigeria, ni même le Middle Belt (le Centre du pays, région d’Abuja) avec des troupes combattantes.

La secte perpétrait des attentats suicides à Abuja et dans la Middle Belt. Dans la période, elle ne commettait pas d’attentats suicide dans les Etats du Nord, elle attaquait avec ses combattants ; il en allait également ainsi de l’Extrême-Nord du Cameroun, soumis aux excursions et expéditions militaires et terroristes, jusqu’à tout récemment.

De toute évidence, la situation de la guerre en cours ne permet plus à Boko Haram d’engager de grandes batailles sur un front plus ou moins vaste avec des troupes et des matériels en nombre. Cet affaiblissement militaire très important conduit Boko Haram à changer de stratégie. Sur l’ensemble du théâtre des opérations, la secte doit pratiquer maintenant en priorité la guerre de sabotage, la guerre de partisans, la guerre des attentats, suicides ou pas, pour répondre à l’asymétrie grandissante des confrontations.

La guerre a changé de nature. Par son idéologie (ou ce qui en tient lieu), sa configuration, ses atrocités et ses pratiques terroristes, Boko Haram s’est aliéné les populations, il ne peut donc engager ni une guerre de partisans, ni une guerre de sabotage. Il lui manque la complicité des populations.

Dans ses moments de faiblesse, Boko Haram ne peut se maintenir en activités bellicistes qu’en pratiquant les attentats suicides et quelques escarmouches comme celle d’Afade où une bande d’illuminés a attaqué un poste de gendarmeriede nuit pour dérober les armes et semer la terreur au passage. C’est pourquoi, dans le nordest du Nigeria, la terre d’origine de Boko Haram, son ancien sanctuaire, , les attentats s’enchaînent à un rythme quasi quotidien, mais il n’y a plus d’attaques de commissariats, de garnisons etc par des bandes surarmées pétaradant sur des motos et des pickups.

Pourquoir Boko Haram Continue-t-il la Guerre? Une question alors se pose : Pourquoi Boko Haram veut-il continuer la guerre alors qu’avec les pertes de toutes natures qu’il a subies (hommes, matériels, sanctuaire) il n’a aucune chance de sortir victorieux face à la coalition qui s’est formée pour l’éradiquer ? Deux évènements majeurs nous font comprendre que cette guerre sera longue et difficile.

Boko Haram prete alle -Geance et se se fait Adouber par L’etat Ilamque Le 7 Mars 2015, un message audio posté sur le compte twitter de Boko Haram avec la voix d’Abubakar Shekau déclarait : «Nous annonçons notre allégeance au calife des musulmans», Abou Baqr al-Baghdadi, chef de l'EI » La voix de Shekau, chef de Boko Haram a été authentifiée.

Boko Haram a donc prêté officiellement allégeance à Daech. Ipso-facto, Il se fait appeler dorénavant l’Etat islamique « EI-wilaya d’Afrique de l’Ouest». Le 2 Juin 2015 : La vidéo nommée «Wil?yat Gharb Ifr?q?yyah» destinée à la propagande de Daech annonce l’arrivée de l’Etat Islamique en Afrique de l’Ouest, plus précisément dans la forêt de Sambisa, fief de Boko Haram au Nigeria. Ainsi, Daesh a accepté d’adouber Boko Haram.

Pourquoi ces évènements sontils importants ? Parce que la connexion entre Boko Haram et le leader du terrorisme international est maintenant formellement établie. Mais qui est Daesh ? Le mot Daech est l’acronyme arabe de « l’Etat Islamique en Irak et au Levant – EIIL, en abrégé EI », soit en toutes lettres : «ad-Dawla al-Islamiyya fi al-Iraq wa-s-Sha».

Mais l’organisation islamiste utilise plutôt le terme «Dawla», l’Etat. Son nom indique toutes les ambitions de l’organisation de Abou Baqr al- Baghdadi, son chef. Voici quelques avis sur les similitudes et différences entre Boko Haram et l’EI: Selon Jacob Zenn, chercheur à la fondation américaine Jamestown, il y a des similitudes entre Boko Haram et l'Etat islamique, notamment la brutalité extrême des actions.

Mais alors que l'Etat islamique est décrit par Washington comme extrêmement bien armé, organisé et financé, les rangs du groupe nigérian sont formés par des jeunes pauvres et sans éducation ni formation tactique. Boko Haram "n'a pas atteint le niveau de sophistication" de l'Etat islamique, estime Virginia Comolli, chercheuse à l'Institut international d'études stratégiques de Londres.

Quand on sait que l’EI est une émanation d’Al-Qaeda, qu’Al-Qaeda est une excroissance des « Frères Musulmans » égyptiens, qu’Aqmi est né de l’allégeance prêtée par le GSPC Algérien (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat) à Al-Qaeda, on ne peut que s’inquiéter de l’adoubement de Boko Haram par l’EI.

Cette organisation est à la tête d’une fortune colossale que les estimations les plus modestes évaluent entre 1 et 2 milliards de dollars soit 500 à 1000 Milliards de F cfa. Elle a pillé la banque centrale de Mossoul en Irak, elle exploite des puits de pétrole, elle contrôle un vaste territoire à cheval entre l’Irak et la Syrie où elle lève un impôt révolutionnaire. L’Etat Islamique exerçant une séduction certaine sur des jeunes européens en quête d’identité et de repères, maîtrise l’outil Internet pour diffuser ses idées et recruter avec succès des adeptes dans le monde entier.

Le déploiement de l’EI donne un sens à la «guerre des civilisations » annoncée par le professeur américain Samuel P. Huntington. A titre d’illustration, le magazine de l'organisation s’appelle "Daqib". Or Daqib est une localité du nord de la Syrie, mentionnée dans une prophétie apocalyptique comme le lieu de la confrontation décisive entre les musulmans et les "infidèles".

Les ambitions mondialistes de l’EI ne sont plus un secret. D’autre part, si l’on en croit la journaliste Sara Daniel du Nouvel Obs, «plusieurs centaines d'Européens se sont placés sous la coupe de l'EI et sont destinés à être renvoyés dans leur pays d'origine en vue d'y perpétrer des attentats, comme Mehdi Nemmouche, accusé de la tuerie du Musée juif de Bruxelles.» L’Etat Islamique pourrait fournir des armes, des instructeurs, des combattants, des moyens financiers, de la logistique et des stratégies à Boko Haram, ce qui aurait pour effet de remettre cette secte sur le pied de guerre.

Si tel devait être le cas, la guerre contre Boko Haram est loin d’être terminée et nous devrons nous attendre à toutes les éventualités. Dans un prochain article intitulé : «Mener une lutte efficace contre Boko Haram est une nécessité», nous donnerons quelques idées sur l’intensification de la lutte contre la secte.

Auteur: L'Oeil du Sahel