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CONFIDENTIEL: les dessous de l’acharnement de Jeune Afrique sur Chantal Biya

Anniversaire Chantal Biya Moquerie Jeune Afrique a consacré une enquête sur le rôle de Chantal Biya dans le sérail

Mon, 18 Feb 2019 Source: Antoine Ahanda

Chacun des candidats à une élection présidentielle comme celle que le Cameroun a organisée en octobre 2018 est convaincu d’avoir des atouts dont aucun autre ne bénéficie.

On a parlé de jeunesse. On a vu brandir d’autres comme l’expérience, la connaissance de l’adversaire (c’est celui qui connait bien le lion qui sait le chasser), le soutien de l’ethnie considérée comme la plus riche et la plus dynamique, l’amour de la patrie, le seul qui comprend les anglophones ou celui qui est seul à comprendre les problèmes des Camerounais et à pouvoir les résoudre. Et Paul Biya dans tout cela, quels étaient ses atouts ? Il est désormais établi que le président sortant a bénéficié à la fois de son bilan, du soutien de son peuple reposant sur un parti bien implanté territorialement et très actif. Mais Paul Biya est parti aussi à cette élection avec un autre atout, celui de son cœur et celui du cœur de nombreux Camerounais.

Cet atout, c’est Chantal Biya. Au fur et à mesure que nous nous approchions du scrutin, la première Dame du Cameroun s’est affirmée à travers ses actions et sa personnalité comme une pièce-maitresse de la campagne présidentielle de Paul Biya. La presse nationale et même internationale semble avoir perçu l’importance de cette personnalité naturelle, d’aucuns diront populiste dans l’univers politique camerounais. Son image reflétée par la télévision est montrée, analysée jusqu’au fond des villages. Tiens, elle a réduit la hauteur de sa coiffure. Tiens, tiens, elle a perdu du poids. Maintenant, elle adore le jaune. C’est elle qui aurait insisté pour que ses enfants présentent le concours d’entrée à l’Enam.

Autant de signes d’affection qui se sont transformés en adhésion. Des articles ont fleuri dans les journaux, signe que ce personnage « people » qui attirait depuis longtemps les flashs des photographes et les caméras de télévision n’avait pas perdu son aura.

La condamnation quasi-nationale des insultes de Patrice Nganang vis-à-vis de la première Dame du Cameroun montre bien aussi que le sourire de Chantal, ses bébés médicalement procréés, les écoles des Champions qu’elle ouvre, les actions multiformes du Cerac, les financements qu’elle apporte pour lutter contre le sida sont autant d’arguments qui ont contribué à la victoire de son mari. Paul Biya n’aura pas eu le temps de savourer sa réélection. Un procès en délégitimation s’est ouvert dans les médias tant camerounais qu’étrangers en s’appuyant sur le retrait de la CAN 2019 au Cameroun, sur les responsabilités de cet échec et sur le réaménagement du gouvernement du 04 janvier 2019.

L’objectif étant manifestement de montrer que le Cameroun est peu ou mal gouverné. Le magazine Jeune Afrique a choisi la première Dame comme première cible de cette campagne de dénigrement qui ne fait que commencer. Dans la presse camerounaise et dans l’opinion, on s’interroge sur la sortie venimeuse de Jeune Afrique. Pourquoi une telle attaque ? Les relations entre le Cameroun, le régime de Paul Biya et l’hebdomadaire parisien ont été marquées depuis deux décennies par un journalisme qui oscille entre « atalaku » et représailles. Un système mis en place en Afrique depuis les années 80 par Bechir Ben Yahmed, alternant la louange tarifée et la critique acerbe, si on refuse d’ouvrir la caisse.

Pourquoi des articles d’une telle violence ? Si on examine la production éditoriale de Jeune Afrique sur le Cameroun au cours des derniers mois, il apparait, au fil des articles, que Paul Biya n’était pas le candidat du magazine panafricain. Il est donc normal que le magazine intègre la posture et la dérive revendicatrice de certains candidats battus par Paul Biya. Pourquoi maintenant ? Selon toute apparence, il n’y aura pas de trêve post-électorale tant pour le président de la République, la première Dame, que pour le gouvernement qui vont subir des assauts communicationnels tendant à délégitimer le mandat des grandes opportunités.

L’emprisonnement de Maurice Kamto et les fautes de gestion de la fortune publique reprochées à certaines personnalités seront autant d’épines sur lesquelles le régime va devoir marcher. Le chantier de la communication présidentielle et même gouvernementale qui croyait pouvoir faire une pause après l’élection de Paul Biya doit donc s’ouvrir sans attendre que des dommages irréversibles soient faits sur l’opinion camerounaise. En ce qui concerne particulièrement la communication de la première Dame, il apparait nécessaire de faire le bilan des actions passées et récentes. On connait bien en communication l’effet boomerang qui veut qu’une belle action qui à un moment donné a servi une personnalité, se retourne contre elle.

La première Dame du Cameroun a toujours été et reste un atout pour Paul Biya. Mais on le sait, la caractéristique d’un atout dans le jeu de cartes est qu’il doit servir à renverser une partie qu’on croyait perdue. Si on s’en tient aux déclarations du président de la République lors de son message à la Nation, en fin d’année dernière, l’année 2019 sera exceptionnelle. Paul Biya aura besoin de la première Dame pour porter certains messages et inspirer certaines politiques sociales. Comme un plan de sabotage dévoilé prématurément, le dossier de Jeune Afrique met au grand jour la nature et la cible des attaques qui vont déferler sur ce septennat. Il permet aussi à Paul Biya de s’en prémunir.

Auteur: Antoine Ahanda
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