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Opinions Wed, 4 Mar 2020

CPI: 'on ne condamnera pas le Cameroun pour avoir lutté contre la sécession'

Les plaintes les plus récurrentes entendues ces derniers mois sur la guerre en cours dans le NoSo est que l'armée tire sur sa propre population. Effectivement, cette situation nécessite une petite analyse et l'établissement des responsabilités. En posant la question dans le sens inverse (à savoir, que fait la population civile devant l'armée?), l'on se donne une bonne base d'analyse.

Jusqu'ici, avant une forte politisation de la société civile (qui prend désormais des positions politiques et partisanes), les formateurs ne manquaient pas de dire aux participants aux ateliers sur "la préparation et l'organisation des manifestations" qu'il ne fallait pas opposer une seule résistance si l'on avait en face une unité de l'armée (y-compris la gendarmerie). L'on demandait de résister et même de s'en fuir en toute sécurité si l'on faisait face à la police. Pourquoi? Parce que les missions de ces corps 'habillés" sont différentes: En temps normal, la police assure le maintien de l'ordre et la sécurité publique. Et effectivement, les manifestations de la population civile troublent l'ordre public, ce qui est du ressort de la police. L'armée quand à elle défend l'intégrité du territoire et c'est toute la différence. L'armée défend le drapeau comme l'on le dit de façon triviale.

En effet, la situation dans le NoSo a dépassé le niveau du maintien de l'ordre. Beaucoup de partisans jubilaient lorsque les policiers tombaient au front par dizaines. En effet, l'objectif de la police n'est pas de tuer les populations civiles mais, de les disperser en utilisant des méthodes discutables que certains médias et ONGs considèrent comme étant violentes ou humiliantes. J'avais moi-même fait un papier pour montrer les abus dans le maintien de l'ordre dans le NoSo (tapez dans google : « Cameroun : Quand les forces de l’ordre créent du désordre ! ».

Mais, nous n'en sommes plus là. Nous sommes en face d'un problème de sécession c'est-à-dire d'une menace qui pèse sur l'intégrité du territoire. C'est l'armée qui entre en jeu. Nous avons donc dans le NoSo, deux armées qui s'affrontent et au milieu, les populations civiles qui fuient ou qui prennent position. Ceux qui prennent positions sont en effet des cibles potentielles pour le camp adverse. C'est ainsi la guerre. Pour attirer l'attention de la communauté internationale, il faut prouver l'existence des exactions. Par conséquent, il est très courant que le camp des perdants envisage la provocation des situations humanitaires. C'est le côté sale de la politique.

Donc, nous devons faire très attention avec ce que nous entendons du NoSo. L'opportunisme politique a gagné du terrain dans ce conflit, faisant des événements un grand champ de manipulation. Les différents états-majors politiques redoublent de superlatifs pour montrer que c'est l'adversaire qui fait le plus d'exactions. C'est un jeu malheureux sur des innocents.

Ma position: Je pense que les vrais criminels sont ces politiques qui jettent (ont jeté) de l'huile sur le feu pour en tirer un avantage politique. Lorsque deux frères sont fâchés, il ne faut pas les encourager à s'entre-tuer. Il ne faut pas leur donner des armes pour lutter comme le fait une certaine diaspora. Ma position est qu'il faut calmer le jeu. Personne ne doit plus mourir pour obtenir ce qui est devenu dans la politique camerounaise une victoire à savoir, l'abandon du projet de francophonisation du pays ou encore ce que les manifestants appelaient "annexion". C'est fini ça! Aucun homme/femme politique camerounais-e ne peut plus faire prospérer un projet d'harmonisation des deux sous-systèmes (en faveur du sous-système francophone comme cela devait être le cas en 2016). C'est une grosse victoire. Je suis contre le ICI et MAINTENANT, une folie dans certains milieux de la résistance africaine depuis les années 60 où l'on pense qu'en politique, il est possible d'obtenir tout en même temps. Cette philosophie de la résistance pense qu'il ne faut pas céder tant qu'on n'a pas tout obtenu. C'est une philosophie extrémiste qui ignore les exigences démocratiques de concession à la table des négociations. Je pense donc que ce conflit devrait continuer plutôt dans le civil sur d'autres aspects de l'inclusion économique notamment.

La manipulation en cours est de brandir la CPI. Mes chers amis, Macron n'aura jamais le talent de Sarkozy pour brandir la menace de la CPI et engager des guerres de domination. Les médias mainstream dont certains en France (France 24, RFI, TF1, etc.) et les ONGs qui développent « l’idéologie des droits de l’homme » et la « philanthropie hégémonique » (tapez dans google : « Société civile africaine : cheval de Troie des forces impérialistes ? » pour me lire à ce sujet) sont régulièrement mis à contribution pour continuer la « mission civilisatrice ». Comme vous le savez, les querelles intestines internes vous exposent aux ennemis externes. C’est la simple équation de l’opportunisme politique. Nous devons faire attention. Nous devons savoir que Sarkozy se cache dans un trou maintenant. La CPI n’a retenu aucune accusation contre Laurent Gbagbo par exemple. Aucun charnier n’a été prouvé. Les HRW sont allés témoigner en vain. On a dû arrêter le procès pour sauver la face de l’impérialisme. Certains acteurs de la société civile au Cameroun vivent de la philanthropie hégémonique. Ils font leur travail. Nous devons le savoir. Nous devons savoir qu'ils en ont les moyens; les impérialistes ont l'avantage d'avoir beaucoup d'argent, même pour faire vivre certains de nos journalistes précaires (tapez dans google "Crises du journalisme en Afrique subsaharienne" pour me lire à ce sujet).

Mais, nous devons pouvoir renforcer notre éducation politique pour savoir de quel côté se trouvent nos intérêts. En République, il y a des questions que l’on ne politise pas comme celle de l’intégrité du territoire. Et le droit à l’autodétermination alors? La masse manipulée doit savoir que la sécession ne fait pas partie du droit à l’autodétermination. C’est exclu. On vous embarque dans une cause politicienne perdue d’avance. Nulle part, on ne condamnera l’Etat du Cameroun pour avoir lutté contre la sécession. Vous pouvez continuer de faire partie de ces gens qui cherchent à provoquer le plus de situations humanitaires possibles pour attirer la communauté internationale. Non seulement c’est criminel (vous poussez les enfants des autres à aller mourir pendant que les vôtres sont en sécurité en Occident) mais, c’est lâche (vous croyez pouvoir atteindre Paul Biya à travers les Anglophones. Or, il est à Yaoundé). Il faut affronter Paul Biya à Yaoundé et laisser la vie des Anglophones tranquille. Il faut cesser de leur dire que le « courage » suffit pour gagner une guerre ou que les amulettes les protégeront contre les balles. Il faut cesser d'encourager les jeunes drogués, passionnés et sans formation politique d'aller faire face à une unité d'élite (enviée en Afrique francophone) comme le BIR avec les fusils de chasse.

Ma position est qu’il faut arrêter ça et se concentrer sur le débat sur l’inclusion économique du pays. On a vendu une fausse copie de la démocratie aux Africains, leur faisant croire que c’est l’alternance au pouvoir qui développe les pays. Par conséquent, l’essentiel des pays africains sont sur le chemin de la régression par rapport aux années 1970. L’émergence proclamée en 2025 ou 2035 consiste à rattraper le niveau de développement que ces pays avaient au début des années 1980. Regardez-moi ça ! Le Cameroun avait 20% de croissance ! Imaginez ça ! C’était à cause des politiques publiques et non de l’alternance au pouvoir. Que ceux et celles qui cherchent le pouvoir absolu nous excusent un peu !

Nous, citoyens africains, devons revenir à de meilleurs sentiments et mourir pour ce qui est important pour nous. Le développement. La Côte d’Ivoire était « l’éléphant d’Afrique » ! Elle a perdu 20 ans de développement à travers une guerre intestine provoquée par ses ennemis extérieurs et endossée par une jeunesse manipulée et endoctrinée. Demandez à Soro et à son philosophe Nyamsi !

Il faut arrêter ça !
Auteur: Louis Marie Kakdeu
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