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Ces immeubles de la mort !

Tue, 29 Sep 2015 Source: Essama Essomba

La cité industrielle et portuaire de Douala, la ville la plus peuplée du Cameroun , a vécu, le 24 septembre 2015, le drame de l’effondrement d’un immeuble de quatre niveaux, au quartier Nkongmondo. Le bilan officiel n’a pas encore été publié. Ce sinistre n’est pas le premier du genre dans la capitale économique.

Sans être exhaustif, l’on peut rappeler que l’année dernière, le 9 mai 2014, un bâtiment de quatre étages s’est affaissé au quartier Bonamouang à Akwa-nord. Un autre accident s’est inscrit dans cette série noire le 17 juillet 2013, avec l’effondrement d’un immeuble de six niveaux situé à l’ancienne rue Boué de Lapeyrère à Akwa.

Une fois de plus, une fois de trop, un immeuble vient encore de s’effondrer à Douala. Mais cette cité n’a pas le triste monopole de ce genre d’accident. D’autres villes de notre pays, à l’instar de Yaoundé et de Bafoussam, en ont déjà été le théâtre. Voici quelques illustrations à Yaoundé.

Le 16 novembre 2011, un bâtiment en construction de quatre étages s’est effondré au quartier Santa Barbara, sans faire de victime humaine, heureusement. 2010 a été, à cet égard, une année horrible dans la cité-capitale. Le 25 février, un immeuble en construction de six étages s’est écroulé au quartier Nkolndongo.

Le bilan est lourd : quatre morts, de nombreux blessés, deux maisons voisines aplaties sous les gravats. Le 9 août, un édifice de six niveaux s’est écroulé au quartier Elig-Essono, blessant grièvement quatre personnes. Neuf jours plus tard, toujours dans le même quartier, un immeuble en construction de cinq étages s’est effondré.

La récurrence de ces incidents aux conséquences humaines et matérielles graves ne cesse de susciter de nombreuses interrogations. Les immeubles en construction ainsi effondrés ont-ils répondu aux normes en vigueur dans notre pays ? Les autorisations et les contrôles prescrits ont-ils été respectés ?

Les leçons convenables ont-elles été tirées des accidents précédents? Quelles que soient les réponses, pertinentes ou biaisées, à ces questions et peut-être à bien d’autres, il serait naïf de se faire des illusions.

Soyons sérieux ! L’effondrement de ces immeubles de la mort n’a été la conséquence ni d’un tsunami, ni d’un séisme, ni d’une fatalité, ni du hasard, ni d’un quelconque effet maléfique.

Car malgré le silence et l’opacité qui enveloppent sans exception les enquêtes systématiquement prescrites sur ces drames, il ressort toujours des observations pertinentes des irrégularités techniques et administratives dans la construction des immeubles concernés.

Les mêmes défaillances sont dénoncées : absences de plans conçus et suivis par des architectes compétents, carences dans les études techniques sur le site devant abriter l’immeuble en construction, utilisation de matériaux inappropriés, travaux effectués par des amateurs, irrespect des règles de l’urbanisme.

Même au cas où le dossier administratif est à jour, les contrôles nécessaires sont rarement effectués par les services et les techniciens commis pour cette tâche.

L’affichage du numéro de permis de bâtir par le promoteur de l’immeuble en construction est l’équivalent d’un certificat de contrôle permanent. Les fissures constatées souvent même par des profanes ne suffisent pas pour attirer la sonnette d’alarme.

Toutes ces observations laissent donc apparaître que ce qui est en cause avant tout, c’est la responsabilité humaine, celle des promoteurs. Les réponses administratives et techniques demeurent théoriques, sans un contrôle et un suivi rigoureux des travaux.

Sans contrôle et sans changement de mentalités des promoteurs véreux, peu disposés à mettre le prix ou incompétents, il n’est pas exclu de déplorer, hélas, encore hélas, d’autres cas d’effondrement d’immeubles en construction.

Auteur: Essama Essomba