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Comment le Régime Biya, veut installer l’insécurité dans les tontines - Me Touko Tom

Amedee Dimitri Touko Tom Camerounweb Me Amedee Dimitri Touko Tom

Sun, 26 Dec 2021 Source: Amedee Dimitri Touko Tom

La culture de la tontine a été diffusée dans tout le Cameroun par le peuple Bamiléké, qui a depuis des décennies produit des hommes d'affaires et commerçants à succès grâce à cette pratique. Partant de ce constat, l'analyste politique Amedee Dimitri Touko Tom voit en la taxe sur les tontines au Cameroun, un projet d'insécurité dans la tontine, mais aussi, une loi qui vise le peuple Bamiléké.

Ci-dessous, la tribune de Me Amedee

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"Dans un précédent article, je démontrais que la taxation des associations tontinales est une absurdité politique, économique, fiscale et juridique. En effet, ce dispositif peut se révéler extrêmement destructeur pour le levier le plus important d’une épargne - carburant de l’économie et pour l’expression des solidarités dont le système associatif et spécialement la tontine, est l’ultime bouée face à un Etat défaillant.

Se limiter à la seule analyse expertale primaire de cet impôt compliqué, dont l’assiette, les prévisions de recette, les moyens de recouvrement (amiable et forcé) sont quasiment indéfinissables et en conclure à une naïveté managériale du gouvernement camerounais, c’est faire montre d’une certaine nigauderie.

L’IMPOSITION DES FRUITS DE LA TONTINE EST UNE MANŒUVRE D’INFILTRATION, DE CONTRÔLE ET D'ANÉANTISSEMENT DE L’INSTRUMENT CULTUREL QU’EST LA TONTINE

La dimension première de la Tontine c’est cette expression culturelle dont elle est l’émanation. Elle puise son âme dans cet affectio societatis (l’amour d’être ensemble) des Peuples Bamiléké, laquelle a essaimé dans tout le Cameroun. Elle est devenue aujourd’hui la valeur majeure que ce pays peut vendre à l’Afrique.

Son rôle moteur dans un environnement économique et social marqué par un Etat qui n’existe que par son appétence prédatrice et un système bancaire de type colonial et inadapté, suscite un intérêt particulier chez Paul BIYA, dont le seul projet pour le Cameroun est de mourir au pouvoir et de s’y reproduire au moyen d'une succession monarchique.

Pour y parvenir, il pense que la maîtrise d’un certain nombre de leviers sociaux et sociétaux dont fait partie la Tontine est un impératif. En effet, ce milieu associatif particulier est soupçonné d’avoir un pouvoir financier de loin plus important que celui de l’Etat. De même, si le Gouvernement camerounais a pu asservir les Eglises, les Mosquées, et s’attacher le soutien de certains cercles dits initiatiques dont la Franc Maçonnerie, la tontine reste pour lui, une institution à infiltrer, à contrôler, à soumettre…

Par ailleurs, au même titre que les cercles religieux ou initiatiques suscités, les tontines même éparses sont des univers clos où la pensée peut librement questionner la culture, la société, l’économie, la politique. C’est donc des espaces de liberté et de pouvoir qu’un régime autocratique doit affaiblir à défaut de le soumettre.

Le prétexte de l’impôt de ce point de vue est une aubaine. La recherche de la matière imposable amènerait l’Etat à recenser au moyen de la délation et de l’infiltration, les associations cibles. De même qu’il pourra connaitre la valeur de l’argent qui y circule et sa destination, il voudra savoir tout ce qu’on y fait, tout ce qu’on y dit.

En réalité, par ce truchement, le Régime BIYA, veut installer l’insécurité dans les tontines. Désormais, pour échapper à l’impôt injuste, pour cacher le « Famla » de la tontine, elle sera réduite à être une activité clandestine, souterraine, délictuelle donc illégale.

LA RESPONSABILITE HISTORIQUE DU RÉGIME BIYA DANS L’AFFAIBLISSEMENT DE LA CULTURE SÉCULAIRE DE LA SOLIDARITÉ ET D'UN DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

Penser un impôt aussi compliqué, dont le recouvrement présente un certain risque politique et un coût global économique onéreux n’est absurde qu’en apparence.

Tenez : La Loi sur la taxation des associations indique qu’une ponction sera opérée sur les bénéfices de la tontine, qui est le produit de sa vente. Si donc une tontine de 500 000 Francs est vendue à 25000 Francs, il sera prélevé sur cette dernière somme une TVA d’environ 5000 Francs. Ce qui est dérisoire… Par ailleurs, dans de nombreuses tontines, les sommes cotisées par les tontinards ne sont pas « vendues ». On "bouffe" la tontine à tour de rôle. Il suffit donc pour échapper à cette partie de cet impôt, de déclarer simplement que le bénéfice de l’épargne n’est soumis à aucune charge de la part de l’acquéreur. Incidemment, par cette déclaration, l’association tontinale révèle son existence et se soumet ainsi au contrôle du gouvernement.

Que l’Etat consacre ses ressources humaines et matérielles pour recouvrer un tel impôt n’a aucun sens managérial. L’intérêt est bien évidemment ailleurs : la maîtrise, le contrôle, la soumission et le travestissement de cette géniale invention, qui pour être ce qu’elle est n’a jamais eu besoin de la «protection» de l’Etat.

La principale ressource de la Tontine c’est ses valeurs : la culture de la confiance, la culture de la solidarité, la culture de la discrétion, la culture de l’honneur et de la parole donnée. Ce code d’honneur, plus que des lois, fonde l’amour d’être ensemble dans l’action. Tel est le vrai FAMLA que le Régime BIYA veut tuer.

Dans la vie des Hommes, il y a des Valeurs dont on ne fait pas commerce. La Franc-Maçonnerie chez les anglo-Saxons fait partie de celles-là, la Tontine chez les Bamiléké et même chez les Camerounais fait partie de celles-là"
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Auteur: Amedee Dimitri Touko Tom