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Election 2018: Paul Biya talonné!

Biya Malaise Les camerounais ont voté pour la présidentielle le 7 octobre.

Mon, 8 Oct 2018 Source: Ekanga Ekanga Claude Wilfried

Il est 20h dans la ville de Douala. Je suis scrutateur au bureau C au lycée d’Akwa, qui vient de rendre son verdict : 112 voix pour le sortant Paul Biya, contre 57 pour son suivant Kamto Maurice, suivi de près par Cabral Libii (54), bien décidé à venir bousculer ses deux principaux challengers du jour.

Osih Joshua, totalement largué, traîne à 14 points, quand Garga Haman affiche un zéro (0) gros comme un œuf. A se demander pourquoi certains se sont portés candidats à cette présidentielle.

Dans les autres bureaux de l’établissement, la hiérarchie semble la même. Je n’ai pas le temps d’aller me renseigner puisque je dois remplir les procès-verbaux avec mes compères, et surveiller les procédures finales. Mais des informations nous parviennent que dans plusieurs secteurs de la ville, le MRC rafle la 1ère place, tout comme le parti Univers. Et dans de nombreux bureaux remportés par le candidat RDPC, la somme entre MRC et Univers s’avère majoritaire.

LE FAIT DU JOUR - UN VOTE DANS LES TÉNÈBRES

Après une harassante journée de travail de 12 heures, la première observation concerne le lieu insolite où se déroule le dépouillement : des salles de classe délabrées, poussiéreuses et dépourvues d’électricité, où l’on se voit obligé de s’éclairer à la lampe-tempête et à la torche des portables. On est portant en 2018, au XXIe siècle, et non à l’âge de bronze. 49 ans après que les Américains aient envoyé un homme sur la Lune, l’élection la plus importante de notre pays se déroule dans les ténèbres.

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D’où la question à 1 milliard : Comment des Camerounais vivant dans ces conditions peuvent-ils encore donner autant de voix à celui-là même qui les prive d’une infrastructure décente? Cela défie toute logique.

Le peuple semble bel et bien avoir les dirigeants qu’il mérite

De plus, lorsque vous vous en plaignez, les autorités présentes se plaignent du fait que vous vous plaigniez. En gros, l’on s’attend à vous voir vous réjouir de la médiocrité du cadre. Je comprends pourquoi le sieur Nyamding m’a plusieurs fois martelé sur les plateaux d’équinoxe TV: « Il fait bon vivre au Cameroun »

La réalité, c’est qu’au Cameroun, le cerveau de millions de personnes a été tellement vampirisé qu’ils tirent leur jouissance de la souffrance. Donal Trump n’a peut-être pas eu tort de nous désigner en « pays de m... » ( « sh...hole countries »).

Car quand vous acceptez vous-mêmes de vivre bestialement, ne soyez pas surpris qu’un autre vous traite comme des bêtes.

La deuxième observation permet de revenir sur les tendances entendues ça et là. On constate qu’une coalition entre Cabral et Kamto aurait sensiblement accru les chances de victoire de l’opposition. Et selon les réactions à chaud du moment, Cabral Libii aurait intérêt à terminer devant Maurice Kamto, pour s’épargner un courroux populaire général, à l’instar de son jeune frère Samuel Eto’o depuis une semaine.

Cela dit, même au cas où les résultats finaux indiqueraient que cette union de forces aurait fait tomber Paul Biya, il est inutile de s’acharner sur le candidat d’Univers et de recommencer une gueguerre des réseaux sociaux. Ne gâchons pas la grande maturité politique que nous avons acquise en quelques jours de campagne pour retomber dans nos travers des temps passés. Une vérité n’en a jamais exclu une autre.

En d’autres mots, les raisons évoquées par Cabral pour refuser de se ranger derrière le MRC peuvent être tout aussi solides que celles du MRC lui-même, au sujet du leadership de la coalition. Ce n’est donc pas parce que l’un a raison que l’autre aurait forcément tort. En cas de victoire du RDPC, nous serons invités de ravaler notre colère et de reconnaître que nous ne nous sommes simplement pas entendus à temps sur ce chapitre.

La troisième observation nous amène à penser qu’à la fin, Paul Biya n’aura de toute façon plus la majorité absolue, tant ses adversaires ( Cabral & Kamto ) ont mené une campagne de haute volée. La plus belle de toute l’histoire du Cameroun.

Ce qui me fait dire que dans un avenir proche, même en perdant la bataille, la guerre sera gagnée. Le score de Paul Biya provenant principalement de nos roublards de parents qui votent plus par convention que par conviction, une défaite éventuelle de l’opposition n’aura eu pour unique cause que le faible ratio de nouvelles inscriptions, comparé au total du nombre d’électeurs potentiels.

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Quel que soit le résultat de cette élection, vous avez donc l’ordre de foncer tout de suite après la réouverture des inscriptions, dans les bureaux d’ELECAM pour vous inscrire. Car aux législatives et municipales, le RDPC n’aura aucune chance. Et ils le savent. Remporter ces deux élections, c’est comme remporter la présidence. Car un chef d’Etat minoritaire au parlement et dans les communes n’a souvent pas d’autre choix que de démissionner.

En attendant, attendons. Personne n’a encore gagné. Je veux croire que vous avez bien veillé à empêcher les fraudes dans vos bureaux, et que bientôt, nous connaîtrons un nouveau Président.

Car notre Fantôme national ne sert absolument plus à rien, et il faut être soi-même un esprit bizarre pour ne pas s’en rendre compte.

Auteur: Ekanga Ekanga Claude Wilfried