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Etoudi: Biya désormais dans le costume de Louis XIV

Biyasilencieux Une récente note du ministre Ferdinand Ngoh Ngoh suscite des remous au sein de l'opinion

Mon, 19 Aug 2019 Source: Georges Alain Boyomo

L’imbroglio juridico-politique autour de la nomination et la validité des mandats des dirigeants des établissements et entreprises publics rappelle, toutes proportions gardées, une situation vécue en France en 1655.

Celle-ci mérite d’être contée pour éclairer le jugement de chaque citoyen sur cette controverse. Cette année-là, sur les conseils de son principal ministre d’Etat, le cardinal De Mazarin, Louis XIV signe une série d’actes législatifs (édits) destinés à renflouer les caisses de l’Etat et poursuivre la guerre contre l’Espagne. Chargés d’entériner les décisions du « Roi Soleil », certains magistrats contestent la légalité de ces textes.

C’est ainsi que le 13 avril 1655, le Parlement de Paris tient une audience solennelle. Au cours de cette audience, Louis XIV fait cette déclaration : « Chacun sait combien ces assemblées ont excité des troubles dans mon Etat et combien de dangereux effets elles y ont produits. J’ai appris que vous prétendiez encore les continuer sous prétexte de délibérer sur les édits qui naguère ont été lus et publiés en ma présence ». Le président de séance invoque alors l’intérêt de l’Etat relativement au sujet en débat.

Et Louis XIV de l’interrompre et de marteler : « L’Etat, c’est moi ». Cette formule qui a traversé les âges est l’expression aboutie de l’absolutisme et de la personnalisation du pouvoir. Elle consacre la primauté du souverain sur le pouvoir parlementaire. Sur la base de ses instructions des 13 et 14 août derniers répercutées par le secrétaire général de la présidence de la République (Sg/Pr) au Premier ministre et au ministre délégué à la présidence de la République chargé du Contrôle supérieur de l’Etat, le chef de l’Etat, Paul Biya, joue-t-il au « Roi soleil » ?

Quelle que soit la raison que ses fervents soutiens pourraient avancer, notamment l’urgence d’arbitrer les batailles qui font rage au sein du sérail en vue du contrôle des nominations des directeurs généraux, directeurs généraux adjoints et présidents des conseils d’administration des entreprises et établissements publics, il est une constante : du fait des lois promulguées par le président de la République en 2017, nombre de ces responsables sont sinon dans l’illégalité, du moins dans l’illégitimité depuis le 12 juillet 2018. Soit plus de deux ans.

Surfer aujourd’hui sur l’article 8 (10) de la Constitution, « le président de la République nomme aux emplois civils et militaires », pour prendre à rebours les réseaux qui s’affrontent autour de lui, les institutions de Bretton woods, qui sont attentives à cette affaire, et le peuple qui réclame le changement et la circulation de l’élite au sein de l’appareil politico-gouvernant, est un mauvais signal pour la promotion de l’Etat de droit et la démocratie. En réalité, pour ceux qui connaissent un tant soit peu le « code Biya », la tournure qu’emprunte cette histoire ne surprend guère. Le champion du Rdpc prend un plaisir immodéré à ne pas être lisible. Il manie en permanence l’art du contrepied et déteste fonctionner sous la dictée de l’opinion. En soi, il ne s’agit pas d’une mauvaise chose.

Chaque dirigeant ayant sa marque de fabrique. Ce logiciel devient questionnable lorsque l’intérêt général, et non l’intérêt d’un individu, fût-il le chef de l’Etat, est en jeu. Pour le cas d’espèce, il est acquis que la plupart des sociétés d’Etat sont des gouffres à sous, des modèles d’improductivité et de mismanagement. Refuser d’intégrer ce constat et d’agir en conséquence, jusqu’au bout, et avec diligence, est une ruse royale, indigeste et irrecevable.

Auteur: Georges Alain Boyomo