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Immigration clandestine : un Camerounais violé et s0domisé en Libye raconte

Migrants Camerounais Viole Albert Nguefack est de retour au Cameroun

Sun, 1 May 2022 Source: Albert Nguefack

Albert Nguefack est un jeune camerounais qui a tenté de s’offrir une nouvelle vie en Europe. Passager clandestin, il a connu les pires sévices Libye. Il fut constamment bastonné et sodomisés. Durant son aventure, il a vu plusieurs de ses camarades mourir dans le désert.

Nous avons quitté le Cameroun en 2016, je vivais à Douala et je vendais les habits au marché Mboppi mais la vie devenait de plus en plus dure, malgré que j’avais un master en sciences économique, je n’arrivais pas à trouver d’emploi. Je me suis retrouvé obligé de vendre les habits à Mboppi pour pouvoir joindre les deux bouts chaque mois. Avec ma mère qui était malade, ma fille qui venait de naître, et les factures qui s’entassaient, je n’ai pas pu résister quand un ancien camarade de classe venu de Yaoundé m’a proposé d’aller en aventure, il avait un schéma d’itinéraire avec lui, il semblait bien s’y connaître et donc j’ai accepté.

C’est donc le 7 septembre 2016 que nous avons quitté. Je me suis levé le matin et j’ai pris ma petite fille nouvellement née dans les bras, j’ai dit à ma femme que j’allais au marché, et je lui ai donné 1 million de garder pour moi. Elle était loin d’imaginer que j’avais vendu mon comptoir d’habits à 2millions et que je partais en aventure avec la moitié.

Ce matin-là on devait se rencontrer à Bonaberie c’est là-bas que notre guide était. Arrivé à Bonaberie il y’avait plusieurs jeunes venus de tout le Cameroun et même des pays voisins (Gabon, Tchad, Centrafrique…) tous allaient aussi en aventure.

On est monté dans ce bus et nous sommes sortis du Cameroun par le Nord-ouest pour se retrouver au Nigeria. Là-bas on a rencontré un autre passeur qui devait nous aider à arriver au Niger.

Arrivé au Niger, on devait trouver un moyen de traverser le désert pour arriver soit au Maroc, soit en Tunisie.

Mais c’est au Niger que les choses se sont compliquées, le Passeur n’a pas respecté son rendez-vous, pourtant on l’avait déjà payé, une semaine après le passeur n’était toujours pas là, nous avons dû trouver un autre passeur.

Nous avons donc quitté le Niger un soir, arrivé au milieu du désert, les passeurs se sont arrêtés pour nous fouiller et ont tout pris, si tu voulais résister ils menaçaient de t’abandonner au milieu du désert. Les filles qui se faisaient violer devant nous et on ne pouvait rien faire pour les aider.

Nous avons été abandonnés au désert par les passeurs et nous avons dû continuer à pied.

Rien d’autre à perte de vue, que du sable. Pas d’eau, pas de nourriture pendant plusieurs jours, C’était soit tu avances, soit tu meurs. Les plus forts ont continué jusqu’au frontière Libyenne, les plus faibles ont laissé leur vie dans le Sahara.

Nous voici donc en Libye rien dans les poches, sans abris, on ne connaissait personne. Heureusement j’avais donné 1 million à ma femme de garder, je l’ai donc appelé ce jour là de m’envoyer 500 milles, ce n’est qu’en ce moment qu’elle a su que j’étais allé en aventure. Nous n’avons pas causé très longtemps.

Car pendant que nous étions au téléphone, les policiers Lybiens nous ont repéré, au lieu de nous mettre en cellule, ou de nous rapatrier, ils nous ont amené dans un marché de migrants noirs, là où on faisait la vente aux migrants, et ce qui est étonnant c’est que c’était légal en Libye.

J’ai donc été acheté par un riche arabe Lybien, qui me battait tous les jours, me faisait subir l’enfer en me torturant tous les jours, il prenait du plaisir à le faire, et même la police approuvait ça. Pendant 2 ans j’ai subi des coups de fouet, des coups de machette, des pénétrations, j’ai été traumatisé.

2 ans après, alors que l’homme était en voyage d’affaires avec sa femme, la servante était au marché, j’ai été libéré par une petite fille de 12 ans, elle a aussi volé l’argent de son père pour me permettre de fuir, très loin.

Au lieu de rentrer au Cameroun malgré ce que j’ai enduré, j’ai préféré me servir de cette opportunité pour aller au Maroc.

En fin arrivé au Maroc après 2 ans d’aventures, il restait une dernière étape à franchir, traverser la Méditerranée.

Après deux tentatives qui ont échoué, je n’avais plus d’argent il fallait que je travaille pour faire ma troisième tentative. J’ai dû travailler pendant 1 an.

Vers la fin de l’année 2019 j’ai fait ma troisième tentative. Dans une pirogue gonflable réservée pour 40 personnes, nous étions plus de 200. Au milieu de l’océan, on pouvait apercevoir les côtes Italiennes de loin.

Pendant que les ONG se dirigeaient vers nous pour nous sauver, la police Italienne faisait tout pour nous chasser. Nous avons donc traversé. Et nous avons été pris en charge par les ONG.

En fin en Europe!!

Nous étions dans un centre de détention pour migrants, là où j’ai fait un an avant de pouvoir m’échapper pour enfin arriver à Paris.

En 2020, j’arrive finalement à Paris, pas de maison, pas de nourriture, pas d’argent, pas de téléphone. En fait rien à part mon sac à dos.

J’ai quitté en 2016, en 2020 ça faisait 4 ans, loin de ma fille, de ma femme, de ma mère. En 4 ans mon commerce de vêtements aurait évolué, j’aurais pu ouvrir une boutique d’habits.

J’ai par la chance trouvé un camerounais à Paris qui m’a laissé travailler dans son restaurant pour avoir un peu de sous. Sonkeng Julio, je ne t’oublierais jamais.

Mais franchement aller en aventure est la pire des choses que j’ai eu à faire de ma vie. J’ai vu des amis mourir devant moi, j’ai vue des sœur se faire violer à mort devant moi, j’ai vu la mort devant moi heureusement Dieu était là.

Je suis de retour à Douala, auprès de ma femme et de ma fille. Je continue mon commerce d’habits. Et ma femme a son restaurant. Et elle attend un deuxième bébé. Le pays est doux, je déconseille fortement à toute personne de s’aventurer.

Auteur: Albert Nguefack