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'La mentalité Batchou peut-elle changer le Cameroun?'

Patrice Nganang Cameroun Ecrivain Expulsé Patrice Nganang, écrivain

Tue, 4 May 2021 Source: Patrice Nganang

L'écrivain Patrick Nganang s'interroge dans une opinion s'interroge sur les raisons qui expliquent les difficultés actuelles de Maurice Kamto. Voici ci-dessous ce qu'il en découle.

Le rôle de l’écrivain, est de décrire les tares sociales. La raison est la suivante : elles, ces tares donc, sont le frein interne à la liberté des peuples. Car les peuples, même les plus industrieux, sont parfois saisis dans un engrenage de l’autodestruction, engrenage de leur propre manufacture. L’exemple classique ici, c’est le peuple allemand, un des peuples les plus industrieux qui, à cause de son militarisme intrinsèque lié à son complexe d’infériorité séculaire devant la France des révolutions, et à cause de ce qu’en Allemagne on appelle la culture de l’obéissance aveugle, Gehorsam, a fini par s’autodétruire, et surtout, par détruire son cœur palpitant, le peuple juif. Les écrivains camerounais se sont, devant notre peuple, mais aussi devant la colonisation et même la tyrannie, retrouvés à décrire cette fabrique interne de nos défaites : chez Mongo Béti, par exemple la religion catholique qui, selon lui était le moteur de la soumission de nos peuples. Cette méthode d’analyse c’est ce qu’on appelle l’analyse culturelle. Elle n’est pas gentille, car tout peuple se protège, se sent offensé quand on lui montre ses tares, et par réflexe accuse celui qui les lui montre – les Bulu accusent quiconque présente leur soutien à 100% au RDPC depuis 1984, d’être… génocidaire, et de vouloir le génocide des Bulu ! Le Bassa défendra Alice Nkom, instinctivement. C’est de bonne guerre, l’hystérie du coupable pris en faute est un mécanisme d’autodéfense.

Nous avons ici un cas bien précis, l’autosabordement de Maurice Kamto dont j’ai ouvert le bal en décembre 2019 en le quittant (et depuis moi, un à un tous ses alliés l’ont abandonné, sauf Michèle Ndoki et Albert Dzongang silencieux), lui que j’ai présenté ici, et que tout le monde pendant longtemps a vu comme étant l’espoir du changement dans notre pays. Cet espoir n’était et n’a jamais été personnel, mais fondé sur la coalition qui s’était bâtie autour de lui en 2018. J’avais pour lancer la campagne pour sa libération, écrit un texte, au titre, ‘De quoi Maurice Kamto est le nom’, reprenant une formulation du philosophe français Alain Badiou : ‘de quoi Sarkozy est le nom.’ Analyse de surface, le nom, pour une analyse profonde, le concept. J’avais ainsi démontré que Kamto en tant que personne n’était certes pas intéressante, mais le concept qu’il incarnait alors, le changement donc, l’était. La personne n’est pas intéressante, je l’avais dit, parce qu’elle balance entre le juriste et le politique, et décide comme juriste quand il faut décider comme politique, et comme politique quand il faut décider comme juriste. Ce qui cause une paralyse évidente, une incapacité à trancher. La cause de cette paralyse cependant s’est relevée ces derniers jours autour de Djoko, le félon à son cou, et elle est moins d’éducation, que culturelle – eh bien, Maurice Kamto est Bamiléké. Il n’est pas seulement Bamiléké, il est Batchou, c’est-à-dire un Bamiléké du Nord, d’en haut (Bafoussam, Dschang, et même Bafang), par oppose aux Bamiléké d’en bas, les Bangangte. Kamto est donc Batchou comme Djoko.

Ces distinctions sont importantes devant un double fait : l’ingratitude, et son corolaire, la culture esclavagiste. On est ingrat devant son esclave, car on ne lui doit rien du tout malgré son travail. On ne lui doit ni reconnaissance, ni salaire. Chacun d’entre vous a vu comment après un an de gestion de la campagne pour sa libération, Maurice Kamto est sorti de prison et ne s’est jamais signalé vers moi et moi équipe (20 personnes dont une bonne dizaine de salariés), et Henri Djoko, à qui j’envoyais tous les mois un bilan et à qui je faisais des rapports, a coupé les ponts. Immédiatement. Chacun l’a vu. C’est là l’ingratitude, à laquelle s’oppose la culture du remerciement – le ndap, bangangte. Le corollaire de l’ingratitude, c’est le choix qui en decoule. Exemple : l’esclavagiste, blanc, préférera toujours son frère blanc, même si celui-ci est un bandit, à l’esclave. Ainsi le Batchou préférera toujours son frère Batchou, même si celui-ci est un bandit. Le choix de Kamto, à sa sortie de prison, a été d’empouvoir Henri Djoko, Batchou comme lui, à la place que j’occupais sans aucun intérêt pendant un an, sans en rechercher aucun. Mais le problème est le suivant : Henri Djoko a été condamné en 2014 en France, à ne plus gérer l’argent public, condamnation disponible sur internet depuis 2014, et Kamto, à sa sortie de prison, lui a tout de meme donné le pouvoir de gérer l’argent public – parce que Henri Djoko est son frère batchou. Voilà la culture esclavagiste qui se referme sur Maurice Kamto, qui, ainsi se disqualifie absolument d’être le porteur de quelque changement que ce soit, car un esclavagiste ne peut pas libérer un peuple de l’esclavagisme. C’est impossible, et cela n’a jamais eu lieu, et n’aura jamais lieu. Parole de Bangangte. De ceux qui éternellement ont refusé l’esclavage.

Auteur: Patrice Nganang

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