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La poule, le serpent et la rapace: les nouvelles fables du ministre

Jean Dieu Momo Folie Jean de Dieu Momo aka Fo’o Dzakeutonpoug

Thu, 1 Aug 2019 Source: Jean de Dieu Momo

Lorsque la vie s’éveille dans le poulailler au premier cocorico, toute la volaille s’égaille dans la cour, picorant ci et là les graines, grattant le sol à la recherche de la vermine.

Contrairement aux autres, la poule aux œufs d’Or avait du souci à se faire en regardant ses poussins gambader joyeusement et innocemment. Elle devait toujours rester en alerte aussitôt qu’elle quittait l’abri de son nid au lever du soleil, car le rapace rôdait alentour. A la première ombre suspecte elle sonnait l’alarme afin que ses poussins se mettent à l’abri.

Les lois érigées par l’assemblée de la gente volaille n’autorisaient le couvre feu qu’à la nuit tombée, sinon la prudente n’aurait jamais quitté son nid!

Que la journée est longue et la vie pénible ! Se dit-elle, il faut en tout instant être aux aguets pour empêcher le rapace de dérober un poussin, songea-t-elle tristement. Quel cruel sort que le sien!

Elle passa ses journées à compter et à recompter ses poussins qui grandissaient bien vite. Parfois une attaque aérienne du rapace jetait l’émoi dans le poulailler; pour éviter le pire, il ne fallait pas quitter les limites territoriales car le danger était encore plus présent en dehors où l’on courait le risque de se noyer dans quelque mer ou d’être dévoré par un rapace.

Mais ce dernier, qui est aussi pondeuse, doit nourrir sa progéniture de la carcasse des poussins. Et pour cacher ses œufs des autres prédateurs, le rapace dissimule son nid dans le feuillage là haut sur un arbre, d’où on aurait bien mal à les lui dérober. La poule, elle, garde les siens derrière la case ou sous le buisson. Il appert que les poussins grandissant, elle pondait en même temps pour ne pas rompre la chaîne de sa maternité et assurer la descendance de la race Tétrapode. Aussi, après avoir passé la journée à éloigner les importuns de sa progéniture ou empêchant le rapace d’en faire son repas, elle fut soulagée au retentissement du chant sonnant le couvre-feu.

Mais elle avait chanté trop tôt victoire car à peine s’installa-t-elle sur ses œufs, ses poussins dormant au coin, qu’elle entendit le sifflement du venimeux serpent; le même serpent, dont la perfidie est biblique puisqu’il offrit la mortelle pomme à Adam, l’invitait à danser au son d’une sérénade dans la nuit.

Mais viens donc danser avec moi, bellissime créature aux œufs d’Or, lui dit le reptile baratineur, ne vois tu pas la poésie de cette lune qui brille dans le ciel et ces étoiles qui scintillent sur tes belles dents écarlates?

Ce reptile a une pondeuse qui cache ses œufs au fond d’un trou, loin de la convoitise des affamés. Pourquoi n’invite-il pas plutôt sa bourgeoise danser au clair de lune romantique? Se demanda la poule. Mêlant son chant à celui du grillon, le rusé croit pouvoir me séduire , mais il ne déploie tout son charme que pour pouvoir dérober mes œufs. Vous me voyez fort désolée Messire Serpent, mais j’ai eu une pénible journée à éloigner le rapace de mes petits et je souhaite profiter de la nuit pour me reposer. Ah! La maligne a éventé mon sinistre projet, se dit le reptile avant de donner ouvertement la charge contre la pondeuse, tel un gangster qui braque à tout vent.

Celle-ci se battit vigoureusement, protégeant ses œufs en même temps que ses poussins, lesquels s’occupaient à jouer et non à la secourir. Elle se battit sur deux fronts tant et si bien qu’au matin elle était épuisée. Profitant de sa fatigue, le lâche perfide la mordit cruellement à la gorge. Sentant la cigüe du venin circuler lentement dans ses veines, l’héroïne de tout son corps couva ses œufs d’Or. tu m’as eu lâchement mais tu n’auras pas mes œufs, pensa-t-elle avant de trépasser.

La basse-cour s’éveilla ce matin là dans le deuil. Et alors que l’événement choquait et chagrinait toute la cour, certains enfants, sots qui se prennent pour plus futés que leur génitrice, grommelaient disant qu’elle aurait dû laisser ses œufs lui être volés, elle serait encore en vie, éructaient ils. Que non! Répondirent les autres en chœur, c’est infamie que de n’avoir su secourir notre mère et c’est le devoir de chacun d’entre nous de protéger notre bien, dût-il en périr!

Alors que les insensés se chamaillaient imprudemment, inconscients des dangers qui les guettent, ils ne virent pas l’ombre subreptice du rapace et compagnie fondant sur eux, à tire d’aile, qui s’emparèrent des orphelins étourdis et les croquèrent sans autre forme de procès.

Les voraces, repus, avaient secrètement projet de faire du serpent aussi un copieux dessert. Mais le charmeur qui est fin négociateur comme chacun sait, les invita plutôt à venir avec les siens faire des œufs de la défunte un Royal festin. C’est ainsi que disparu cette race de Gallinacés.

De cette histoire nous tirons leçon que le compromis entre les enfants d’un même géniteur les mets à l’abri du mauvais trépas, et que chaque espèce légifère ses propres lois pour se protéger et protéger les siens. Car si le propre du serpent est de dérober les œufs des autres, celui du rapace de croquer tel un anthropophage les enfants d’autrui, celui de la mère poule est de protéger ses œufs d’Or ( de Diamant, d’Uranium ou de Pétrole) ainsi que ses poussins, au péril de sa vie.

Auteur: Jean de Dieu Momo