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Opinions Wed, 17 Jun 2015

Le devoir de vigilance

Le double attentat terroriste qui a provoqué une trentaine de morts et plus d’une centaine de blessés lundi dernier à N’Djaména interpelle les Camerounais à plusieurs égards.

Bien que les deux attaques n’aient pas été revendiquées jusqu’à présent, une source sécuritaire de la capitale tchadienne les attribue à la secte islamiste Boko Haram. N’Djaména, faut-il le relever, se situe sur l’une des rives du fleuve Logone face, sur l’autre rive, à Kousséri, chef-lieu du département du Logone et Chari.

La proximité géographique n’est pas l’unique point de rapprochement du Cameroun et du Tchad devant le danger terroriste. Nos deux pays sont en guerre contre Boko Haram, tout comme le Niger et le Nigéria où a été créée cette secte islamiste dont le sanctuaire se trouve dans l’Etat de Borno.

Engagés sur plusieurs fronts, contre le Cameroun, le Niger, le Nigéria dont il occupe une portion du territoire et le Tchad, dans la perspective de créer un khalifat dans la zone sahélienne située autour du lac Tchad, les adeptes de Boko Haram subissent de lourdes pertes depuis des mois.

Sur tous les fronts, les communiqués de presse diffusés par les ministères en charge de la défense ou de la communication ne font plus état des attaques quotidiennes à l’arme lourde ni des exactions à répétition de la secte islamiste contre les populations civiles. Les mêmes sources font toutefois état des incursions plus ou moins régulières des membres de Boko Haram en quête de ravitaillement dans les villages des zones frontalières.

L’arrivée au pouvoir à Abuja du nouveau chef de l’Etat nigérian, Muhammudu Yaradua, semble donner une nouvelle impulsion plus vigoureuse à la lutte contre Boko Haram. La priorité et l’urgence accordées à la lutte contre cette secte, concrétisées par des réformes au sein de l’armée nigériane dont l’installation de l’état-major de lutte à Maïduguri, capitale de l’Etat de Borno, sont des signes éloquents.

De surcroît, les décisions prises par les chefs d’Etat des pays-membres de la Commission du Bassin du Lac Tchad, notamment la mise en place progressive de la Force multinationale mixte, sont déterminantes pour atteindre l’objectif d’éradiquer Boko Haram.

Mais la guerre contre la secte islamiste n’est pas pour autant terminée. Boko Haram n’est pas encore éradiquée. Aux attaques-surprises, aux incursions et aux exactions dont elle est coutumière , Boko Haram vient d’ajouter un autre mode opératoire qu’il a d’abord expérimenté sur le territoire nigérian : les attentats terroristes.

Sans remonter loin dans le temps, l’on se rappelle que Maïduguri a été la cible de plusieurs attentats le 30 mai et le 2 juin dernier. Ce mode opératoire est maintenant exporté : N’Djaména vient d’en faire l’amère expérience.

Ce mode opératoire, avec des armes différentes, est le même que celui des shebabs somaliens qui firent 72 morts lors de l’attaque d’un commando islamiste contre le centre commercial Westgate à Naïrobi du 21 au 24 septembre 2013 ou plus récemment, le 2 avril 2015, lorsque les shebabs ont pris en otage 400 étudiants de l’université kenyane de Garissa dans l’Est du pays, entraînant 147 morts.

Les auteurs des attentats, des kamikazes, n’ont pas peur de la mort. Ils explosent avec leurs bombes cachées sous leurs tenues, ils tombent sous les balles des forces de défense en semant la mort avec des armes lourdes ou légères, pourvu qu’ils atteignent leur objectif avec une cynique et morbide détermination.

Ils peuvent frapper partout, faisant fi des distances par rapport à leur base, recrutant des complices selon les cas, fabriquant parfois leurs bombes ou autres armes sur les lieux des attentats. Ils veulent semer la panique, la psychose au sein des populations, en plus de la mort. Ils visent particulièrement, comme à N’Djaména, les services des forces de défense, de police, des sapeurs-pompiers ou des lieux fréquentés par les populations comme les marchés, les lieux de culte ou de distraction, voire des écoles.

Les kamikazes circulent à pied, à moto, à bord de véhicules personnels parfois aux vitres « fumées » ou de transport en commun. Ils s’emploient à se fondre au sein des populations ou à se confondre avec leurs objectifs.

Chez nous, des mesures ont certes été prises pour prévenir de tels actes abominables. Les autorités administratives de la région de l’Extrême-Nord, par exemple, ont pris des mesures relatives à la circulation des motos taxis ou des cars de transport en commun.

Dans cette région comme ailleurs, des postes de contrôle des forces de l’ordre veillent au grain. Toutefois, dans cette guerre asymétrique contre Boko Haram, les attentats de N’Djaména doivent redoubler la vigilance patriotique de chaque Camerounais.
Auteur: Essama Essomba