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'Les sorties de Dieudonné Essomba se rapprochent à celles d’Eric Zemmour en France'

Essomba Et Zemmour Les sorties de Dieudonné Essomba se rapprochent à celles d’Eric Zemmour

Mon, 20 Dec 2021 Source: Prof François Wassouni

Dans une tribune publiée il y a quelques heures, le prof François Wassouni demande aux journalistes camerounais de ne pas inviter sur leurs plateaux télévisés, des personnalités comme Dieudonné Essomba, qui, selon lui, ne maîtrisent rien des sujets qu’ils prétendent maîtriser sur les plateaux de télévision. La rédaction de CamerounWeb vous propose la tribune du professeur de l’université de Maroua

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"Décidément, tout ne marche vraiment plus dans notre pays comme on entend dire. Je suis tombé il y a quelques jours sur un échange entre Jean-Jacques Zé et un certain Dieudonné ESSOMBA qui semble être devenu le plus grand savant et donneur des leçons miracles sur les problèmes du Cameroun, et que des télévisions se permettent de médiatiser à tort et à travers.

Ces télévisions et leurs journalistes sont les seuls à savoir ce qu'ils recherchent en alimentant un certain nombre de débats creux, des débats dont on se pose bien la question de savoir les dessous, avec toujours les mêmes invités comme si le Cameroun en manquait. J'ai été particulièrement choqué d'écouter ces échanges entre celui dont je parlais et Jean-Jacques ZE au sujet des universitaires camerounais, se permettant l'audace de clamer haut et fort qu'ils ne valent rien. Pire, il émet l'idée selon laquelle ceux qui deviennent des universitaires sont ceux-là qui étaient incapables de passer un concours. Je me demande bien pourquoi des collègues universitaires qui « polluent » régulièrement aux côtés des gens comme Dieudonné ESSOMBA les plateaux de télévision n'ont pas eu une seconde pour répondre à ce soi-disant savant à la camerounaise. Lui qui se permet de raconter des inepties à chaque fois qu'on lui en donne l'occasion. Je voudrais dire un ou deux mots à l’endroit de ce savant des plateaux des télévisions camerounaises, espérant qu’il aura l’intelligence de me comprendre tout au moins.

Je n'ai rien contre cet homme qui ne sait plus rien d'autre et qui semble n'avoir rien d'autre à faire que d'aller bavarder sur les plateaux de télévision, s'arborant le titre creux d'expert en « tout ». Ces experts que les télévisions camerounaises ont fabriqués ces derniers temps et dont on se doute bien de leur épaisseur intellectuelle. Je me demande si un expert digne de ce nom a le temps de passer ses journées sur les plateaux de télévision, dans un environnement où les sollicitations d'expertises sont nombreuses aujourd'hui à travers le Cameroun, l’Afrique et le monde. Ce qui des experts des personnes hyper occupées qui n’ont pas une seule seconde pour eux-mêmes, combien de fois pour élire domicile sur les plateaux des télévisions. Je voudrais demander à Dieudonné ESSOMBA de cultiver le sens de l'humilité et de la modestie, pour éviter d'aborder des sujets qu'il n'est même pas en mesure de défendre pertinemment.

Je n'ai rien contre ses postures, mais je ne peux pas permettre à ce dernier de développer des idées saugrenues qui jettent du discrédit sur une corporation des plus respectées à travers le monde, à savoir celle des universitaires. Il peut et il y a de la mauvaise graine dans ce corps comme il y en a dans la plupart au Cameroun et ailleurs, mais dire qu'elle ne vaut rien relève simplement de l'idiotie, de la folie et même de l’imposture. On dirait qu'il ne sait même pas de quoi il parle, lorsqu'il méprise le Doctorat en le dévalorisant au profit de la réussite à un concours, des écoles de formation. Encore qu'il faille bien dans le contexte camerounais, se demander combien réussissent proprement ces concours dont il évoque. Il y a une très grande différence entre une école de formation où on entre avec le baccalauréat et la licence et les cycles de préparation à la recherche, d’abord le Master et par la suite le Doctorat qui est la consécration aux aptitudes de la recherche. Qu’on y soit par hasard ou par complaisance, il reste que du jour au lendemain on ne devient pas Docteur en encore moins plus tard Professeur.

Que Dieudonné ESSOMBA qui sait tout peut se encore se renseigner. Il ne s’agit pas d’aller faire deux années dans une école de formation, aussi intelligent qu’on soit, pour passer la suite de vie à ne rien créer, mais à répéter la même chose : signer des papiers ou apprendre à voler de l’argent dans l’incapacité et l’impossibilité de faire la moindre innovation. Une carrière dans l’administration, camerounaise est un véritable travail du Sisyphe et c’est la raison pour laquelle une bonne partie de ceux qui sortent de là comme Dieudonné ESSOMBA sont incapables de faire autre chose après leur retraite.

Non, les universitaires Camerounais ne sont pas nuls comme le laisse entendre cet expert des télévisions, incapable de prouver cette affirmation provocante et même choquante. Les universitaires camerounais qui ont formé cet soi-disant expert et continuent de former sa progéniture, excellent curieusement partout à travers le monde, malgré la précarité et les conditions déplorables dans lesquelles ils sont soumis. Que Dieudonné ESSOMBA se mette un peu à jour pour regarder les Fellowships, les créneaux de publication dans lesquelles excellent les Camerounais pour fermer à jamais sa bouche. Il faut regarder le nombre d’agrégés camerounais dans des filières les plus respectées comme la médecine, l’économie, la science politique qui ne forment pas que des chômeurs comme le dit impertinemment Dieudonné ESSOMBA et sa bande. Il n'y a qu'au Cameroun pour voir ce genre de scénario fâcheux où un administrateur se permet de juger des universitaires, un peu comme un aveugle qui dit à un voyant qu'il ne connait pas le bon chemin. Du ridicule et des camerouniaiseries sans doute.

J’essaie tout de même de comprendre que Dieudonné ESSOMBA a passé l’essentiel de sa vie à être formé par des administrateurs comme lui, eux qui lui ont appris à réciter les textes régissant l’administration camerounaise et sa déontologie qui font en sorte qu’il soit incapable aujourd’hui d’être utile ailleurs.

Oui, passer un concours est l’apanage des intelligents, dit-il, mais de quels concours s’agit-t-il donc au juste ? De l'Enam, de l'Iric, de l’école de médecine ou des travaux publics ? Et si oui, il conviendrait avec moi que ceux qui réussissent à ces concours et se forment dans ces écoles où se retrouvent les mêmes universitaires camerounais, seraient également des cancres ou des mal formés, si on souscrit à l’hypothèse de Dieudonné ESSOMBA. Sauf si dans ces écoles on retrouve des supers intelligents comme Dieudonné ESSOMBA qui, de sa casquette d'administrateur raté et frustré, voudrait déconstruire tout ce qui a été savamment élaboré depuis des lustres. Peut-être qu’il va falloir à présent replacer les savants administrateurs comme Dieudonné ESSOMBA par les universitaires pour qu’ils puissent faire du bon et utile enseignement, chose qu’il dit manquer aujourd’hui dans nos campus. Je suppose au moins que certaines écoles de formation lui ouvrent déjà leurs portes pour qu’il y enseigner ce qu’il a si bien appris en qualité d’administrateur, j’allais dire d’expert du commandement à la coloniale.

Je suis d'accord que notre système d'enseignement a des lacunes et forme beaucoup de chômeurs, mais à qui la faute ? Aux enseignants ou aux décideurs qui sont les seuls à orienter nos politiques publiques dans nombre de secteurs ? Sans doute à ces administrateurs-décideurs comme ESSOMBA justement qui pensent connaître tout et sont incapables d’adapter nos politiques éducatifs aux réalités de l’heure. « Les philosophes ne sortent pas des terres comme des champignons. Ils sont les fruits de leurs peuples de de leurs époques », disait bien PLATON et j’imagine que Dieudonné ESSOMBA sait au moins ce que je voudrais dire en faisant étalage de cette pensée platonicienne. Si on n'a rien à faire et rien à raconter comme ESSOMBA qui semble perdu après sa retraite, il vaut mieux repartir sur les bancs de nos universités et réapprendre quelque chose de nouveau et d’utile qui peut aider à se faire encore quelques sous, plutôt que de jacasser pour décourager nos jeunes enfants dont beaucoup rêvent bien encore de la prestigieuse carrière universitaire. Je peux accepter que nombre de personnes qui sont devenus des Docteurs, des universitaires se sont à un moment donné essayés à des concours sans succès.

Mais quant à dire qu’ils sont des cancres et que leurs Doctorats sont sans valeur pour notre société, c’est être partisan du nihilisme et de l’impertinente à outrance. Passer un concours est une chose et emprunter les sentiers de la recherche pour décrocher plus tard le Doctorat en est tout une autre. Il s’agit justement de passer de la consommation du savoir comme à sa production, de la simple obtention des diplômes au développement de l’esprit critique dont le point culminant est la rédaction et la défense d’une thèse de Doctorat dont la préparation prend des années et des années. Ici ou ailleurs, sauf les myopes ne savent ce que vaut le Doctorat qu’on fait justement semblant de banaliser au Cameroun, au lieu de solliciter ces diplômes les cellules prospectives de tous les secteurs de notre haute administration. Et si le Doctorat n'avait point de valeur, pourquoi tant d'administrateurs comme ESSOMBA avaient couru s'inscrire dès lors qu'on avait ouvert la brèche des Doctorats Professionnels il y a quelques années ?

Cessons de nous ridiculiser et d'être inutilement arrogants, prétentieux quand on n’a même pas un Curriculum Vitae qui peut servir véritablement à quelque chose. Si oui, on ne se permettrait pas de telles bavures qui ne peuvent relever que de la prétention et d'un monde où on autorise la parole à n'importe qui et sur n'importe quel sujet.

Ces sorties d’ESSOMBA se rapprochent fort opportunément à celles d’Eric Zemmour en France actuellement. On est tenté de parler d’Eric Zemmour à la camerounaise en écoutant ces élucubrations qu'une télévision sérieuse ne devrait pas faire passer sur ses plateaux. Une autre manifestation de la crise tous azimuts que traverse notre pays, où des experts se sont décrétés du jour au lendemain, n'ayant autre endroit de vente de leurs expertises que sur des plateaux de télévision où ils s’en vont critiquer tout et tout le monde à longueur des journées. En attendant des productions savantes de Dieudonné ESSOMBA et de ses expertises qui pourraient être peut-être intéressantes un jour, je pense humblement qu'il doit aller à l'école du silence, de la réserve, de l'humilité et de l'honnêteté.

Je voudrais profiter de cette tribune pour m'adresser également à Jean-Jacques ZE et tous les autres journalistes qui voudraient se faire respecter d’éviter de faire du journalisme de complaisance et de la rue. Ce journalisme-là qui prospère au Cameroun et qui consiste à offrir une tribune à des gens viennent détruire des valeurs ou discourir sur des polémiques stériles et dangereuses pour la société. Ils gagneraient à filtrer et à surtout à diversifier leurs plateaux dont beaucoup ne s'y intéressent plus à cause de ces «bavardeurs» de tous les jours. Je voudrais accorder avec fautes le titre d'intellectuel au sieur Dieudonné ESSOMBA, mais non sans lui rappeler à toutes fins utiles cette belle formule de Gilbert CHOULET selon laquelle «un intellectuel sans humilité est un dangereux imbécile». Et qu'il lui plaise que je termine avec cette pensée de PLATON : « Il n’y a rien de plus beau pour l'homme que d'apprendre à reconnaître sa place, ses limites, car c'est cela qui le place sur le chemin de l'amélioration et de la perfection qui peuvent faire de lui l'égal de Dieu."

Auteur: Prof François Wassouni