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Nouvelles nominations: les ratés de Paul Biya

Etoudi Coup Detat Constitutionnel Le nouveau DG de l'ENAM porte le nom du chef supérieur Yezoum Soumbou Angoula

Mon, 17 Dec 2018 Source: Georges Alain Boyomo

Depuis vendredi dernier, le débat s’anime autour de la nomination des directeurs généraux de certaines entreprises et établissements publics par le chef de l’Etat, notamment la Société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp), la Cameroon Telecommunications (Camtel) et l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam).

S’agissant de la Scdp et Camtel, Judith Yah Sunday épouse Achidi Achu et Manzoua Véronique épouse Moampea Mbio, ce n’est pas l’expérience professionnelle des concernées qui est questionnée. Les deux bénéficiaires de la confiance présidentielle ont des états de service éloquents, chacune dans son secteur d’activités. Ce qui fait débat, à raison, c’est le fait que ces braves dames sont des épouses de hauts commis de l’Etat, précisément d’un ancien ministre et un ancien Premier ministre.

D’évidence, ce lien de mariage ne les disqualifie pas automatiquement de la nomination à des postes de responsabilité. Mais dans un contexte de patrimonialisation croissante de l’Etat comme c’est hélas le cas au Cameroun, ces choix présidentiels interrogent. « Les mêmes, toujours les mêmes ! », c’est la clameur qui monte du petit peuple, qui constate à ses dépens que le pouvoir a tendance à être confisqué par un groupe d’individus dans un pays aux compétences multiples et variées.

Le cas du nouveau directeur général de l’Enam suscite encore plus la polémique. Le patronyme de Bertrand Pierre Soumbou Angoula n’est pas inconnu du landerneau politico-médiatique camerounais. Bien que présenté comme le fils d’un « modeste » fonctionnaire de l’administration pénitentiaire, le nouveau Dg porte le nom du charismatique et influent chef supérieur Yezoum (Haute Sanaga), Soumbou Angoula. La lointaine filiation de Paul Biya au clan Yezoum est un secret de polichinelle. Du coup surgit la question de savoir si la nomination de Bertrand Pierre Soumbou Angoula n’est pas subordonnée à son patronyme.

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Cette question est d’autant plus poignante que le CV du remplaçant de Linus Toussaint Mendjana ne le prédispose pas, au goût de certains, à diriger l’Enam à l’âge de 32 ans. Ce magistrat, ancien cadre contractuel au ministère des Finances et à la présidence de la République, est propulsé à la tête d’une école prestigieuse, qui cristallise d’énormes enjeux et batailles.

Sa nomination, nous l’espérons, n’est pas une récupération malheureuse de l’engagement solennel du chef de l’Etat dans son discours d’investiture, d’associer plus de jeunes à la prise des décisions. Notre souhait est que la promesse présidentielle, comme beaucoup d’autres ne soit ni dévoyée, ni récupérée pour des desseins inavoués.

Au lendemain du discours inaugural du septennat des « grandes opportunités », votre journal avait donné la parole à l’experte en management des ressources humaines, Viviane Ondoua Biwolé, sur les modalités de mise en œuvre de l’engagement présidentiel.

L’universitaire expliquait alors qu’il est important de « rechercher pour chaque poste des profils qui se rapprochent le plus possible des exigences du poste ». Elle insistait sur la nécessité de disposer d’un fichier désagrégé par âges, compétences et secteurs pour que les nominations épousent une certaine rationalité. Est-ce cela qui a présidé à la nomination de Bertrand Pierre Soumbou Angoula ?

En tout état de cause, le premier signal envoyé vendredi dernier par le chef de l’Etat, au sujet de la mise en valeur des jeunes dans les sphères de décision, embarrasse plus qu’il ne rassure l’opinion publique. A lui d’en tenir compte pour les prochaines nominations.

Auteur: Georges Alain Boyomo