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Opinions Mon, 26 Feb 2018

Présidentielle 2018: seuls deux candidats d'opposition sont sérieux

Beaucoup n’y croient pas. Ou plus.

D’autres ont d'ores et déjà pris les armes. Ils ne veulent guère des urnes. Ils exigent la séparation. Ils ne veulent plus faire partie de ce qu'ils estiment être la forme par excellence de l'anti-communauté - la “république (francophone) du Cameroun”.

Ils refusent le mariage forcé. Divorce, donc. Au besoin, pas du tout à l’amiable!

Dans le Septentrion, des formations armées, mais sans projet politique, sèment la terreur. Elles ont choisi le sabre.

D’autres encore rêvent du Grand Soir - un soulèvement populaire qui emporterait avec lui toute la fange et qui annoncerait la renaissance tant attendue. Ils n'en connaissent ni le jour, ni l'heure. Encore moins comment y arriver. Accroches au rêve, ils attendent la venue d'un Messie, peu importe lequel!

Il y a aussi, il ne faut pas les oublier, ceux et celles qui estiment que tout est bien dans le meilleur des mondes. Que la république est une et indivisible. Qu’il n’y a strictement rien à changer. Que l’idée même du changement est un anathème. Ils sont prêts à maintenir le statu quo. Par tous les moyens.

C'est vrai, parmi eux, certains ont beaucoup à perdre en cas de transformation radicale. Mais - et c'est peut-être le plus énigmatique - nombreux sont ceux qui n'ont rien à perdre puisque, pour commencer, ils n'auront bénéficié de rien. Mieux, tant que cela dure, leur condition ne changera guère. Rien à faire cependant. Pour rien au monde, ils n'échangeraient leur démon contre un autre.

La loi électorale est cynique, a l'image des systèmes iniques. Elle prévoit un scrutin à un tour. Ce qui veut dire que le pouvoir peut être dévolu à quelqu'un qui, arithmétiquement, ne dispose que d'un soutien minoritaire. Pas besoin de légitimité, donc. L'artifice suffit.

L’opposition légale (puisque désormais il en existe une autre qui ne l’est pas) est divisée. Que dis-je? Fragmentée. Pour toutes sortes de raisons, les unes plus futiles et plus irrationnelles que les autres.

L’expérience africaine récente nous enseigne pourtant deux ou trois choses qui valent partout, y compris au Cameroun.

Partout où un changement par les urnes a effectivement eu lieu, il a fallu que soient réunies au moins trois conditions.

Premièrement, il a fallu que l’opposition s’unisse derrière un candidat unique, sur la base d’une plate-forme commune, dont l’un des buts majeurs était la réforme radicale du système politique lui-même.

Une fois la victoire acquise, une telle coalition entreprend d'ouvrir plus largement le système politique, d'établir des institutions indépendantes, d'approfondir la démocratie, et d'empêcher tout retour au système antérieur, qui était taille à la mesure d'un tyran.

Deuxièmement, pour que l'alternance ait lieu, il a fallu qu’a cette force oppositionnelle viennent s’ajouter des fractions dissidentes au sein de l’establishment ou du parti au pouvoir.

Ce ralliement de franges du parti au pouvoir est essentiel, car il permet d'affaiblir le régime en place en dynamitant ses soutiens électoraux.

Aucune de ces conditions ne prévaut, pour l’heure, au Cameroun.

Nul ne peut garantir que les institutions chargées de la conduite des élections sont neutres. On ne peut guère compter sur les pseudo-observateurs internationaux. Ou sur les juridictions suprêmes que l'on sait inféodées a l'exécutif.

Davantage encore, aucun travail consistant n'est effectué en amont pour assurer un contrôle populaire des résultats, leur intégrité et leur acheminement jusqu'au quartier général ou se déroule le décompte final.

Pour le reste, et c’est peut-être la condition décisive pour arracher le changement, il faut un véritable mouvement social.

On ne parle pas d'éruptions spontanées, d'émeutes ou de poussées inorganisées et sans lendemain. On parle d’un mouvement social, c’est-à-dire des germes d’une coalition multi-ethnique, multi-classe, multiconfessionnelle, multilingue, bref transversale, réunie autour d’un gros argument politique et moral, d’un projet minimum et irréfutable, d'un objectif partage par toutes sortes de gens décides à payer le prix de leur engagement.

Un tel mouvement social existe-t-il déjà? Ou est-il en germination ou en phase d’auto-organisation?

Du point de vue des dynamiques internationales, il est vrai qu’il y a un climat de lassitude à l’égard du régime en place.

Ce régime serait franchement malmené par des forces démocratiques crédibles et organisées en mouvement social qu’il aurait, en ce moment, beaucoup de peine à recruter des alliés sur le plan international.

Mais on sait d’autre part que dans ce genre d’affaires, les Etats ne sont pas les seuls acteurs. Les régimes les plus accules et aux abois n'agissent pas toujours avec sagesse et circonspection. Souvent, ils sont suicidaires. Ils sont prêts à tenter le pire, puisque tout, soudain, est à perdre. Alors ils choisissent l'escalade dès la moindre revendication. Ils ont recours aux expédients. Très vite, les choses peuvent devenir très “sales”. Et le cout en vies humaines fort élevé.

Reste l’armée. Mais s’agissant de l’armée en politique, il faut tout de suite reconnaitre que l’on n’est plus en démocratie!

De tous les candidats de l’opposition légale connus jusque-là, deux méritent d’être pris au sérieux et d’être écoutés.

Il s’agit du Bâtonnier Akere Muna et du Professeur Maurice Kamto.

Akere Muna a un projet et une plate-forme, et surtout une idée, “la nouvelle république “.

Du point de vue des dispositifs, Maurice Kamto a avec lui un parti politique.

Akere sera à Paris le 25 février 2018 au Cineart de 18h à 22h.

Il est parfaitement bilingue. Et donc, pas besoin de traduction.

Ceux d’entre vous qui vivez en France, vous aurez l’occasion de l’écouter en direct. Posez-lui toutes les questions que vous avez. Sondez-le au sujet de sa vision du changement désirable, des conditions pour y parvenir, des moyens de faire du Cameroun un pays a la dimension de notre temps.
Auteur: Achille MBEMBE