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Opinions Sun, 28 Oct 2018

Réélection de Biya: 'le changement ne viendra pas des urnes'

À en croire la vulgate officielle, les Camerounais viennent donc de reconduire à la tête de leur État un octogénaire qui en tient les rênes depuis près de trente-six ans. Pour Achille Mbembe, le pays ne s’en sortira pas sans une réforme radicale de la forme de l’État.

Alors qu’ils avaient la possibilité de s’en débarrasser une bonne fois pour toutes, ils auraient choisi de le laisser peaufiner à leurs dépens, pendant sept années de plus, un modèle de gouvernement caractérisé par l’inertie, la paralysie, la négligence et l’abandon, qu’il a mis des années à institutionnaliser, sa marque déposée.

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En vérité, le Cameroun n’a jamais connu d’élections libres. Le temps électoral a toujours été un grand moment de viol aussi bien des individus que des consciences. Tel était déjà le cas vers la fin de la période coloniale lorsque le suffrage universel fut élargi aux indigènes.

Tel est encore le cas aujourd’hui

La naissance de la corruption électorale date des années d’après-guerre. Afin de contrer l’influence grandissante du mouvement nationaliste, l’administration française crée, à coup de prébendes, une kyrielle de petits partis satellites, souvent de caractère ethnique et acquis par définition à sa cause. Colonialisme et démocratie étant incompatibles, tout est mis en œuvre pour chaque fois fausser le verdict des urnes – bannissement, brimades, harcèlement et intimidations, violences physiques, bourrage des urnes.

Un suffrage universel ?

Au lendemain de l’indépendance, le régime du parti unique reprend à son compte la panoplie des moyens de répression hérités de la législation coloniale et vide de tout contenu le principe du gouvernement représentatif. Petit à petit, une insidieuse confusion est établie entre l’élection et le plébiscite. Toute compétition écartée, les scrutins se soldent par des scores invraisemblables.

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C’est ainsi que les élections devinrent un des nombreux rituels de l’asservissement volontaire typique de la culture politique camerounaise contemporaine. En l’absence de libertés publiques, elles n’ont pas pour fonction de permettre l’expression de la volonté générale. Tout comme la bureaucratie, l’armée et les forces de répression, voire les chefferies dites traditionnelles, elles servent avant tout de rouage dans le vaste projet d’embrigadement et de caporalisation de l’ensemble de la société poursuivie depuis 1960 par la classe dominante.
Auteur: Achille Mbembe
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