0

Révolution: les Gilets Jaunes montrent la voie de la libération au Cameroun

Revolution Gilets Jaunes.png L’appel des Gilets Jaunes est une graine de la renaissance des pays francophones

Sat, 16 Feb 2019 Source: Armand-Rodolphe Djaleu

Dans un brillant texte publié en 1975, sur la littérature et la politique, Jacques Chevrier disait que « lorsqu’en 1953 parut l’Enfant noir, l’admirable roman du jeune écrivain guinéen Camara Laye, son auteur fut accusé du péché d’apolitisme par une fraction notoire de l’intelligentsia nègre.

L’irritation des intellectuels africains trouva en Alexandre Biyidi (alias Mongo Beti) son meilleur interprète dans un article significativement intitulé « Afrique noire, littérature rosé » par lequel l’auteur de Ville cruelle reprochait à son compatriote de s’être laissé aller à un « pittoresque de Pacotille » et d’avoir négligé la réalité du monde nègre. « Car, enchaînait-il, la réalité actuelle de l’Afrique noire, sa seule réalité profonde, c’est avant tout la colonisation et ses méfaits… Il s’ensuit qu’écrire sur l’Afrique noire, c’est prendre parti pour ou contre la colonisation. Impossible de sortir de là. »

Cette interpellation de Mongo Beti, 58 ans après les indépendances des pays africains francophones, reste d’actualité aujourd’hui et semble avoir trouvé un allié favorable : la lutte des Gilets Jaunes en France. En effet, dans une vidéo qui fait le tour de la toile depuis plusieurs jours maintenant, les manifestants de l’Ile Saint-Denis disent leur ras-le-bol sur l’immigration en France. Dans cette vidéo savamment coordonnée, ces derniers parlent sans langues de bois, du pillage de l’Afrique par la France. « La France ne possède ni mine d’or, ni uranium, ni pétrole, ni café, ni cacao, ni coltan. Après l’esclavage et la colonisation, la France continue à voler les ressources de nombreux continents dont l’Afrique », lance un Gilet Jaune visiblement sous le courroux.

Autre préoccupation de l’heure, soulevée par les Gilets Jaunes de l’Ile Saint-Denis, le Franc Cfa. Cette monnaie de singe, véritable cancer à l’économie africaine, maintient une partie du continent noir sous le joug de l’esclavage. « le FCFA est la seule monnaie issue d’un système colonial encore en vigueur dans le monde. Les billets sont d’ailleurs imprimés dans deux usines françaises, 14 pays africains sont obligés de déposer plus 60% de leurs réserves sur un compte d’opération à la Banque à Paris. Soit plusieurs milliards d’euros africains qui souffrent dans le trésor français », s’inquiète un Gilet Jaune.

Même si dans le fond certains spécialistes des questions africaines peuvent dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, on peut tout au moins se féliciter que les dénonciations de ce genre viennent des Français eux-mêmes qui veulent seulement réparation. Dans l’ensemble, la mobilisation de ces dernières semaines doit servir de leçon à la population africaine, incapable de surmonter ses divisions. Plutôt que de multiplier les partis et les mouvements à la quête du pouvoir et la gouvernance, elle doit constituer des collectifs locaux, lieux de débats et d’action citoyenne sur la question de la vraie indépendance de l’Afrique.

Longtemps ignorée et pillée, l’Afrique doit se réveiller, d’autant plus que tout est encore véritablement à reconstruire. Une génération responsable doit se lever, pour trouver ce qu’elle veut socialement et politiquement. L’appel des Gilets Jaunes de l’Ile Saint-Denis, est une graine de la renaissance des pays francophones, à chacun de saisir sa part pour semer l’idée d’être soi.

Auteur: Armand-Rodolphe Djaleu