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Opinions Mon, 25 Mar 2019

Stade Paul Biya d’Olembe: quand la mafia italienne rencontre la mafia camerounaise

Le 19 mars dernier j’ai été interpellé par Mathieu Youbi à propos du post de Boris Bertolt qui annonçait la volonté des Italiens de quitter le Cameroun et abandonner les chantiers qu’ils mènent actuellement, dont le stade Paul Biya à Olembé, dans la périphérie de Yaoundé. Et selon l’auteur du post, la faute incombe au Ministre d’Etat Ferdinand Ngoh Ngoh et son collaborateur Monsieur Ayem Monger. Suites à des échanges avec l’auteur du post et Mathieu Youbi, j’avais promis de revenir sur cette plate-forme dire la vérité aux Camerounais sur ce sujet spécifique. Alors voici pourquoi le stade Paul Biya ne sera pas prêt au 31 mars 2019.

D’un coût global de 163 milliards, le complexe sportif d’Olembé qui comprend le stade Paul Biya est financé à 85% par la banque italienne Intesa Sanpaolo et 15% par l’Etat du Cameroun. A date, tout cet argent est en Italie et Piccinni se fait payer là-bas directement lorsque ses décomptes sont validés et transmis par la partie Camerounaise. Dans ce modèle de financement, certains de nos frères fonctionnaires véreux qui hantent les Ministères sont sevrés, ce qu’ils n’admettent généralement pas. Pour la Can, compte-tenu de l’accélération des travaux, afin de rattraper les retards volontairement occasionnés par les mêmes fonctionnaires, ils ont proposé aux différentes entreprises de faire des avenants (souvent exorbitants et fantaisistes) à présenter à la Task Force, pour validation. Dans le cas d’un rejet, ils conseillaient à ces entreprises d’arrêter les travaux.

Certaines se sont laissées tenter par cette offre alléchante et d’autres n’y ont pas donné suite. Qu’à cela ne tienne, en décembre 2018, le Ministère des Sports avait sollicité du Président de la République 400 milliards supplémentaires pour soit disant achever les chantiers de la Can. C’est presque la moitié du budget alloué aux infrastructures (pourtant déjà entièrement financés). Dossier que le Président Paul Biya avait naturellement rejeté, et le Ministre muté lors du dernier remaniement ministériel. Les fameux avenants y figuraient et Piccinni en avait pour 30 milliards, représentant des supposés suppléments en transport et logistique. L’acte du Président de la République n’a pas trouvé l’assentiment de l’entreprise italienne, qui dans un premier temps, a décidé de ralentir subitement les travaux. On peut constater que depuis décembre, Piccinni ne communique plus sur l’état d’avancement des travaux à Olembé comme le font les Turcs pour Japoma, les Canadiens pour la Réunification, les Portugais de Mota Engil pour Roume d’Adjia à Garoua. Pourtant, en fin d’année 2018, Turcs et Portugais ont vu leur matériel être bloqué à la douane pendant deux mois (pour des raisons farfelues). A cause de l’accélération des travaux, toutes ces entreprises ont eu les mêmes problèmes. Avant la fin du mois de mai, toutes auront achevé leurs stades. On peut donc considérer que Piccinni et ses complices fonctionnaires corrompus jusqu’à la moelle épinière, font un chantage à l’Etat.

A la Présidence, on ne refuse pas de payer les avenants, mais le principe est de les auditer préalablement pour vérifier la véracité des coûts en y associant les bureaux d’études, contrôleurs des travaux. Ce que Piccinni ne veut même pas entendre parler et continue d’exiger un engagement du gouvernement de payer les 30 milliards non audités. Les experts que nous avons consultés disent que les coûts supplémentaires de la logistique et du transport que réclame Piccinni ne sauraient dépassés 11 milliards. Ils ne concernent que les préfabriqués en béton venus d’Italie. En réalité, il faut juste prendre en compte, certains coûts de production et le transport, car le béton en lui-même ne saurait être facturé deux fois.

Soutenus par quelques fonctionnaires du Ministère des Sports, les travaux à Olembé avancent à pas de tortue. Cette coalition mafieuse a décidé de faire plier l’Etat, espérant ainsi se partager la cagnotte de 30 milliards. Voilà pourquoi le Stade Paul BIYA ne sera pas prêt au 31 mars comme prévu.

Malgré les multiples obstacles et barrières posés par une minorité de fonctionnaires corrompus jusqu'à la moelle épinière, tous les autres chantiers des stades seront livrés au plus tard durant le mois de mai. Japoma est presqu’achevé, à la Réunification on s’active dans les finitions, tout comme Roume d’Adjia à Garoua. Tous les stades d’entrainement sont quasiment achevés, ne restent plus que les parkings et les lots électroniques.

Journaliste: Cyrille Tolo
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