Le journaliste Anicet Essiane: 'victime d’une injustice aux Awards du reportage humanitaire'

Essiane Anicet Siesther Essiane

Fri, 6 Dec 2024 Source: Anicet Siesther Essiane

Dans le cadre des activités commémorant les 75 ans des Conventions de Genève, la Délégation régionale du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour l’Afrique centrale, en collaboration avec l’ambassade de Suisse au Cameroun et le ministère de la Communication, a organisé une nouvelle édition des Awards du reportage humanitaire. Ce concours, devenu une référence dans le milieu journalistique, avait pour objectif de mettre en lumière des productions exceptionnelles sur les questions humanitaires.

J’y ai participé avec un reportage radio intitulé : Sous l’ombre de la crise anglophone : le combat de Morine Christiana pour la résilience. Mon reportage, retenu parmi les meilleures productions, a suscité de nombreux éloges avant de me coûter une amère déception due à un revirement inattendu et une gestion peu rigoureuse du concours.

Une promesse éclatante d’espoir

Le 2 décembre 2024, j’ai reçu un courriel confirmant la réception de mon reportage et m’invitant à assister à la cérémonie de remise des prix prévue le 5 décembre à l’hôtel Suita à Yaoundé. Quelques jours avant, un responsable de la communication de la Croix-Rouge m’a contacté pour me féliciter. Il m’a annoncé que j’étais parmi les lauréats et insisté sur la nécessité de ma présence, me précisant que mes frais de transport et mon hébergement étaient pris en charge.

Encouragé par ces mots, je me suis préparé avec enthousiasme. La veille de la cérémonie, ce même interlocuteur m’a demandé une photo ainsi que des informations sur mon parcours professionnel pour les remettre au maître de cérémonie. À mon arrivée, j’ai été accueilli avec tous les honneurs et logé dans une suite luxueuse, réservée à cette occasion.

Une humiliation inattendue

Peu avant la cérémonie, tout a basculé. Une membre du jury m’a interrogé sur la diffusion de mon reportage, comme l’exige l’article 9 du règlement. J’ai répondu honnêtement que ce n’était pas le cas, pensant préserver l’exclusivité du reportage pour le concours. Cette réponse, que je juge naïve mais sincère, a entraîné l’annulation de mon prix.

Ce retournement de situation a été d’autant plus choquant qu’aucune vérification préalable n’avait été effectuée. Pire encore, lors de la remise des prix, le maître de cérémonie a annoncé que le lauréat de la catégorie Radio n’avait pas fait le déplacement, dissimulant ainsi les véritables raisons de ma disqualification.

Des irrégularités flagrantes

Cette expérience pose de sérieux problèmes de transparence et de respect des règles :

1. Absence de vérifications en amont : Pourquoi attendre le jour de la cérémonie pour confirmer un critère aussi déterminant ? Une telle négligence a conduit à une humiliation publique évitable.

2. Changement de règles non communiqué : Contrairement au règlement initial qui prévoyait trois prix principaux (Henry Dunant, Prix spécial de l’Ambassadeur de Suisse et Prix spécial du Jury), quatre prix ont été décernés par spécialité (Radio, Télévision, Presse écrite et Presse en ligne). Ce changement, opéré à la dernière minute, aurait pu justifier des circonstances atténuantes en ma faveur.

3. Une gestion opaque : Pourquoi ne pas reconnaître publiquement que j’étais le lauréat dans la catégorie Radio, tout en expliquant la raison de la non-attribution du prix, au lieu de mentir à l’assistance ?

Une issue frustrante

Le président du jury, embarrassé, m’a confirmé que mon reportage avait obtenu les meilleures notes. Il a même regretté que mon honnêteté m’ait coûté cette victoire. Stéphane Bonamy, chef de la délégation régionale du CICR pour l’Afrique centrale, a salué la qualité de mon reportage, tout en rappelant l’importance du respect des règles.

Je m’interroge cependant : pourquoi inviter un candidat à la cérémonie, le loger dans une suite, pour finalement lui retirer son prix sans préavis ? Une organisation aussi prestigieuse que le CICR ne devrait-elle pas veiller à mieux encadrer de tels événements ?

Une possible action en justice

Face à cette situation, je me réserve le droit de porter cette affaire en justice afin que mon honneur soit rétabli. Mon objectif n’est pas d’entacher la crédibilité de ce concours, mais de rappeler l’importance de la transparence, de la rigueur et du respect des participants.

Je reste un journaliste passionné et engagé. Cet épisode, bien qu’humiliant, ne ternira pas mon amour pour ce métier ni ma quête de l’excellence.

Auteur: Anicet Siesther Essiane