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Affrontements de Kousseri : les fonctionnaires pointés du doigt

Incendue Dans Le Kousserie Le sénateur, Sultan de Logone, Bimi Mahouf Mahamat Bahar est dans tous ses états

Mon, 20 Dec 2021 Source: La Nouvelle Expression

Après le nouveau conflit entre les deux tribus à Kousseri ayant entraîné une vingtaine de morts et poussé plus de 50000 personnes à se déplacer vers le Tchad, les chefs traditionnels reviennent sur l’historique du mal : l’usage de l’eau et, depuis 1993, la corruption des autorités administratives qui ont toujours pris des pots de vins pour refuser d’appliquer les mesures de paix entre les deux peuples. Une dérive coupable qui viole les accords internationaux.

Le sénateur, Sultan de Logone, Bimi Mahouf Mahamat Bahar est dans tous ses états. Ce puissant chef traditionnel de premier degré Kotoko est harcelé de toutes parts depuis la nouvelle attaque des Mousgoums contre les arabes Choas à Kousseri au début du mois de Décembre. Les deux tribus s’affrontent dans son arrondissement. Selon lui, les sujets de division sont les mêmes depuis de nombreuses années. Mais les autorités administratives corrompues ont toujours refusé de mettre en application les mesures de paix prises par les différentes parties depuis les années 1990.

Le premier conflit s’est déroulé en 1993

Dans les années 1980, les Mousgoums, peuple de pêcheurs, étaient basés à Maga, un arrondissement de la région de l’extrême-Nord situé dans le département du Mayo Danay, à proximité de la frontière avec le Tchad. Les Arabes-Choas, quant à eux, sont des éleveurs nomades qui se déplaçaient avec leur bétail entre le Tchad, le Nigeria et le Cameroun. Mais à cause de l’accroissement de leur population, de la sécheresse et du manque d’eau, les deux tribus ont migré dans l’arrondissement du Logone, où coulent le fleuve Logone et ses affluents. Un territoire occupé par les Kotoko.

Pour pêcher beaucoup de poissons dans les petits points d’eau, appelés les «Mayo», les Mousgoums utilisaient une technique qui consiste à creuser le fond des rivières pour placer des pièges. Or lorsque les bœufs des Arabes-Choas venaient s’abreuver, ils tombaient dans ces pièges et se noyaient.

En 1993, ce problème d’usage de l’eau a dégénéré en conflit entre les deux communautés qui se sont affrontées, provoquant la mort de nombreux protagonistes. Le Sultan du Logone-Birni ainsi que d’autres chefs de communautés et les autorités administratives ont alors organisé une réunion avec les différentes parties pour apporter une solution au problème. Parmi les nombreuses décisions prises, les autorités ont interdit aux Mousgoums de creuser le fond des rivières lors de leurs opérations de pêche.

Les décisions non appliquées

Mais avec le changement climatique et les quantités d’eaux qui devenaient insuffisantes, plusieurs petits cours d’eaux ont été asséchés. Les Mousgoums ont alors repris leurs vieilles habitudes de creuser le fond des cours d’eaux restants.

Perdant des bêtes par centaines, les Arabes-Choas sont allés régulièrement se plaindre chez le sous-préfet et chez le préfet du Logone et Chari. Mais ces derniers n’ont pas réagi. Pire: «Le sous-préfet s’est mis à prendre de l’argent chez les Mousgoums pour les laisser faire leurs trous. Au fil des années, la situation s’est aggravée, et les Arabes-Choas ont décidé de ne plus se tourner vers les autorités locales, mais d’agir par eux-mêmes», explique une source qui a gardé l’anonymat.

En Novembre 2021, c’est-à-dire huit ans après, les pêcheurs Mousgoum, mécontents, ont attaqué les éleveurs Arabes-Choas dans l’arrondissement de Logone-Birni. Bilan: 32 morts et 74 blessés. Et début décembre, les deux tribus se sont à nouveau affrontées à Kousseri. Nouveau bilan: une vingtaine de morts et trente mille personnes déplacées au Tchad, et des milliers d’autres personnes forcées à.fuir.

Les Mousgoums et les Arabes-Choas du Logone se sont ainsi retrouvés en situation de «nouveaux réfugiés qui ont besoin d’assistance internationale, et d’une urgence humanitaire», selon les termes de la correspondance du Général Mahamat Idriss Deby Itno, le président du conseil militaire de transition du Tchad.

L’État est le seul responsable de ce qui arrive

Plusieurs Ongs et associations de droits de l’homme basées dans la région de l’Extrême-Nord ont dénoncé le laxisme de l’État. «C’est l’Etat qui a laissé la situation pourrir ainsi. Tout d’abord, les autorités administratives corrompues depuis de nombreuses années ont montré à ces gens qu’ils ne peuvent plus compter sur elles pour résoudre leurs problèmes. Ensuite, lorsque les premiers affrontements se sont déroulés, la justice n’a pas arrêté ceux qui avaient utilisé des armes pour les juger et les condamner en appliquant la loi et faire peur à ceux qui tenteraient à nouveau d’utiliser des armes.

Cette inertie de l’Etat a laissé croire aux deux parties qu’elles pouvaient acheter des armes et s’entretuer impunément. De trois, à Kousseri, les Mousgoums ont traversé tout le Logone pour se retrouver là-bas afin de massacrer les Arabes Choas. Et pourtant il y a de nombreuses bases militaires à Kousseri. Il y a même une base du Bataillon d’intervention rapide (Bir) là-bas, mais personne n’a agi.

Et enfin, dans les différents groupes whatsap des deux communautés, les Arabes-Choas indiquent que de nombreux militaires d’origine Mousgoum en civil ont pris part au massacre de Kousseri. Et jusqu’ici, les meneurs n’ont pas été arrêtés pour être jugés et condamnés. Avec toutes ces faiblesses, nous pensons que ces conflits reprendront dans les prochaines années », affirment les Ongs.

Ainsi, toutes les mesures prises par l’État depuis les attaques de Kousseri ne vont pas résoudre le problème de fond. «On a une administration corrompue, on ne peut rien attendre d’elle», a expliqué Mamat Zibrine, un haut cadre d’administration Kotoko. Pour lui, l’État affiche une défaillance coupable.

Une attitude qui viole l’article 3 de la déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule que « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne». Et l’État est obligé d’assurer la sécurité de ses citoyens.

Source: La Nouvelle Expression