Casse-tête pour les propriétaires des engins confisqués
Les pratiques d’extorsion et d’abus au sein d’une brigade de gendarmerie de Nkoabang sont de plus en plus dénoncées par la population. Après une enquête ouverte à la suite d’accusations relayées dans les médias et sur les réseaux sociaux, plusieurs propriétaires de motos saisies affirment ne toujours pas avoir récupéré leurs engins.
Suite à notre alerte de la semaine dernière, où nous décrions les méthodes mafieuses d'arnaque via des patrouilles intempestives des éléments de la gendarmerie de cette localité, une enquête a aussitôt été ouverte sur instruction du SED. Malheureusement, les propriétaires des engins à deux roues saisis ne sont toujours pas rentrés en possession de leurs outils de survie.
Le chef de cette unité fait porter la responsabilité à son patron, le commandant de compagnie de la Mefou-et-Afamba qui, selon lui, devrait décider de la conduite à tenir. Le Cameroun c'est le Cameroun : ceux qui se décarcassent pour joindre les deux bouts rencontrent plus de difficultés que ceux qui volent et à qui l'on déroule le tapis rouge.
Lors de la dernière patrouille menée dans la nuit du 28 mai dernier dans ce territoire situé dans l'arrondissement de Nkolafamba, le commandant de brigade avait saisi plusieurs motos, non sans jeter certains conducteurs en cellule. Quelques-uns ont été libérés le soir même après avoir déboursé quelques billets de banque. En revanche, ceux qui n'avaient pas de Carte Nationale d'Identité (CNI) ont pour la plupart été sortis de cellule le lendemain, après s'être fait délester de la somme de 20 000 FCFA. Quatre d'entre eux ont par contre passé plus de trois jours en garde à vue, faute de moyens financiers ; ils ont finalement été relâchés après avoir nettoyé les abords des locaux abritant l'unité.
Casse-tête pour les propriétaires des engins confisqués
Grande a été notre surprise d'être à nouveau contactés, dans la soirée d'hier, par un propriétaire de moto. Les larmes aux yeux, il nous a fait part de la tournure qu'a prise cette histoire alambiquée et des méthodes ubuesques qui se sont enracinées dans cette unité. Il nous a d'ailleurs rapporté un échange entre le commandant de brigade, Ngono Léon, et un responsable de communication venu s'enquérir de cette affaire largement relayée sur les réseaux sociaux.
À la question posée par l'homme de médias au sujet de la procédure de restitution des engins saisis, le commandant a, dans un premier temps, semblé vouloir exiger la présentation d'un reçu d'achat de la moto. Le témoin raconte que ceux qui étaient assis dans son bureau ce jour-là, reçus en main, ont cru que leur problème allait être immédiatement résolu. Rebelote : ce commandant bipolaire s'est rétracté en une fraction de seconde pour leur exiger, cette fois, le coupon d'assurance de chaque engin saisi.
Comme si cela ne suffisait pas, ce ripou astucieux et escroc caché sous l'uniforme est revenu à la charge. Il a renvoyé ces pères de famille en leur laissant entendre qu'il devait d'abord faire le point avec le commandant de compagnie, et qu'ils devaient laisser leurs contacts téléphoniques en attendant d'être rappelés. À la question de savoir quel était le montant exigé à titre d'amende pour défaut de permis, il n'a fourni aucune réponse. Cependant, nous avons sous la main les témoignages de trois benskineurs qui ont dû débourser entre 20 000 et 30 000 FCFA pour recouvrer leur liberté pour ce même motif. C'est un peu trop cher payé pour une rançon.
Les propriétaires des engins stockés dans cette brigade, au vu du comportement du patron de ce "comptoir d'arnaque" qui les tourne en dérision depuis des jours, craignent que leurs motos ne prennent une destination inconnue. De nombreux usagers ont déjà été victimes de ce scénario et l'ont appris à leurs dépens. Nous le relevions d'ailleurs dans notre précédente publication : ce corps est truffé de bandits de grand chemin. Il n'y a qu'à voir combien de gendarmes sont impliqués dans l'assassinat de Martinez Zogo.
Le ministre Galax Etogo gagnerait à confronter, lors des différentes procédures, ses brebis galeuses aux victimes et plaignants. C'est d'ailleurs la méthode pratiquée par Martin Mbarga Nguélé, le DGSN, qui a reçu à plusieurs reprises des plaignants dans son bureau en présence des éléments incriminés dans des affaires d'arnaque ou d'extorsion de fonds. Une approche qui permet d'obtenir plus de clarifications sur des situations délicates, susceptibles de provoquer des soulèvements populaires.
Des situations similaires à ce qui se passe à Nkoabang, où les populations en ont marre de cet adjudant de gendarmerie qui semble plus soucieux de se remplir les poches que d'accomplir les missions régaliennes pour lesquelles il a été nommé. Qu'y gagne-t-il à troubler la tranquillité de citoyens déjà confrontés aux difficultés et aux frustrations de la vie ?
Chacun lira l'heure dans ce pays.
Paul Chouta