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Clinton Njie décrypté par un sprinteur

Clinton Njie Sprint

Sat, 16 May 2015 Source: France Football

Sur une accélération, Clinton Njie, le joueur le plus rapide de la Ligue 1, affole les compteurs.

Aussi, le Lyonnais Emmanuel Biron, membre du relais 4x100m français qualifié pour les JO de Rio, est-il bien placé pour décrypter les qualités de vitesse de cette drôle de fusée lyonnaise.

Il y a des actions qui restent dans les esprits. Le raid supersonique de Clinton Njie face à Bastia, le 15 avril dernier à Gerland, entre dans cette catégorie.

Dans un match poussif et jusque-là pas emballant, l’attaquant camerounais a poussé trois fois son ballon à la 85e minute et produit une accélération prodigieuse qui a littéralement déposé Guillaume Gillet, avant d’offrir une passe décisive à Alexandre Lacazette (2-0).

Dans un entretien accordé au quotidien Le Progrès, Pierre-Jean Vazel, l’ex-coach de l’ancienne sprinteuse Christine Arron, avait estimé que le buteur de l’Olympique Lyonnais, sur cette accélération, avait atteint 35,5 km/h. Une vitesse de pointe qui placerait Njie presque tout en haut de la hiérarchie des footballeurs les plus rapides de la planète. Et qui pourrait lui permettre de courir un 100 mètres en un peu plus de 11 secondes.

Clinton Njie est donc certainement le joueur qui va le plus vite en Ligue 1. Mais il n’est pas l’homme le plus rapide de Lyon. Dans la cité rhodanienne, le roi du sprint s’appelle Emmanuel Biron. Le licencié de l’US Pierre Bénite, au sud de Lyon, qui s’entraîne à Bron, dans l’est lyonnais, a un record personnel homologué à 10’21’’.

Grand passionné de foot et de l’OL, il a vécu la fameuse accélération contre Bastia en direct. «Quand je l’ai vu partir, je me suis de suite douté qu’il allait faire la différence avec son défenseur. Lui-même, il le sait et ça se voit lorsqu’il se met en action : il a une grande confiance en sa vitesse.

C’est comme quand je vais faire des inter-clubs, je sais que je vais faire la différence rapidement lors des tours de qualification en séries. Lui, il savait que face à la défense bastiaise, il était large.»

Les bases techniques d'un sprinteur

Le sprinteur de l’équipe de France, qui va courir le relais 4x100 m au JO de Rio avec Vicaut et Lemaitre, reconnaît être impressionné par les qualités de vitesse du footballeur Njie.

Il avance quelques analyses techniques: «Pour courir vite, il faut respecter une certaine mesure dans le cycle de course. La course est une mécanique logique. Il faut déjà avoir un équilibre avec le haut du corps. Les bras suffisamment relâchés, avec une intention claire d’aller chercher la vitesse vers l’avant. Il y a beaucoup de joueurs qui courent avec les bras sur les côtés. Njie, lui, dans son engagement de course, il place ses bras vers l’avant. Derrière, il monte bien les genoux et les engage toujours devant eux aussi. Son pied finit loin derrière, ce qui prouve bien son intention de course… Sa technique de bras, de genoux et de pieds, c’est la base chez nous les sprinteurs.»

Souvent moqué par ses détracteurs pour sa maladresse devant le but et son jeu instinctif, assez sauvage et peu réfléchi, Clinton Njie présente pourtant une feuille de statistiques plus qu’honorable au sortir de sa première saison au plus haut niveau (6 buts, 7 passes décisives en L1).

«Depuis qu’il joue, il soulage énormément l’OL par sa vitesse. Ils peuvent remonter très rapidement le ballon en contre-attaque grâce à lui», défend Biron. Si beaucoup de gens reprochent à Njie de foncer comme un poulet sans tête, parmi lesquels des supporters de l’OL, Emmanuel Biron va à contre-courant.

«Il a une intelligence de course assez flagrante, qui se rapproche de la nôtre, celle des sprinteurs. Soit il court comme cela depuis qu’il joue au foot, dans ce cas-là c’est un talent naturel; soit il l’a travaillé et dans ce cas-là c’est son intelligence personnelle qui lui a permis d’en arriver là où il est aujourd’hui.»

Bientôt un défi pour désigner le Lyonnais le plus rapide ?

Le médaillé de bronze du 4x100 m aux Championnats d’Europe d’Helsinki (2012) voit pourtant dans les courses de l’attaquant lyonnais quelques axes de progression. «Il est jeune et pas encore suffisamment développé physiquement. Il manque peut-être un peu de puissance pour le très haut niveau, détaille-t-il. Ce qui est très important pour lui maintenant, c’est d’acquérir de la force dans les jambes. Les fessiers, les quadriceps, et surtout les mollets. Ça va lui permettre d’avoir un appui vraiment sûr une fois qu’il aura pris une décision. Ce sont les appuis qui font la différence dans le foot.»

L’athlète lyonnais aura l’occasion d’observer la progression de Njie la saison prochaine en Ligue des champions. Pour l’heure, il ne moque pas son style peu académique.

Il le décrypte plutôt comme un atout: «Lorsqu’il est en duel, il ne garde pas le ballon au pied. Il le pousse à dix mètres, suffisamment loin pour créer l’espace-temps nécessaire afin de déposer son défenseur. Ce n’est pas un grand technicien, certes. Il fait la différence grâce à son accélération. Mais le résultat, au final, est le même: passer l’adversaire. Il a l’intelligence de se servir de ses qualités.»

La tentation est grande, désormais, de voir les deux flèches lyonnaises s’affronter sur une piste d’athlétisme.

Emmanuel Biron s’en amuse: «Les gens ne se rendent pas bien compte, mais le sprint est une discipline très intense. Impossible de tenir un 100 mètres à fond si on n’est pas entraîné spécifiquement pour cela. Avec tout le respect que j’ai pour Njie, le Lyonnais le plus rapide, c’est moi ! Mais ça ne me dérangerait pas du tout de le défier sur la piste, au contraire. C’est quand il veut.»

Source: France Football