Assassinat de Martinez Zogo : le rôle joué par Modeste Mopa

Modeste Mopa Détails de l'affaire

Mon, 15 Jun 2026 Source: L'Indépendant n°1038 du lundi 15 juin 2026

Le 1er juin 2026 au Tribunal militaire à Yaoundé, le Professeur Bell Bitjoka, expert en sécurité des systèmes d’information, a présenté les conclusions de son analyse forensique menée sur les téléphones et supports numériques saisis dans le cadre de l’affaire Martinez Zogo. Il s’agissait des résultats d’analyses de téléphonie et de géolocalisation des principaux accusés. Notamment, le lieutenant-colonel Justin Danwe, Jean Pierre Amougou Belinga et Maxime Eko Eko, ex-patron de la Dgre. En parallèle, le tribunal a acté la lecture des correspondances textuelles entre Justin Danwe et l'ancien directeur général des Impôts (Dgi), Mopa Modeste, des éléments dont le colonel-magistrat codifie l'exploitation pour la suite des débats.

Au terme de la cross examination, Me Claude Assira va relever que : « (…) Vous avez entendu ici un certain nombre de noms de personnes que l’expert a pu détecter au travers de ses investigations, mais à aucun moment, on ne voit le nom de ces personnes, alors qu’au sens élémentaire, ces personnes mériteraient au moins d’être interrogées sur leur participation réelle ou supposée aux faits qui leur sont imputés ».

L’apparition du nom de l’ex Dgi, Mopa Modeste, a suscité moult interrogations vite dissipées par l’article de Jeune Afrique publié le 09 juin 2026 qui le présente comme le haut fonctionnaire qui a défié « la mafia fiscale ».

« (…) En 2021, la Dgi adresse une mise en demeure à la chaîne de télévision Vision 4, propriété de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, et réclame le règlement d’arriérés fiscaux estimés à 1 milliard de Fcfa (environ 1,5 million d’euros). La réponse tarde. En 2022, Mopa durcit le ton. Une nouvelle note sort de ses services, mais cette fois le montant a explosé : 10,8 milliards de Fcfa. Cette dette ne concerne plus seulement Vision 4, mais l’ensemble du groupe L’Anecdote, qui chapeaute plusieurs sociétés liées à Amougou Belinga. « Pour discréditer Mopa et minimiser l’ampleur de la fraude, Jean-Pierre Amougou Belinga a toujours tenté de faire croire qu’il s’agissait uniquement de Vision 4, confie une source. En réalité, certaines entités du groupe livraient, par exemple, des prestations à la présidence de la République. Il y aurait même des marchés fictifs dans lesquels serait impliqué un haut responsable de la direction de la sécurité présidentielle ».

Selon plusieurs témoignages, le mécanisme reposait sur un enchevêtrement de contrats peu transparents, de prestations surfacturées, et, surtout, sur un sentiment d’impunité nourri par des années d’absence de contraintes fiscales significatives. À tort ou à raison, Jean-Pierre Amougou Belinga passait alors pour une personnalité que les administrations de contrôle avaient grand-peine à atteindre. La situation se tend donc après 2022, lorsque Modeste Mopa Fatoing entreprend de renforcer les procédures de recouvrement et laisse entrevoir un durcissement de l’action fiscale. Jusqu’à ce que, confronté à l’inertie de sa hiérarchie et aux pressions, il change de stratégie et opte pour l’arme médiatique. » Révèle Jeune Afrique.

Le fusible

Jeune Afrique poursuit : « Selon nos informations, c’est en concertation avec son protecteur au sein du sérail, Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence de la République, que Mopa commence à transmettre des documents confidentiels à Martinez Zogo, lui aussi très lié à Ngoh Ngoh. Figure du paysage médiatique camerounais et personnalité controversée – il sort de prison –, le journaliste d’Amplitude FM est animé par un fort désir de revanche. Il s’est lancé dans une croisade contre ceux qu’il qualifie de ‘‘mafieux’’, Jean-Pierre Amougou Belinga et Louis Paul Motaze, le ministre des Finances. Martinez Zogo accuse alors publiquement ces deux hommes de l’avoir fait incarcérer. Son alliance avec Mopa lui fournit des munitions de premier choix.

‘‘Les éléments clés qu’il détenait contre Amougou Belinga venaient directement de la Direction générale des impôts’’, confirme notre source. Sur les ondes d’Amplitude FM, les révélations se succèdent. L’opinion découvre l’ampleur de la fraude présumée. Le scandale enfle. En novembre 2022, le ministre des Finances, pourtant autorité de tutelle de Mopa, prend fait et cause pour Amougou Belinga. Louis Paul Motaze publie une note ministérielle qui, de facto, désavoue son directeur général des impôts. Sur décision du ministre des Finances, le groupe L’Anecdote bénéficie d’un moratoire exceptionnel, qui ramène sa créance fiscale de 10,8 milliards à seulement 1,9 milliard de Fcfa. Une remise de plus de 80 %, dans laquelle de nombreux observateurs voient un sauvetage politique d’Amougou Belinga. Mais Martinez Zogo ne lâche rien et poursuit ses diatribes contre le ‘‘système’’ (…) Le 17 janvier 2023, Martinez Zogo disparaît. Son corps mutilé est retrouvé quatre jours plus tard, dans la périphérie de Yaoundé. Alerté, par un contact, des menaces qui pèsent sur sa propre vie, Modeste Mopa Fatoing est désormais convaincu que le réseau qu’il affronte est capable de tout. Pour lui, il est temps de quitter le pays. Le 25 janvier 2023, une correspondance confidentielle signée de Ferdinand Ngoh Ngoh, est adressée à Séraphin Magloire Fouda, secrétaire général des services du Premier ministre. Le document fait état de l’accord de Paul Biya pour que Modeste Mopa Fatoing retourne au Fonds monétaire international (FMI), où il avait travaillé par le passé. Le lendemain, Mopa quitte le Cameroun pour, officiellement, une mission de trois mois aux États-Unis. Mais celle-ci a tout d’une mesure de protection et d’une exfiltration discrète. Depuis cette date, Modeste Mopa Fatoing n’a pas remis les pieds au pays ».

Contrairement aux allégations de Jeune Afrique, Modeste Mopa Fatoing depuis son départ de la direction générale des impôts pour FMI, se rend régulièrement au Cameroun en ses résidences de Yaoundé et de Douala, précisément à Bonapriso.

Le pouvoir, l'argent et les médias, résument parfaitement les relations incestueuses qu’entretiennent de grands commis de l’État et les médias, les liaisons complexes et les dynamiques d'influence au sein du paysage médiatique camerounais.

Le pouvoir politique entretient une relation de contrôle et de surveillance étroite avec les médias privés. La presse camerounaise est souvent prise en étau entre son rôle de "quatrième pouvoir" (contrepouvoir) et les pressions des instances de régulation comme le Conseil national de la communication (CNC) ou l'appareil judiciaire, qui n'hésitent pas à suspendre des titres ou des journalistes en cas de dérapage ou de plaintes de personnalités influentes.

Le modèle économique des médias privés au Cameroun est caractérisé par une grande précarité. Entre la faiblesse structurelle du marché publicitaire et la chute drastique des subventions publiques accordées à la presse privée, de nombreux organes de presse peinent à survivre. Cette vulnérabilité financière expose parfois certains titres ou journalistes à la corruption, à des financements "sous table" ou à des lignes éditoriales dictées par des intérêts économiques privés et des influenceurs.

Source: L'Indépendant n°1038 du lundi 15 juin 2026