La longévité de Paul Biya au pouvoir ne peut être comprise sans évoquer les relations complexes entre le Cameroun et la France. Selon Marie-Emmanuelle Pommerolle, chercheuse spécialiste du Cameroun, ces liens historiques ont longtemps légitimé le régime de Biya, mais ils alimentent aujourd’hui un sentiment antifrançais croissant. Comment ces relations influencent-elles la politique camerounaise et les crises actuelles ?
La longévité de Paul Biya est en partie liée à la loyauté de la diplomatie française à son égard. Depuis l’indépendance du Cameroun, les interactions entre les gouvernements français et camerounais ont été marquées par une légitimation mutuelle. Les intérêts des élites des deux pays se sont souvent alignés, chacun pensant que l’autre lui était nécessaire. Cette relation a permis à Biya de consolider son pouvoir, mais elle a aussi renforcé l’idée que la France continue de dicter la politique camerounaise.
Aujourd’hui, bien que les intérêts économiques français au Cameroun soient moins importants qu’auparavant, un sentiment antifrançais persiste. Ce sentiment est alimenté par un paternalisme et une condescendance perçus de la part de la France. Les jeunes générations africaines, moins attachées à l’ancien colonisateur, remettent en question cette relation. Par ailleurs, certaines élites camerounaises instrumentalisent ce sentiment pour détourner l’attention des critiques envers leur propre gouvernance.
Les tensions dans les régions anglophones du Cameroun ont également mis en lumière les implications historiques de la France. Le récent rapport remis à Emmanuel Macron et Paul Biya sur la guerre menée par la France au Cameroun dans les années 1950-1960 a relancé le débat sur cette histoire méconnue. Bien que le rapport n’apporte que peu de nouvelles informations, il a le mérite de placer ce sujet dans l’espace public. Pour Marie-Emmanuelle Pommerolle, il est essentiel que les autorités camerounaises s’emparent de ce document pour ouvrir un débat national et envisager des mesures de réconciliation, comme l’intégration de cette histoire dans les programmes scolaires.
Les relations entre le Cameroun et la France, bien que moins visibles qu’auparavant, continuent d’influencer la politique camerounaise. La longévité de Paul Biya est en partie le fruit de cette alliance, mais elle alimente aussi un sentiment antifrançais croissant. Pour apaiser les tensions, un travail de mémoire et de transparence sur l’histoire commune des deux pays semble indispensable. Le Cameroun pourra-t-il se libérer de ce passé pour construire un avenir plus autonome ?