Le deuxième plus long fleuve entièrement camerounais après la Sanaga est menacé d'extinction en raison des défis environnementaux, en particulier de l'impact du changement climatique, de l'augmentation de la pollution et de la pression anthropique. Lors de la première Conférence internationale sur le Nyong, (Ciflen 2026), tenue du 20 au 21 juillet 2026 à Yaoundé, experts environnementaux et autres parties prenantes ont esquissé des solutions pour développer et préserver durablement ce patrimoine naturel.
Le message fort de la première édition de la Conférence Internationale sur le fleuve Nyong (Ciflen), ouverte lundi 20 juillet à Yaoundé autour du thème : « Le Nyong, patrimoine naturel et moteur de développement durable : défis et opportunités pour une gestion intégrée et résiliente » tournait autour de la sauvegarde du fleuve Nyong. L’événement était présidé, au nom du Premier ministre, par le ministre de la Décentralisation et du Développement local, Georges Elanga Obam, en présence du ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona. Pour le ministre Elanga Obam, « l'objectif fixé est de faire du bassin du Nyong, un modèle africain de gestion intégrée des ressources en eau, grâce à la gouvernance territoriale concertée, l’innovation environnementale, l’inclusion socioéconomique des jeunes et des femmes, la digitalisation des services et des données, la mobilisation des financements innovants. Il s’agit là d’un objectif ambitieux mais atteignable, si un diagnostic clair est effectué et une synergie d’actions de toutes les parties prenantes mise en place pour relever les défis identifiés ».
Avec un bassin de 27 800 km², le Nyong est le plus long fleuve entièrement camerounais après la Sanaga. Il traverse les régions de l'Est, du Centre, du Sud et du Littoral, où il soutient de nombreuses activités économiques et constitue un patrimoine naturel majeur. Cependant, les rap- ports présentés à l’ouverture des travaux ne laissent guère de place au doute : le Nyong subit les contrecoups d’une dégradation progressive. Entre pressions anthropiques, pollutions diverses et effets visibles du dérèglement climatique, l’éco- système du fleuve montre des signes de vulnérabilité qui imposent des mesures de correction urgentes et vigoureuses.
Face à cette crise, l’ONG Volontariat pour l’environnement (VPE), engagée depuis plus de dix ans dans la protection du Nyong, a mobilisé les municipalités riveraines. Ce travail a conduit à la création du Réseau des communes du bassin du Nyong (Recoban), qui réunit les 28 communes concernées. En 2024, lors d’une réunion à Mbalmayo, ces élus ont appelé à la tenue d’une conférence internationale pour fédérer les efforts et attirer l’attention mondiale sur la situation du fleuve. La Ciflen 2026 est ainsi née de cet- te volonté collective. « L’objectif premier est de mobiliser tous les partenaires : populations rive- raines, bailleurs de fonds, ONG, collectivités, afin que, pour une fois, tout le monde puisse agir ensemble. On parle beaucoup des problèmes du Nyong, mais les actions concrètes tardent. Ciflen 2026 doit changer cela », expliquait Dieudonné Xavier Ateba. Les organisateurs insistent sur le fait que la conférence n’a pas vocation à produire un simple catalogue de recommandations, mais à déboucher sur des engagements concrets.
Les résolutions de Yaoundé
La Ciflen 2026 se voulait une plateforme ouverte, inclusive et ambitieuse. Ses promoteurs espéraient attirer l’attention des institutions nationales, des partenaires internationaux et des organismes environnementaux afin de mobiliser les ressources nécessaires à la restauration du fleuve. L’enjeu était à la fois écologique, social et économique : il s’agit de préserver un cours d’eau stratégique pour l’alimentation en eau, les activités productives locales et la résilience des territoires riverains. Durant deux jours, pouvoirs publics, partenaires techniques et financiers, collectivités territoriales, experts et élites locales ont unis leurs réflexions pour proposer des solutions concrètes en faveur de la réhabilitation du Nyong, de la valorisation de son potentiel économique et d'une gouvernance durable de ce fleuve stratégique.
Les échanges se sont notamment articulés sur trois impératifs majeurs : la restauration écologique (mettre en œuvre des programmes de réhabilitation du lit et des berges du fleuve), la valorisation économique rai- sonnée (concilier l’exploitation des ressources halieutiques et touristiques avec le respect des équilibres naturels), la gouvernance partagée (structurer un cadre de gestion concerté impliquant l’État, les collectivités territoriales et les riverains).
Au final, comme résolutions, il a été recommandé globalement, la création d'un fonds et l'adoption d'une approche intégrée de gestion de ce patrimoine naturel. Selon le président du Comité scientifique, pour implémenter ces principales résolutions, il est question de renforcer les programmes de recherche multidisciplinaires consacrés au bas- sin du Nyong, en favorisant une collaboration étroite entre les sciences naturelles, les sciences sociales, les sciences économiques, les sciences d'ingénierie de l'humanitaire. Deuxième- ment, la mise en place d'un observatoire scientifique et de suivi environnemental.
Troisièmement, la gouvernance des ressources en eau. Il s'agit, dira-t-il, d'élaborer et de mettre en œuvre le plan de gestion intégrée des ressources en eau couvrant l'ensemble du bassin du Nyong. Il sera question de créer une autorité du bassin du Nyong, chargée de coordonner la planification et la gestion des ressources en eau, ainsi que la conservation des écosystèmes. Il s'agit aussi de renforcer les mesures de protection, de restauration et de gestion des forêts riveraines, des zones humides, etc., sans oublier la gouvernance participative et l'implication des communautés.