La dépouille de l'opposant Anicet Ekanè, décédé en détention le 1er décembre 2025, demeure au centre d'un conflit acharné. Entre le respect des dernières volontés du défunt, les revendications du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) et les décisions de sa famille biologique, les obsèques du leader politique sont dans une impasse totale, près de deux mois après son décès.
André Luther Meka, communicant du RDPC, vient de lever le voile sur les tensions qui entourent l'organisation des funérailles. Dans une publication sur Meta, il révèle les dernières volontés d'Anicet Ekanè et dénonce les manœuvres qui empêchent leur respect, plongeant ainsi la famille politique du défunt dans un profond désarroi.
Selon André Luther Meka, l'opposant avait pourtant pris des dispositions claires avant de succomber. "Après avoir constaté il y a un an qu'il est condamné à la mort à cause de sa maladie juste après les présidentielles, le président Anicet Ekanè a confié ses dernières volontés à son ami Sylver Kom à savoir que sa femme soit protégée et que ses obsèques soient organisées par sa famille politique, le Manidem et l'UPC en général", révèle le communicant du RDPC.
Ces instructions testamentaires, qui écartaient explicitement la famille biologique de l'organisation des funérailles au profit du parti, se heurtent aujourd'hui à la réalité du terrain. Une véritable "bataille d'influence et de contrôle des obsèques" oppose désormais les héritiers politiques aux membres de la famille consanguine du défunt leader.
Meka souligne dans sa publication que des sœurs utérines d'Anicet Ekanè tentent de s'accaparer le deuil au détriment de la veuve et du parti politique. Cette situation illustre parfaitement un phénomène bien connu en sociologie politique : l'appropriation symbolique des funérailles d'un leader constitue souvent un enjeu de pouvoir crucial pour les différents camps en présence.
Comme le dit la sagesse bantou, "lorsque le lion meurt, les fourmis se disputent sa crinière". La permanence du Manidem est aujourd'hui occupée par un membre de la famille qui en refuse l'accès aux militants du parti, créant une situation de blocage total. Cette occupation symbolique du siège du parti traduit la volonté de la famille biologique de contrôler non seulement les obsèques, mais aussi l'héritage politique du défunt.
Le sort de la dépouille est d'autant plus complexe que le décès est survenu en milieu carcéral. Le Manidem a adressé une correspondance officielle au président de la République Paul Biya pour demander la restitution du corps, mais le gouvernement n'a pas encore donné de suite favorable à cette requête.
Anicet Ekanè avait été arrêté pour des infractions présumées d'hostilité envers la patrie et d'incitation à la révolte, après avoir publiquement soutenu Issa Tchiroma Bakary lors de la présidentielle du 12 octobre 2025. Selon ses proches, privé de ses équipements médicaux pendant plus d'un mois en détention, l'opposant a fini par rendre l'âme le 1er décembre dernier dans des circonstances qui demeurent controversées.
"Pourquoi y a-t-il tant de disputes autour de la dépouille d'Anicet Ekanè ? Les jours qui suivent pourront démêler l'écheveau", conclut André Luther Meka dans sa publication. Cette interrogation résume toute la complexité d'une affaire qui mêle enjeux familiaux, politiques et symboliques.
Plusieurs hypothèses circulent dans les milieux politiques camerounais. Certains évoquent des questions d'héritage matériel, d'autres parlent de rivalités anciennes entre la famille biologique et la veuve, tandis que le Manidem y voit une tentative de neutraliser l'impact politique que pourraient avoir des funérailles organisées par le parti.
Cette situation crée un précédent inquiétant pour les opposants politiques camerounais. La rétention du corps d'Anicet Ekanè par les autorités, combinée aux luttes fratricides autour de ses obsèques, illustre les difficultés que rencontre l'opposition, même dans la mort de ses leaders.
Pour l'heure, la dépouille d'Anicet Ekanè reste dans les mains des autorités, tandis que famille biologique et famille politique continuent de se déchirer sur la question des funérailles. Près de deux mois après son décès, l'opposant n'a toujours pas reçu de sépulture digne, ses dernières volontés restant lettre morte dans un Cameroun où même la mort ne semble pas échapper aux luttes de pouvoir.