Les réseaux se neutralisent dans la perspective de la succession. L’on subodore sur les moyens physique et intellectuel du président de la République et sa capacité à achever ce nouveau mandat de sept ans à la tête de l’État.
Les grandes représentations diplomatiques au Cameroun, les hiérarques du parti au pouvoir semblent avoir donné leur aval pour l’instauration d’un poste de vice-président. Toutes les batailles se cristallisent autour du profil du futur détenteur de ce poste.
Certains puristes de la politique estiment que pour apaiser les tensions nées de la crise dite anglophone, un originaire des régions du Sud-Ouest ou du Nord-Ouest, devrait être promu à ce poste. Quelques noms circulent. Seul bémol, les barons et les faucons du régime, sont favorables au scénario d’une succession dynastique. Une idée qui fait son bonhomme de chemin dans les cercles du pouvoir, et qui est loin d’emporter l’assentiment d’autres leaders politiques clairement opposés à une succession par filiation, par cooptation ou par procuration.
Aujourd'hui, alors que le président a dépassé le cap des 90 ans, cette nouvelle révision constitutionnelle pose une question centrale : s'agit-il d'aménagements techniques ou d'une manœuvre pour baliser sa succession politique ? Lors de son discours d’investiture le 6 novembre 2025, le chef de l’État avait souligné l’importance de renforcer les institutions démocratiques.
Si le poste de vice-président venait à être attribué à un anglophone, la primature reviendrait au Grand Nord ; un représentant de l'Ouest étant déjà à la tête de l’Assemblée nationale et un représentant de l’Extrême-Nord étant déjà à la tête du Sénat. Plusieurs fois annoncée mais longtemps différée, la réforme constitutionnelle et institutionnelle n’est plus une simple hypothèse.
Selon Guibaï Gatama, « d’un coup, plusieurs mouvements s’enchaînent avec la réforme de la Constitution instituant un poste de vice-président. Paul Biya marginalise de fait son propre parti, le RDPC, en tant qu’acteur central de sa succession. Dans le même élan, il écarte le Grand-Nord du jeu successoral, après avoir porté Aboubakary Abdoulaye à la tête du Sénat et réduit momentanément à néant son pouvoir de « faiseur de roi ». Je le vois tout aussi peu et ce n’est là qu’une intuition, désigner, ou maintenir au moment décisif, un successeur issu des régions anglophones. Cette manœuvre politique est donc tout sauf improvisée. Elle obéit à une logique, dessine une trajectoire pour l’après-Biya et laisse apparaître une ligne de choix claire : à ce stade, elle ne regarde ni vers le Grand-Nord, ni vers le Sud-Ouest ou le Nord-Ouest, encore moins vers l’Ouest ».