Certains resteraient plusieurs décennies sans promotion
Des enseignants d’Éducation physique et sportive (EPS) affectés au MINEFOP, notamment dans les Sections artisanales rurales et Sections ménagères (SAR/SM), dénoncent des conditions de travail difficiles et un manque de perspectives de carrière.
Affectés dans les Sections artisanales rurales et Sections ménagères (SAR/SM), des enseignants d’Éducation physique et sportive dénoncent le manque d’équipements, l’absence de perspectives professionnelles et leur utilisation pour enseigner d’autres disciplines. Un cadre témoigne sous anonymat, par crainte de conséquences sur sa carrière.
« Des cadres d’EPS passent cinq, dix, quinze, vingt, voire trente années de service sur le terrain sans aucune promotion. ». Le témoignage adressé à notre rédaction exprime un profond sentiment d’abandon parmi les enseignants d’Éducation physique et sportive mis à la disposition du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (MINEFOP).
Son auteur, décrit une catégorie de personnels qui peinerait à trouver sa place dans cette administration. Selon lui, plusieurs centaines d’enseignants d’EPS y seraient employés sans qu’un service spécifiquement consacré aux sports et à l’éducation physique organise leur encadrement, au niveau central comme dans les services déconcentrés. Cet effectif et cette description de l’organisation administrative restent à confirmer auprès du ministère.
Au cœur de cette dénonciation figure la question des carrières. Le témoin affirme que des enseignants restent durablement affectés sur le terrain, sans accéder à des fonctions de responsabilité correspondant à leur qualification. Certains atteindraient ainsi la retraite sans avoir bénéficié des perspectives professionnelles qu’ils espéraient.
À cette frustration s’ajouteraient des conditions matérielles particulièrement difficiles. Le cadre évoque des SAR/SM dépourvues de salles de classe, accueillant très peu d’apprenants, voire aucun. Dans certaines structures qui compteraient seulement cinq à dix inscrits, les enseignants ne disposeraient ni d’installations sportives ni de matériel adapté à leur discipline.
« Certains directeurs nous demandent de faire cours avec des cailloux en lieu et place des masses », rapporte-t-il. Cette affirmation, qui nécessite des vérifications dans les établissements concernés, pose la question des moyens disponibles pour assurer les enseignements et garantir la sécurité des apprenants.
Le témoignage dénonce également l’affectation de ces personnels à des cours de français, d’anglais ou de législation. Des tâches que l’auteur estime éloignées de leur formation initiale et qui, selon lui, prennent la place des enseignements d’EPS.
Il affirme que les enseignants contestant ces pratiques s’exposeraient à des tensions avec leur hiérarchie. Ils seraient qualifiés de « rebelles » et feraient l’objet de rapports qu’il considère comme mensongers, ainsi que de mesures de rétorsion. Aucun document permettant d’établir ces faits ou de préciser les sanctions évoquées n’accompagne toutefois le témoignage transmis.
L’auteur interpelle aussi le ministère des Sports et de l’Éducation physique, auquel il reproche un suivi insuffisant des cadres mis à la disposition du MINEFOP. Il compare leur situation à celle de leurs collègues affectés aux Enseignements secondaires, qui disposeraient, selon lui, de davantage de possibilités d’accéder à des fonctions d’encadrement sportif, pédagogique ou administratif.
Cette comparaison traduit une revendication de reconnaissance professionnelle. Les personnels concernés demandent que leur spécialité soit prise en compte dans l’organisation du travail, que les établissements soient équipés et que des perspectives d’évolution leur soient ouvertes.
Derrière ce cri de cœur, l’enjeu concerne autant la situation des enseignants que la formation dispensée aux apprenants. L’auteur souhaite que sa prise de parole permette un examen de ces difficultés, sans compromettre la carrière qu’il cherche à défendre.
Boris Bertolt