Le soutien affiché de Samuel Eto'o à Gianni Infantino pour l'élection à la présidence de la FIFA en 2027 suscite de nombreuses interrogations. Derrière la défense affichée des intérêts africains, certains analystes y voient une stratégie personnelle : celle d'un homme qui rêve de prendre un jour les rênes de la Confédération africaine de football (CAF) et qui aurait besoin, pour cela, du puissant réseau du patron du football mondial.
Le président de la Fédération camerounaise de football ne s'en cache pas. Dans un entretien accordé à L'Équipe début septembre, Samuel Eto'o a confirmé qu'il soutiendrait Gianni Infantino lors de l'élection prévue en mars 2027. « Aujourd'hui, le président Infantino donne la possibilité aux Africains de rêver de développer le football », a-t-il justifié, mettant en avant le programme FIFA Forward et l'élargissement des places africaines pour la Coupe du monde .
Une position loin d'être isolée. En avril 2026, la CAF a officiellement annoncé que ses 54 associations membres soutiendraient unanimement la réélection du dirigeant italo-suisse . Un bloc électoral considérable qui représente près d'un quart des votants à l'élection présidentielle de la FIFA .
Alors que l'UEFA et plusieurs de ses fédérations membres — France, Belgique, Italie, Angleterre, Pays-Bas, Norvège, Serbie, Croatie, entre autres — ont retiré leur soutien à Infantino suite au scandale du projet avorté d'investissements privés dans la Coupe du monde, l'Afrique, elle, maintient le cap .
Le journaliste Aston Nyambé relativise cependant l'impact de ces défections européennes. Selon lui, les pays qui ont retiré leur soutien à Gianni Infantino font « assez de bruit mais ne représentent pas grand-chose ». Il souligne que sur les 15 pays cités par le média britannique ITV News, seuls 12 ont officiellement communiqué leur décision. « Faites le ratio. 55-12=43. Dans une élection directe au sein de l'UEFA, Infantino serait vainqueur ! » affirme-t-il.
Un argument que partage le président de la CAF, Patrice Motsepe, qui a publiquement pris la défense du patron de la FIFA : « Si vous voulez le destituer, passez par les élections. Laissez les 211 associations membres décider » .
C'est ici que le débat prend une autre dimension. Pour de nombreux observateurs, le soutien d'Eto'o à Infantino ne relève pas uniquement d'une conviction sur les bienfaits du programme FIFA Forward. Il s'inscrirait dans une stratégie de long terme, celle d'un homme qui ambitionne de présider un jour la Confédération africaine de football.
Le contexte s'y prête. Patrice Motsepe, l'actuel président de la CAF, ne devrait pas briguer un troisième mandat en 2029 . Son départ annoncé ouvre une course à la succession dans laquelle le nom de Samuel Eto'o revient avec insistance. Le journal sénégalais Le Soleil le présente déjà comme « l'un des favoris de cette course qui ne dit pas encore son nom » .
Mais pour espérer prendre la tête de la CAF, Eto'o a besoin de soutiens solides. Et quel meilleur allié que le président de la FIFA lui-même ? En soutenant Infantino pour 2027, le président de la FECAFOOT s'assure la reconnaissance d'un homme qui, selon plusieurs sources, a déjà joué un rôle déterminant dans les équilibres politiques de la CAF par le passé. Le journal rappelle notamment qu'en 2017, l'entourage d'Infantino aurait joué un rôle dans l'élection d'Ahmad Ahmad face à Issa Hayatou, avant que la suspension du dirigeant malgache n'ouvre la voie à l'élection sans opposition de Motsepe en 2021 .
Cette proximité entre Eto'o et Infantino n'est pas sans susciter des critiques. Le président de la FECAFOOT fait l'objet d'accusations de détournement de fonds liées à un match amical Cameroun-Russie en 2023. Plus de 500 000 euros auraient été versés sur son compte personnel au Qatar. La plainte déposée auprès de la commission d'éthique de la FIFA n'a, à ce jour, donné lieu à aucune communication officielle . Ses détracteurs y voient la preuve d'une protection dont il bénéficierait en raison de son soutien à Infantino.
Pour Aston Nyambé, cette accusation ne tient pas. « A ceux-là une question : est-ce en soutenant les fédérations européennes qu'on devrait le démontrer ? » s'interroge-t-il, balayant la thèse d'un « faux panafricanisme ». Il rappelle que d'autres dirigeants de fédérations influentes — espagnole, argentine, et même le président des États-Unis Donald Trump — soutiennent également Infantino.
Que l'on y voit une conviction sincère ou une stratégie d'ambition personnelle, le soutien d'Eto'o à Infantino s'inscrit dans une réalité politique implacable : la CAF, avec ses 54 voix, est le plus grand bloc électoral de la FIFA. Pour Infantino, s'assurer le soutien africain est vital. Pour Eto'o, s'assurer le soutien d'Infantino pourrait être la clé d'une future candidature à la présidence de la CAF.
Reste à savoir si ce « retour d'ascenseur » se matérialisera. En mars 2027, les 211 fédérations trancheront. Et si Infantino l'emporte comme prévu, Samuel Eto'o aura posé un jeton précieux sur l'échiquier de ses ambitions continentales.