Le bras de fer foncier qui oppose le député MANFOUO David à la succession TEHAM dans l'arrondissement de Dibombari, département du Moungo, région du Littoral, vient de franchir un nouveau palier. Dans un message-porté daté du 17 février 2026, le Sous-Préfet de Dibombari, Jean-Philippe NGO'O MEBE, administrateur civil, a ordonné l'arrêt immédiat des travaux sur le domaine privé sis à Bekoko, et prévenu que tout contrevenant serait déféré devant le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Mbanga pour rébellion, conformément à l'article 157 de la loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code Pénal.
L'affaire prend sa source dans une guerre foncière entre le député MANFOUO David et la succession TEHAM pour la propriété d'un terrain situé dans l'arrondissement de Dibombari. Dans le cadre de ce litige, le ministère des Domaines a prononcé, en 2025, l'annulation du titre foncier détenu par le député MANFOUO David, après qu'il est apparu que les documents présentés par ce dernier pour établir ses droits sur la parcelle étaient falsifiés.
Une annulation qui aurait dû sonner le glas des prétentions du parlementaire sur ce terrain. Mais contre toute attente, les travaux engagés sur le domaine n'ont pas cessé. Pendant plusieurs mois, malgré la décision administrative, les chantiers se sont poursuivis, plongeant les héritiers de la succession TEHAM dans une situation d'impuissance face à ce qui s'apparente, selon leurs conseils, à un passage en force caractérisé.
Face à cette situation, l'autorité administrative a décidé de hausser le ton. Dans son message-porté classé "Très Urgent", référencé N°30/MP/C16.01/BAAJP du 17 février 2026, le Sous-Préfet de Dibombari rappelle explicitement les décisions antérieures — notamment celle du 30 avril 2025 et celle du 13 février 2026 — ordonnant l'arrêt des travaux et l'interdiction d'accès sur la dépendance du domaine privé sis à Bekoko.
Le document, dont nous avons pu obtenir copie, est sans ambiguïté. Le Sous-Préfet NGO'O MEBE y ordonne aux autorités compétentes de "prendre toute mesure en vue du suivi et de l'exécution de la décision", et notamment de "procéder en toute urgence à l'arrêt des travaux". Il précise que tout contrevenant pourra faire l'objet d'une interpellation, d'une audition sur procès-verbal, et d'un déferrement devant le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Mbanga, pour rébellion.
Une menace qui vise directement l'entourage du député et quiconque continuerait à s'activer sur ce terrain malgré l'interdiction formelle des autorités administratives et judiciaires.
L'affaire place MANFOUO David dans une position délicate. Élu du peuple, il se retrouve au cœur d'un dossier où les accusations sont lourdes : faux en écriture, violation de décisions administratives, et désormais le spectre d'une poursuite pour rébellion contre les décisions de l'autorité de l'État. Des charges qui, si elles venaient à être formellement retenues, pourraient avoir des conséquences significatives sur sa situation judiciaire et sur l'exercice de son mandat parlementaire.
Du côté de la succession TEHAM, c'est un sentiment mêlé de soulagement et de vigilance qui prévaut. Après des mois de démarches pour faire respecter une décision d'annulation pourtant officielle, la fermeté affichée par le Sous-Préfet est perçue comme un signal fort. Reste à savoir si cette fois, l'injonction sera réellement suivie d'effets sur le terrain.
Le dossier est désormais entre les mains de la justice de Mbanga et de l'administration territoriale. Deux fronts s'ouvrent en parallèle : l'exécution matérielle de l'arrêt des travaux, qui devra être constatée et attestée par les autorités locales, et l'éventuelle procédure pénale si les travaux venaient à reprendre en violation de l'injonction du 17 février 2026.
Une chose est certaine : dans l'arrondissement de Dibombari, cette affaire foncière cristallise des tensions qui dépassent le seul périmètre d'un terrain à Bekoko. Elle pose, une fois de plus, la question du respect de l'État de droit face aux détenteurs de mandats politiques, et de la capacité des institutions camerounaises à faire appliquer leurs propres décisions, sans distinction de statut.