Le Lieutenant-colonel Ayissi Nanga a livré, ce lundi 26 octobre 2026 devant le tribunal militaire de Yaoundé, un témoignage sous haute tension. Il a remercié la juridiction pour sa protection rapprochée, tout en révélant les pressions et les tentatives d'assassinat dont il affirme avoir été victime, accusant nommément le Secrétaire d'État à la Défense (SED).
L'audience de ce lundi 26 octobre devant le tribunal militaire de Yaoundé a été marquée par la déposition très attendue du Lieutenant-colonel Ayissi Nanga. D'emblée, l'officier a tenu à remercier la juridiction : « Merci au Tribunal militaire de m'avoir mis une sécurité rapprochée. J'ai fait l'objet d'une arrestation répressive. Heureusement pour moi, j'ai senti la main protectrice du TM, qui, je l'espère, ne m'abandonnera pas au cours de mon témoignage. »
Un piège tendu par des proches du pouvoir ?
Le témoin est ensuite entré dans le vif du sujet, affirmant que certaines personnes qui le menacent ont été dévoilées par leurs actions ayant conduit aux actes de répression dont il dit avoir été victime. Lors de son arrestation, il raconte avoir demandé au magistrat ou à l'officier de police judiciaire qui avait ordonné son interpellation. « J'ai eu la réponse qu'il s'agit de M. le SED en personne, via un incriminé, M. Savom Martin », a-t-il déclaré.
Parmi les tentatives qu'il dénonce, M. Savom aurait tenté de le faire assassiner dans la nuit du 20 à Ebolowa. Les preuves de ces menaces, selon lui, se manifestent notamment par une interpellation nocturne sans avis de recherche et sans aucun motif communiqué. « Quand j'ai insisté, on m'a demandé : "Voulez-vous témoigner contre la gendarmerie ? Êtes-vous obligé d'aller témoigner ? C'est une perte de temps, pourquoi n'abandonnez-vous pas ?" » a-t-il rapporté.
L'étrange proposition d'un certain « Dani »
Le haut gradé a également évoqué une tentative d'assassinat à Ebolowa, perpétrée par un certain Dani, dont il ne dispose pas de l'identité complète. Ce dernier l'aurait abordé sous l'apparence du fils du ministre d'État, Secrétaire général de la Présidence (SGPR), accompagné de divers éléments de crédibilité, prétendant pouvoir résoudre de nombreux problèmes auxquels il faisait face depuis trois ans.
« Cet homme m'a invité à le retrouver à Yaoundé, dans un appartement meublé, dans lequel son père devait me recevoir en toute discrétion », a expliqué le témoin. Cette « aubaine » est malheureusement arrivée au moment où il était assigné à résidence surveillée à Ebolowa, interdit de quitter la ville. Il a donc décliné cette proposition. « C'est alors que l'intéressé m'a proposé de me retrouver à Ebolowa, où la même autorité devait me recevoir dans la maison d'un élément du BIR. Il insistait sur la totale discrétion de ce déplacement », a-t-il ajouté, laissant planer le doute sur un piège soigneusement orchestré.
La défense s'interroge sur la crédibilité
Ces révélations interviennent en marge des déclarations de Me Calvin Job, avocat du collectif de défense des ayants droit de feu Martinez Zogo, qui s'interrogeait sur les « audios opportuns » publiés après l'intervention du témoin, tout en plaidant pour sa sécurisation. « Il ne faut pas minimiser la question de la mise en danger de sa vie », avait-il souligné.
L'audience de ce jour a par ailleurs été consacrée à la poursuite du contre-interrogatoire du Lieutenant-colonel Dieudonné Bialo. La cross-examination, conduite par l'accusé Léopold Maxime Eko Eko, a débuté à 11h30. Interpellé sur l'hypothèse d'une coupure de la connexion internet ayant pu avoir une incidence sur le travail des membres du commando, l'ex-DGRE a été catégorique : « Il n'y a pas eu coupure d'Internet. Les membres du commando ont échangé entre eux. » La demanderesse a, pour sa part, rejeté la thèse du second commando.
Un dossier sous haute tension
L'affaire Martinez Zogo, du nom de ce journaliste retrouvé mort en janvier 2023, continue de tenir en haleine l'opinion camerounaise. Entre les révélations du Lieutenant-colonel Ayissi Nanga, les dénégations des uns et les interrogations des parties civiles, chaque audience apporte son lot de zones d'ombre et de tensions, dans une procédure qui s'annonce encore longue.