Jean-Pierre Amougou Belinga, l'homme d'affaires camerounais détenu dans l'affaire de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo, fait l'objet d'investigations financières en France. Selon des révélations exclusives de Jeune Afrique, le service français de renseignement financier Tracfin s'intéresserait à plusieurs opérations suspectes.
L'enquête de Jeune Afrique révèle que les soupçons autour des activités financières de Jean-Pierre Amougou Belinga ne datent pas de l'affaire Martinez Zogo. Dès 2021, un collectif d'avocats avait saisi Tracfin au sujet de transactions suspectes qui lui étaient attribuées, bien avant l'assassinat du journaliste en janvier 2023.
Un nouveau signalement à la même autorité française a également été effectué début 2023, cette fois pour des soupçons de blanchiment, indique Jeune Afrique dans son investigation.
Selon les informations exclusives obtenues par Jeune Afrique, Tracfin s'intéresserait particulièrement aux conditions d'acquisition de la chaîne Télésud en février 2020. Cette transaction, dont les modalités soulèvent des questions, ferait l'objet d'un examen approfondi par le service de renseignement financier français.
Les investigations porteraient également sur plusieurs opérations immobilières réalisées en France par l'homme d'affaires camerounais, révèle Jeune Afrique. L'ampleur de ces acquisitions et leur financement auraient attiré l'attention des autorités françaises.
L'une des révélations les plus troublantes de l'enquête de Jeune Afrique concerne des versements effectués par l'ambassade du Cameroun en France. Selon le magazine, des mouvements d'argent potentiellement suspects d'environ 1,8 million d'euros auraient été effectués par la représentation diplomatique camerounaise au profit de Vision 4, la chaîne de télévision détenue par Jean-Pierre Amougou Belinga.
Ces transferts de fonds depuis une institution étatique vers une entreprise privée soulèvent de nombreuses interrogations sur leur nature et leur justification, souligne Jeune Afrique dans son enquête.
À ces opérations s'ajouteraient des mouvements d'argent impliquant des services administratifs camerounais, révèle Jeune Afrique. L'ampleur de ces flux financiers entre structures publiques et entreprises de Jean-Pierre Amougou Belinga suggère un système complexe de transactions dont la légalité est questionnée.
En 2023, plusieurs employés de Vision Finances, structure de microfinance appartenant à Jean-Pierre Amougou Belinga, avaient été interpellés dans le cadre de la procédure Martinez Zogo, rappelle Jeune Afrique. Cette institution financière fait également l'objet d'un examen attentif dans le cadre des investigations en cours.
Selon des sources citées par Jeune Afrique, un dossier parallèle pour blanchiment de capitaux serait en préparation. Ce volet financier de l'affaire pourrait constituer un nouveau front judiciaire pour l'homme d'affaires détenu, au-delà de sa mise en cause dans l'assassinat du journaliste Martinez Zogo.
Ces révélations de Jeune Afrique sur l'ampleur des investigations financières visant Jean-Pierre Amougou Belinga illustrent la dimension tentaculaire d'une affaire qui dépasse largement le cadre de l'assassinat du journaliste pour toucher aux questions de gouvernance, de blanchiment et de flux financiers opaques entre la France et le Cameroun.
La multiplication des signalements et l'intérêt de Tracfin témoignent de la gravité des soupçons pesant sur l'empire économique de l'homme d'affaires, dont la demande de mise en liberté provisoire est actuellement examinée par la justice camerounaise.