Dans l’immédiat, le Port Autonome de Douala fonctionne dans un climat d’incertitude
L’affaire SGS/Port Autonome de Douala (PAD) prend une autre proportion avec l’entrée en jeu des services de renseignement camerounais. En effet, suite au fait que le nom et l’autorité de Paul Biya auraient pu être engagés sans son aval explicite, dans un processus visant à modifier un contrat stratégique aux motivations encore mal élucidées, ce dernier a ordonné une investigation approfondie, confiée à la Direction de la Sécurité Présidentielle (DSP), structure d’élite chargée de la protection du chef de l’État et de l’intégrité de ses instructions, dirigée par Ivo Desancio.
Une onde de choc institutionnelle traverse les sommets de l’État camerounais. Le président Paul Biya a ordonné l’ouverture d’une enquête interne de haute sensibilité visant le général de brigade Emmanuel Amougou, son chef d’état-major particulier. Au cœur de cette affaire : la gestion du scanning des marchandises au Port Autonome de Douala, poumon économique du pays et principale porte d’entrée du commerce extérieur.
Une correspondance qui met le feu aux poudres
L’origine de la crise remonte à la diffusion d’une correspondance administrative datée du 26 février, estampillée confidentielle et signée par le général Amougou. Le document laissait entendre que le chef de l’État aurait donné instruction de mettre fin aux activités de la Société Générale de Surveillance (SGS) au port de Douala-Bonabéri.
Or, la Société Générale de Surveillance, groupe suisse de référence mondiale, assure depuis des années le contrôle non intrusif des cargaisons, un dispositif stratégique pour la lutte contre la fraude douanière et la sécurisation des recettes publiques. L’annonce de son éviction, présentée comme une « haute instruction présidentielle », a immédiatement semé l’inquiétude parmi les opérateurs économiques et les administrations financières.
Les services de renseignement tirent la sonnette d’alarme
Très vite, les services de renseignement sont entrés dans la danse. Selon des informations concordantes, notamment relayées par Jeune Afrique, des notes sécuritaires ont été transmises directement au président, exprimant de sérieux doutes sur la réalité de la volonté présidentielle invoquée dans ce dossier.
Ces rapports suggèrent que le nom et l’autorité du chef de l’État auraient pu être engagés sans son aval explicite, dans un processus visant à modifier un contrat stratégique aux motivations encore mal élucidées. Une hypothèse lourde de conséquences, car elle touche au cœur du fonctionnement décisionnel du Palais de l’Unité.
Une enquête confiée à la Sécurité présidentielle
Face à la gravité des soupçons, Paul Biya a ordonné une investigation approfondie, confiée à la Direction de la Sécurité Présidentielle (DSP), structure d’élite chargée de la protection du chef de l’État et de l’intégrité de ses instructions, dirigée par Ivo Desancio.
Le 3 février, un cap symbolique a été franchi avec l’audition informelle du général Emmanuel Amougou par des officiers de la garde présidentielle. Un fait rare, voire inédit, pour un officier de ce rang, qui illustre la détermination du président à faire toute la lumière sur cette affaire.
Bien plus qu’un conflit portuaire
Au-delà de la personne du général Amougou, ce dossier met en lumière une faille structurelle redoutée au Cameroun : la gestion des « hautes instructions ». Depuis des années, le système est régulièrement critiqué pour la confusion entre décisions présidentielles réelles et initiatives prises en son nom par des collaborateurs influents.
Deux scénarios se dessinent :
• Si l’enquête confirme une instrumentalisation de l’autorité présidentielle, elle révélera une vulnérabilité préoccupante du circuit décisionnel au sommet de l’État.
• Si, au contraire, la légitimité de la correspondance est établie, les projecteurs se tourneront vers les services de renseignement à l’origine de l’alerte, avec des implications tout aussi sensibles.
Un port stratégique dans l’attente
Dans l’immédiat, le Port Autonome de Douala fonctionne dans un climat d’incertitude. Les acteurs économiques, nationaux comme internationaux, attendent les conclusions de cette enquête, conscientes que la stabilité des opérations portuaires, la crédibilité contractuelle de l’État et la confiance des investisseurs sont directement en jeu.
Marc-Andre Taluh