Alors que le défilé du Boulevard du 20 Mai battait encore son plein, une voix discordante s'élevait sur le plateau de Canal Presse, sur Canal 2. Juriste et analyste politique, Koupit Adamou a profité de la couverture de la 41ème édition de la Journée Internationale de la Femme pour soulever une question de droit institutionnel que beaucoup pensent mais que peu osent formuler publiquement : au nom de quel texte Madame Chantal Biya préside-t-elle des événements républicains au Cameroun ?
La position de Koupit Adamou est juridique, et elle est tranchante. « Madame Chantal Biya est l'épouse du président de la République, point barre. Il n'y a aucune fonction officielle qui soit dévolue à Madame Chantal Biya », a-t-il déclaré, avant de pointer l'incongruité protocolaire de la situation : voir l'épouse du chef de l'État présider un événement républicain « en présence des ministres de la République, et surtout d'une ministre qui est responsable du domaine concerné ».
Son constat est sans appel : « Le statut de Première Dame n'existe pas au Cameroun. » Et la question qu'il pose s'impose d'elle-même : « En vertu de quoi on met Madame Chantal Biya dans des premiers rôles, dans des activités publiques au Cameroun ? Ça n'a aucun sens. »
Ce que pointe Koupit Adamou, c'est une dérive institutionnelle silencieuse qui s'est installée avec le temps sans jamais être formalisée dans aucun texte. Aucune disposition constitutionnelle ni réglementaire ne confère à l'épouse du chef de l'État un rôle de représentation officielle de l'État. Pourtant, de facto, Chantal Biya préside des cérémonies nationales, reçoit des délégations, s'exprime au nom de causes publiques — des fonctions qui, sur le plan strictement juridique, relèvent de membres du gouvernement légalement mandatés.
La question n'est pas nouvelle dans les démocraties africaines, où le rôle des « Premières Dames » a souvent été institutionnalisé dans les faits sans jamais l'être dans les textes — ce qui crée précisément ce type de vide juridique que Koupit Adamou soulève ce 8 mars.
Le timing de cette sortie n'est pas anodin. En ce 8 mars, journée consacrée aux droits des femmes et à leur place dans la société, voir une femme — certes au sommet du protocole — exercer une autorité publique sans mandat légal est une contradiction que le juriste refuse de laisser passer sans réaction. La vraie question d'égalité n'est peut-être pas d'avoir une femme aux premières loges, mais de s'assurer que cette présence repose sur une légitimité démocratique et non sur un lien conjugal.