Derrière la façade d'unité affichée lors de la convention extraordinaire du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) début 2026 — où Maurice Kamto a été réélu président avec 95,44 % des suffrages —, une guerre judiciaire souterraine est en train de miner les fondations du principal parti d'opposition camerounais. Selon les révélations exclusives de Jeune Afrique publiées ce 11 mars 2026, l'ancien trésorier national adjoint et membre fondateur Okala Ebode a engagé plusieurs procédures devant les tribunaux camerounais pour contester à la fois son exclusion du parti et la légalité de la convention elle-même.
Le cœur de l'argumentation d'Okala Ebode est statutaire, et Jeune Afrique en détaille la mécanique. L'article 29 des statuts du MRC stipule que tout membre — hors membres fondateurs — doit justifier d'au moins trois années de militantisme sans interruption pour être éligible aux postes internes du parti. Or Maurice Kamto a démissionné du MRC en juillet 2025 pour rejoindre le Manidem de feu Anicet Ekane en amont de la présidentielle d'octobre. Son retour précipité à la tête du parti, quelques mois plus tard, serait donc juridiquement irrecevable.
Mais la direction du MRC oppose une autre lecture : Kamto étant premier président élu du parti depuis sa création en septembre 2012, il ne serait pas soumis aux mêmes conditions. Okala Ebode conteste cette interprétation, rappelant, selon Jeune Afrique, que Kamto « n'est techniquement pas membre fondateur du parti né le 5 août » de la même année — une distinction de date qui change tout sur le plan statutaire.
Sur le plan judiciaire, la situation s'est rapidement emballée. D'un côté, Okala Ebode a déposé une requête en nullité devant le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi, contestant son exclusion prononcée par le Comité National de Médiation et d'Arbitrage (CNMA) du MRC — une exclusion qu'il juge entachée de vices de procédure : absence de débat contradictoire, non-respect des délais de notification, et utilisation d'un motif de « trahison » que Jeune Afrique décrit comme « juridiquement flou et non clairement défini dans les statuts ».
De l'autre, le premier vice-président du MRC, Mamadou Mota, a riposté par voie d'huissier le 9 mars dernier, citant Okala Ebode devant le Tribunal de Première Instance de Douala-Ndokoti pour « déclarations mensongères ». L'audience est fixée au 19 mars. Un face-à-face judiciaire qui, selon Jeune Afrique, « pourrait donner lieu à d'intenses débats, aussi juridiques que politiques ».
La position d'Okala Ebode est singulière. Il affirme ne pas chercher à nuire à Maurice Kamto ni à déstabiliser le parti, mais à défendre l'intégrité des statuts du MRC — le texte fondateur que la direction elle-même est accusée de fouler aux pieds pour précipiter le retour de son leader. Une argumentation qui, si elle prospère devant les tribunaux, placerait la direction du MRC dans une contradiction structurelle difficile à assumer à quelques mois des élections locales.