L'arrestation des leaders Amba en Occident est l'aboutissement d'un long conflit qui remonte à 1961
Les récentes arrestations des leaders sécessionnistes d’Ambazonie en Europe marquent un tournant majeur dans la résolution de la crise sécuritaire qui secoue les deux régions anglophones du Cameroun depuis 2017. Selon plusieurs observateurs dont Albi Michel Njilo après les réformes constitutionnelles, le locataire du palais d’Étoudi va se concentrer sur crise anglophone avec l'arrivée des fonctionnaires francophones dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Quatre leaders amazoniens ont été arrêtés la semaine dernière en Belgique. Il s'agit d'un coup de filet mené conjointement par les polices belge, norvégienne et américaine. C'est l'épilogue d'un long feuilleton qui a démarré en 2016 avec la grève des avocats.
État des lieux avant le déclenchement de la crise
S'il y a une question pour lequel le président Biya a été fidèle depuis Ahidjo jusqu'à nos jours, c'est bien la sauvegarde de l'intégrité territoriale du pays. Paul Biya a vécu le rattachement du Cameroun septentrional anglophone au Nigeria comme un poignard dans le cœur. À partir de 1962, il va participer, en tant que chargé des missions à la présidence, à toutes les négociations pour un Cameroun uni, une seule République.
Plus de 66 ans après la scission du pays, Paul Biya n'a jamais rétabli les relations diplomatiques avec le Ghana qui, présidant le Conseil de sécurité de l'ONU en 1961, avait validé l'autodétermination des populations contre la volonté du Cameroun.
Nommé Premier ministre en 1972, Paul Biya a donc accéléré le processus pour finalement aboutir à la réunification.
Retour sur la crise du NOSO
S'il y a un Camerounais qui n'a jamais prononcé l'expression Cameroun anglophone ou francophone, c'est bien le président Paul Biya .Le président de la république a toujours parlé de bilinguisme. Car selon lui, l'on ne saurait identifier un Camerounais par des symboles à l'origine de la perte de notre territoire.
Au début des années 2010 après le déclenchement des mouvements printemps arabes jusqu'à la chute de Compaore, les mouvements séparatistes ont pris de l'ampleur. Des radios communautaires ont vu le jour dans ces parties du pays, distillant l'idée d'un État ambazonien. De jeunes leaders ont émergé, pour la plupart financés par des officines américaines : NDI (National Democratic Institute) et NED (National Endowment for Democracy) ou encore Freedom House. Pour les vrais commanditaires cachés dans l'ombre et qui instrumentalisaient ces organisations, l'idée d'Ambazonie cachait une stratégie de déstabilisation du pays pour provoquer le départ du président Biya.
La DGRE et les services de contre-espionnage sont entrés en action. Le mouvement, depuis son déclenchement, a été circonscrit exclusivement aux régions concernées : le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
Le contrôle sur le terrain par l'armée camerounaise
Si le Cameroun a pu vaincre Boko Haram et ses tentacules disséminés au sein des populations, il est difficile de croire que l'armée a perdu la main dans le NOSO.
Contrairement à la guerre contre Boko Haram, le BIR et l'armée de terre jouent un rôle central dans la contre-insurrection. L'armée mène des patrouilles, sécurise les axes routiers et traque les combattants séparatistes, tout en étant accusée de violations des droits humains. Son objectif est de maintenir l'unité nationale et de rétablir l'autorité de l'État face aux milices.
La guerre dix ans après
Dix ans après le déclenchement de cette guerre, le rêve de Paul Biya semble s'être réalisé, car désormais l'on compte plus d'un million de déplacés internes installés dans différentes villes et villages du pays, les gouverneurs ayant mis des dispositions d'accueil et de réinsertion.
L'enfant parti du NOSO alors qu'il n'avait que huit ans est aujourd'hui majeur et très souvent mère d'enfant. Le bilinguisme prend des proportions importantes dans nos différentes villes. Les écoles bilingues se créent jusque dans les villages du Nord et du Sud du pays.
Avec l'arrivée des fonctionnaires francophones dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, tôt ou tard on ne parlera plus du Cameroun anglophone ou francophone, mais d'un Cameroun bilingue.
L'arrestation des leaders Amba en Occident est l'aboutissement d'un long conflit qui remonte à 1961.
La neutralisation de tous les généraux Amba est désormais une question de décision politique.
Albi Michel Njilo