Datouo et Aboubakary : deux hommes proches de la famille Biya pour verrouiller le Parlement avant les élections

RENCONTRE PARIS (27) Cvcv Image illustrative

Tue, 17 Mar 2026 Source: www.camerounweb.com

Ce n'est pas un hasard de calendrier. Le 17 mars 2026, à moins de deux semaines de l'expiration du mandat des Députés le 30 mars et alors que la question d'une prorogation parlementaire est sur toutes les lèvres, Paul Biya opère la plus grande recomposition institutionnelle au sommet du Parlement camerounais depuis des décennies. Deux présidents de chambre remplacés le même jour, deux successeurs issus du même cercle de confiance familiale — le message est limpide : le Président de la République prend lui-même en main le contrôle des deux chambres avant les grandes échéances électorales à venir.

Jeune Afrique, qui a recueilli les informations en temps réel, décrit avec précision la mécanique de cette journée. C'est le secrétaire général du RDPC Jean Nkuete, assisté du président du groupe parlementaire Roger Melingui, qui a été mandaté pour annoncer en personne les décisions du chef de l'État aux élus du parti — d'abord aux députés, puis quelques minutes plus tard aux sénateurs. Deux scènes quasi identiques, dans deux hémicycles, pour doubler le changement en une seule séquence.

Ce qui frappait dans ce dispositif, c'est son caractère simultané : habituellement, les renouvellements de bureaux de chaque chambre font l'objet de processus distincts. En les annonçant le même jour, par le même canal, Paul Biya a clairement voulu frapper fort et vite — et éviter que les rumeurs, qui circulaient depuis le matin, n'alimentent trop longtemps les spéculations.

Jeune Afrique lève le voile sur la trajectoire de Théodore Datouo, le nouveau président de l'Assemblée Nationale. Originaire de Bangou dans l'Ouest, cet homme d'affaires n'est pas entré dans le premier cercle du pouvoir par la voie classique des batailles politiques et des circonscriptions difficiles. C'est par Rosette Ndongo Mengolo — ancienne maire de Bangou et belle-mère du Président — qu'il s'est rapproché de la famille Biya.

Sa crédibilité institutionnelle, il l'a construite en pilotant la récente reconstruction des bâtiments de l'Assemblée Nationale — un chantier concret, visible, qui lui a valu la confiance de l'institution. Son ascension avait été signalée bien avant ce 17 mars : il avait déjà supplanté Hilarion Etong, officiellement premier vice-président de l'Assemblée, dans l'ordre de fait sinon dans l'ordre protocolaire.

Du côté du Sénat, le changement était acté dans les faits bien avant l'annonce officielle. Jeune Afrique rappelle que Marcel Niat Njifenji — au perchoir depuis la création du Sénat camerounais en 2013 — avait accumulé les absences au point de ne pas présider sa propre cérémonie de présentation des vœux de début 2026. Son vice-président Aboubakary Abdoulaye remplissait depuis de longs mois « de facto l'essentiel des fonctions » de président. Ce 17 mars, le titre a simplement rattrapé la réalité.

Le nouveau président du Sénat pressenti n'est pas non plus un inconnu du système. Aboubakary Abdoulaye, 64 ans, est le Lamido de Rey-Bouba — l'une des chefferies traditionnelles les plus puissantes du Grand Nord camerounais. Administrateur civil de formation, ancien secrétaire d'État chargé de l'Agriculture, il incarne la figure du notable nordiste loyal et discret que le régime sait récompenser au bon moment.

Jeune Afrique révèle un détail d'importance sur la nature de sa relation avec la famille présidentielle : lors du décès de sa mère, Paul Biya avait dépêché Franck Biya, son propre fils, pour adresser ses condoléances au Lamido. Un geste qui, dans les codes du pouvoir camerounais, équivaut à une marque d'appartenance au cercle le plus intime.

Ce qui frappe dans ce double remplacement, c'est le profil commun des deux successeurs : tous deux sont des proches personnels de la famille Biya, pas seulement des fidèles du RDPC. Dans un contexte où les élections législatives et municipales sont imminentes — avec une prorogation des mandats parlementaires désormais inévitable selon les constitutionnalistes — et où la question de la succession de Paul Biya alimente toutes les conversations, le choix de placer à la tête des deux chambres deux hommes liés directement à la famille présidentielle prend une signification qui dépasse le simple renouvellement institutionnel.

Les deux chambres du Parlement camerounais entrent dans une nouvelle ère. Et cette ère commence sous le signe de la famille.

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