L’affaire Martinez Zogo dépasse désormais le cadre d’un simple fait divers judiciaire
L’information est contenue dans une correspondance d’une gravité exceptionnelle, à travers laquelle le Secrétaire général de la Présidence de la République transmet des « Très Hautes Instructions » de Paul Biya, concernant l’affaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo.
Le message est clair, direct, sans ambiguïté : «LE TRIBUNAL MILITAIRE DOIT ALLER JUSQU’AU BOUT DE LA PROCÉDURE … SANS AUCUNE MISE EN LIBERTÉ PROVISOIRE DE QUI QUE CE SOIT.
Derrière la solennité administrative, une question brûle toutes les lèvres : où s’arrête l’autorité politique, où commence l’indépendance de la justice ?
Car en ordonnant de manière aussi précise la conduite d’une procédure judiciaire en cours, le pouvoir exécutif envoie un écho dont certains diront rassurant, d’autres profondément inquiétant.
●Rassurant, pour ceux qui exigent que toute la lumière soit faite sur un crime qui a choqué la nation.
●Inquiétant, pour ceux qui y voient une immixtion directe dans le fonctionnement de la justice.
Dans un État de droit, la justice est censée être rendue au nom du peuple, et non sous instruction, aussi « haute » soit-elle. Pourtant, dans ce dossier ultra-sensible, tout semble indiquer une volonté de contrôle total du processus judiciaire.
Alors, s’agit-il d’un engagement ferme pour éviter toute dérive… ou d’un précédent dangereux qui fragilise l’équilibre des pouvoirs ?
« Le Ministre d'Etat, Secrétaire Général The Minister of State, Secretary General
À
Monsieur le Ministre d'Etat, Ministre de de la Justice, Garde des Sceaux
Yaoundé.
Obiet: Affaire de l'assassinat du Subject journaliste « Martinez Zogo
J'ai l'honneur de vous répercuter les Très Hautes Instructions du Chef de l'Etat vous prescrivant, en ce qui vous concerne, de veiller à ce que le Tribunal Militaire vide sa saisine au fond, sans aucune mise en liberté provisoire et dans le strict respect des règles de la procédure./ »
Une chose est claire, l’affaire Martinez Zogo dépasse désormais le cadre d’un simple fait divers judiciaire. Elle devient un test grandeur nature de la crédibilité des institutions.
Shance Lion