Le contenu de la lettre touche en même temps qu’il contient des révélations. Par exemple, les documents pour lesquels le journaliste Zogo a été tué. Un lanceur d’alerte, actuellement en Occident, devenu alors mbenguiste (comme on les surnomme, membre de la diaspora africaine vivant en Europe), avait rencontré la victime quelques jours avant sa mort. Martinez lui avait remis des preuves accablantes qu’il révèle aujourd’hui.
Lettre d'outre-tombe à Martinez Zogo. Mon frère Martinez, couche-toi, mais ne dors pas. Oui, ne dors pas, car la justice de notre pays semble t’avoir tourné le dos. Ne ferme pas les yeux, car ton assassinat est devenu le terreau fertile de clans sombres qui, au sommet de l’État, étripent pour le pouvoir sur les cendres de ton corps supplicié.
Ne dors pas, Martinez. Des mains puissantes et invisibles tirent les ficelles pour étouffer le cri de ton sang, pour libérer tes bourreaux et ensevelir la vérité. Ton sacrifice est devenu une source d'enrichissement pour des magistrats corrompus qui osent remplir leurs poches sur l’autel de ton martyre.
Ne dors pas, car la trahison la plus amère vient des tiens. Tes collègues journalistes, ceux qui auraient dû être tes boucliers, te tuent une seconde fois. Pour quelques pièces d’argent, ils ont vendu leur dignité, s'efforçant chaque jour de blanchir tes assassins. Ils n’ont même pas eu la pudeur de refuser l'argent du sang. Ne les laisse jamais en paix. Qu'ils portent le poids de leur silence et de leur complicité comme une chaîne éternelle.
Je pense aussi à ce lanceur d’alerte, celui qui osait rire de ta détresse en prétendant que tu buvais du vin blanc à Nyom alors que tu vivais l'horreur. Sans remord ni regret, il continue le sale boulot. Le voir aujourd'hui se perdre dans l'ivresse à Paris n'est que le pâle début de son karma. Occupe-toi de lui, Martinez, car son mensonge et ses manipulations sont une arme de plus entre les mains de tes tueurs.
Je n'oublierai jamais ce 22 décembre 2022. Il était exactement 12h34. Nous étions là, à l’entrée d’Amplitude FM, dans la chaleur de Yaoundé. C’était notre dernière rencontre physique, notre dernier regard. Tu m’as remis ces documents, ces preuves accablantes sur les malversations financières impliquant Jean-Pierre Amougou Belinga, Louis Paul Motaze, le Général Ivo et les autres. Ces mêmes papiers qui sont devenus ton arrêt de mort. Tu savais le risque, et pourtant, tu me les as confiés comme un testament de courage.
Martinez Zogo, ne trouve pas le repos tant que la vérité n'aura pas éclaté. Je resterai debout, à tes côtés, prêt à verser jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour te défendre. Car je le sais : cette place dans le froid de la morgue de l'hôpital central de Yaoundé depuis 3 ans aurait dû être la mienne. Tu m’as sauvé la vie ce 9 janvier 2023 en m’avertissant par voie téléphonique du projet obscur que tes bourreaux tramaient contre nous. Ils avaient déjà tenté de m'effacer un an plus tôt, le 9 mars 2022. Mais par miracle, je suis encore là pour porter ta voix.
Je te promets une loyauté et une fidélité sans faille. Martinez, repose ton corps meurtri, mais garde l'esprit éveillé. Que le sommeil ne visite jamais ceux qui, de près ou de loin, ont commandité, exécuté ou célébré ton calvaire. Que ton souvenir soit leur plus grand tourment, jusqu'à ce que le ciel leur demande des comptes. Que ta colère les frappe, jusqu'à ce que justice soit faite.